Analyse de séquence – the Social Network – Facemash

6 avril 2013

La séquence « Facemash » est la deuxième grosse séquence du film. La première est un champ / contrechamp entre Mark Zuckerberg et sa petite amie. Cette scène donnait lieu à u dialogue débridé entre les deux protagonistes et faisait preuve d’un talent d’écriture assez phénoménal. Si cette première séquence donnait le ton du film (intelligent et rapide) la deuxième a pour vocation de nous présenter plus en détail le personnage de Mark Zuckerberg, son intelligence aussi flamboyante que terrifiante et son arrivisme peu commun.

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Pour cela David Fincher choisit d’illustrer un des faits d’arme du créateur de Facebook à savoir la création de Facemash, soit un petit programme en ligne permettant de voter pour la fille la plus sexy du campus d’Harvard. Pour arriver à ses fins, Zuckerberg s’assoit sur pas mal de choses dont la confidentialité et la moralité (déjà). Un sale gosse ouais, mais qui est capable de faire sauter la sécurité de nombreux sites internet, de créer un programme tout en blogant, en picolant et le tout en un temps record. À terme facemash fera sauter la connexion du campus. Soit un acte fulgurant en parti dû au dépit amoureux.

D’un point de vue cinématographique la séquence est un cas d’école tant son montage autant audio que vidéo est hallucinant de précision et de richesse. Les images se superposent à vitesse grand V, le pistes son se chevauchent et peu à peu les enjeux se dessinent autant que se dessine la personnalité froide et implacable de Zuckerberg. D’aucun diront que si ce personnage a interpelé Fincher c’est peut-être parce qu’il s’est reconnu en lui. Quoi qu’il en soit la séquence est brillante et en dit beaucoup sur le film, son personnage principal et peut-être sur son réalisateur.

Cliquez sur l’image pour voir la séquence

The Social Network

Analyse d’une séquence : « Zero Dark Thirty », la colère de Maya

2 avril 2013

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Je sais que j’ai émis des réticences quant au film de Kathryn Bigelow « Zero Dark Thirty ». Et je m’en veux presque. C’est une film complexe à l’instar des sujets qu’il aborde. Je vous invite toute de même à lire mon article.

Quand j’ai eu l’idée de ce nouveau type d’articles pour le blog, à savoir vous présenter des scènes susceptibles de vous donner envie de voir un film, cette scène m’est immédiatement venue à l’esprit. C’est une scène intense, charnière et dans le cas précis brillamment écrite et interprétée (la réalisation restant en retrait pour se mettre au service de l’intensité des personnages).

Mais remettons-la dans son contexte : Maya, jeune agent de la CIA, a été mandatée par ladite agence pour remonter le réseau d’Al Qaida jusqu’à sa tête, à savoir Oussama Ben Laden. À ce moment du film (soit en plein milieu du film) Maya a une piste au Pakistan. Suivre cette piste consiste en la filature d’un homme. Cela fait plusieurs années que Maya poursuit Ben Laden et c’est là la piste la plus sérieuse qu’elle ait depuis le début de son enquête. Seul problème, suivre un homme, de surcroit hyper-méfiant, nécessite une équipe aguerrie et donc un budget adéquat. Ce budget, Maya peine à le débloquer. La voilà donc qui interpelle son supérieur direct pour tenter de le convaincre. L’entretien va virer à l’ultimatum.

Cliquez sur l’image pour voir la séquence :

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Pourquoi avoir choisi cette séquence. En premier lieu pour rendre hommage aux acteur qui dans ce film, ont souvent été sacrifié sur l’autel du sujet brûlant auquel ils donnent vie. À ce titre il convient d’attirer l’attention sur la belle Jessica Chastain qui pour la première fois depuis le début du film et sans doute même depuis le début de sa carrière, nous livre ici un exemple saisissant de ce que peut être une femme en colère. Sa diction, son regard baigné de larmes, sa frustration qui transpire des pores de sa peau rougie par le feu qui la consume, tout en elle témoigne de la rage et la hargne qui l’habitent.

Face à elle Kyle Chandler fait preuve d’une colère à peine dissimulée mais son rang de supérieur hiérarchique lui impose de se retenir. Il y parvient très bien. Notons au passage que l’acteur de la série « Demain à la une » trouve ici un rôle formidable dans lequel il fait parler tout son talent.

Autre raison qui m’a poussé à vous montrer cette séquence : le montage. Pas le montage de cette scène en particulier (un simple champ / contrechamp) mais plutôt le timing de cette scène dans le film. Comme je l’ai dit, cette scène arrive en plein milieu du métrage à un moment où Maya a déjà tout un tas de piste qui n’ont pas donné grand chose malgré ce qu’elles ont coûté. Jusque là Maya s’est laissée porter par les évènements qu’elle n’a fait que suivre et analyser. À partir de cette scène, Maya prend les rênes de son enquête en faisant preuve d’une volonté de fer. Ce n’est plus son enquête qui compte mais le but à atteindre.

Maya devient tout simplement féroce et implacable.

Dernière raison et non des moindres à m’avoir décidé : à ce moment très précis, Maya affiche le visage de l’Amérique. Cette Amérique touchée en plein coeur, vengeresse, furieuse et finalement aveuglée. Maya ne se demande plus si ce qu’elle fait est légitime ou pas, seul compte le résultat qui sera atteint par tous les moyens car sa légitimité ne fait plus aucun doute. En tous cas, elle ne la remet pas en cause. C’est là que le bas blesse dans le discours américain et par conséquent dans le film. Le film est-il du coup à incriminer ? J’ai d’abord cru que oui. Je me pose finalement la question. À vous d’en juger en regardant le film. Espérons que cette séquence vous donne envie de le visionner.

Zero Dark Thirty

26 mars 2013

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Il n’aura donc pas fallu longtemps à Kathryn Bigelow pour mettre en images la traque et la mort d’Oussama Ben Laden. Et à dire vrai, quitte à le faire, Kathryn Bigelow était sans doute la meilleure personne. Avec « Démineurs » elle avait prouvé, si c’était encore nécessaire, qu’elle était une immense réalisatrice, capable comme personne de traiter des tenants et aboutissants d’un contexte éminemment guerrier et masculin.

Bien que basé sur une profession bien réelle « Démineurs » était une pure fiction. Ici le fait désormais devenu historique (la mort de Ben Laden) ne laisse plus aucune place à l’imagination. Les faits priment et ils sont bien souvent sujets à polémique si ce n’est à caution.

Comment aborder ce film ? La première solution est de se l’approprier comme un film de divertissement lambda et dans ce cas difficile d’être déçu tant la maîtrise de la réalisatrice est magistrale. Pour sûr, vous en aurez pour votre argent.

Mais ne nous le cachons pas, voilà une posture difficile à tenir. Le film s’ouvrant sur des enregistrements audio des victimes des attentats du 11 septembre in situ, il est délicat de mettre de côté l’aspect vrai et humain du film.

C’est là que les choses se compliquent. On pourra en effet mettre au crédit de la réalisatrice de ne jamais prendre position. Elle relate les faits, point. À chacun selon son histoire, sa sensibilité et ses croyances de se faire juge des évènements. On notera également que ce choix de relater les faits coûte que coûte se fait avec une honnêteté louable. Ainsi ce que tout le monde savait déjà (à savoir que les États Unis pratiquent la torture pour arriver à leurs fins) est enfin montré autrement que dans un cadre style « 24h Chrono » qui légitimait gentiment la chose. Non ici les bourreaux ne légitiment rien, leur boulot n’est pas de nous convaincre mais juste de nous montrer ce qu’est la torture. Au passage, âmes sensibles s’abstenir.

Mais malheureusement c’est aussi là que Bigelow me perd.

Car ces quelques arbres monumentaux (le 11 Septembre, la torture, la mort de Ben Laden) cachent en fait une forêt qui n’inspire que le doute. Ainsi, malgré les 2h36 du film, la traque aussi complexe soit-elle, reste brouillonne. Chaque décision prise se fait en fonction d’un postulat de départ lui même établi sur la base de pseudo informations soutirées de force. Et même si Bigelow ne juge pas ses personnages ni la torture en elle même, force est de constater dans son film que la torture fonctionne, ce qui me semble un peu facile au regard des méthodes moyen-âgeuses employées par les Américains.

Le mécanisme déroulant la traque ne convainc pas car il manque de cohérence. L’ellipse a trop souvent bon dos. 

Il ne s’agit pas de remettre en question l’intégrité de la réalisatrice, simplement peut-on se demander si elle a les moyens de son honnêteté. On sait que les films de guerre américains sont soumis à un contrôle sévère de la part de la CIA. Kathryn Bigelow pourra nous répéter qu’elle a basé son scénario sur des enquêtes journalistiques, elle ne dupe personne. Au final le film tourne autour de faits déjà publiés dans la presse. Ces faits ne sont que le compte rendu d’évènements divulgués par le gouvernement américain lui-même et autant le dire très clairement : nous n’apprenons rien d’important dans ce film.

Je le répète, le film a bien souvent pour fondations des postulats douteux. À ce titre l’image de cette pièce, chez Ben Laden, remplie d’ordinateurs comme preuve de sa position de chef suprême du terrorisme (alors qu’on sait qu’il n’a pas de connexion internet), laisse un peu dubitatif.

Et tous les films traitant de prêt ou de loin du 11 septembre de faire la même erreur : imposer des postulats de départ assez énormes pour les rendre indiscutables et donner du crédit à tout ce qui pourra être dit. Le tout en s’asseyant sur le manque de recul nécessaire à toute analyse historique. C’est une erreur tellement récurrente que j’en viens à me demander si c’est vraiment une erreur. Cela est cependant tellement proche du raisonnement américain depuis le 11 Septembre 2001 que ça en deviendrait presque cohérent.

Au final tous ces films post 11 Septembre s’effondrent à cause d’une construction établie sur des fondations en sable. « Zero Dark Thirty » aussi brillant soit-il formellement, ne peut se regarder que comme un film de divertissement. Mais malheureusement cela est rendu impossible à cause du choix initial de la réalisatrice qui fait passer tout son propos par le prisme des victimes du 11 Septembre. En découle malheureusement un film vain, aussi vain que la traque menée par cette jeune Américaine revancharde (formidable Jessica Chastain) qui bien qu’elle atteigne son but (tuer Ben Laden) ne règle rien des causes ni des conséquences des attentats du World Trade Center. Un sursaut d’honnêteté final qui met tout le film parterre.

Et rappelons qu’à ce jour, la seule vérité indiscutable et implacable réside dans la mort de 3000 personnes présentes dans les tours du World Trade Center le 11 Septembre 2001. C’est leur faire bien peu d’honneur que de se servir de leurs morts comme outil de légitimation suprême.

Le Vol de Cigognes

5 février 2013

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Une production Canal + / Europacorp garantissant un budget conséquent, un réalisateur compétent (Jan Kounen) et l’adaptation d’un roman qui ne demandait qu’à passer sur grand (ou même moins grand) écran : « Le Vol des Cigognes » avait tout pour être excitant. Et pourtant. Toute cette entreprise se sera finalement qu’un naufrage. Récit d’un rendez-vous manqué.

« Le Vol des Cigognes  » est le premier roman de Jean-Christophe Grangé, auteur plus tard des « Rivières Pourpres ». Ce thriller s’est rapidement imposé comme un best seller et pour cause, l’auteur alliait avec un certain talent la noirceur, l’aventure et le suspense. Un très bon livre donc. On peut d’ailleurs se demander pourquoi il n’a pas été adapté plus tôt sur un écran. Cela fait en effet longtemps que le projet traîne sur les bureaux de différents producteurs. L’adaptation ne devait pas forcément être simple compte tenu de la taille du roman et de la diversité des thèmes abordés. Et puis si Jean-Christophe Grangé fait recette comme auteur de roman, sa réussite reste encore à prouver comme scénariste. De même, les films inspirés de ses romans (qu’il participe au projet ou non) semblent tous maudits, exception faite de l’adaptation des « Rivières Pourpres » par Mathieu Kassovitz. Ce dernier, malgré un scénario pourtant très faible et bancal, avait réussi le tour de force de réaliser un vrai film de cinéma, spectaculaire et prenant. Mais soyons honnêtes, tous les autres films dont Jean-Christophe Grangé serait de près ou de loin responsable, sont des échecs.

Qu’en est-il ici ? J’aurais adoré pouvoir dire que le maléfice était rompu. Mais ce n’est pas le cas. Et pourtant je me suis plongé dans cette adaptation sans crainte faisant confiance à ce réalisateur que je sais pouvoir être brillant et qui a notamment fait preuve dans ses trois derniers films (« Blueberry », « 99 Francs » et « Coco Chanel et Igor Stravinsky ») d’un réel talent. Et puis ce format semblait idéal pour adapter ce lourd roman (deux fois 1h40). Cela laissait au réalisateur la possibilité de traiter toute la richesse du roman.

Seulement voilà…

J’ai commencé à trembler quand j’ai vu le nom de Jean-Christophe Grangé crédité au poste de scénariste. Métier qu’il n’a jusqu’alors jamais maitrisé. Mes tremblements se sont accentués quand j’ai vu Jan Kounen (et je ne sais plus qui) crédité pour l’adaptation du scénario (qui lui-même est une adaptation du roman). On peut alors facilement imaginer que le scénario n’a pas convenu au réalisateur et que celui-ci a voulu se l’approprier.

C’est à ce moment là que j’aurais dû prendre mes jambes à mon cou.

Et puis ce générique en forme de kaléidoscope qui rappelle immanquablement les hallucinations dues aux plantes psychotropes aperçues dans « Blueberry »… Si ce procédé prenait un sens certain dans « Coco Chanel et Igor Stravinsky », il commence ici à être redondant et douteux.

Le casting quant à lui est surprenant, l’acteur principal, inconnu, est parfaitement insipide. Antoine Basler dans un rôle qui ne sert à rien en fait des caisses. La jolie Perdita Weeks agrémente l’écran d’une présence sous-exploitée et là aussi inutile. Quant à Rutger Hauer on se demande tout simplement ce qu’il vient faire ici sinon tester sur petit écran un jeu à la Anthony Hopkins.

Le scénario quant à lui tombe en lambeaux. Il est incompréhensibles même pour quelqu’un (comme moi) qui a lu le livre. Incohérent, absurde et j’en passe. La mise en scène est ennuyeuse (où est passé ce réalisateur qui utilisait des skate board et des caddies de supermarché pour faire un bon plan ?!) et les obsessions du réalisateur, à savoir notamment l’accès à des états de conscience parallèles via des produits plus ou moins naturels, vient complètement parasiter le propos. Au final le réalisateur comble les gouffres abyssaux de son récit par des reconstitutions pas franchement réussies du délire de son personnage principal aussi crédible qu’un ornithorynque en tutu.

Les évènements s’enchaînent sans qu’on comprenne comment ni pourquoi. Le récit se divise sans jamais retrouver son intégrité. Le jeu des acteurs est trop souvent caricatural, l’image n’est pas travaillée, les décors naturels mal exploités et les décors construits vraiment moches. À chaque instant Jan Kounen parait empêtré dans la gestion de son scénario, de ses ambitions et de ce format finalement trop long pour lui. 3h30 pour finalement en dire si peu et aussi mal, c’est douloureux.

C’est avec beaucoup de tristesse que je fais ce constat car j’aurais adoré que Jan Kounen qui est un artiste que j’apprécie énormément se sorte avec honneur de cette adaptation. Mais ce n’est pas le cas, loin s’en faut.

David et Madame Hansen

27 janvier 2013

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Le voilà enfin le premier film de cinéma d’Alexandre Astier. Après nous avoir gratifié de 6 saisons de sa série télé Kaamelott qu’il écrivait, réalisait, dans laquelle il jouait, qu’il produisait et dont il a écrit la musique, le voilà de retour mais cette fois sur grand écran. Pas le genre de type à faire les choses à moitié l’Alexandre. Ben au cinéma c’est pareil, il fait tout. Ça lui a d’ailleurs valu le désistement d’Alain Delon dans un rôle finalement repris par Isabelle Adjani, l’acteur trouvant que son réalisateur avait trop de casquettes. C’était mal connaître le bonhomme.

David est ergothérapeute dans une clinique suisse. Il est chargé de conduire une patiente, Madame Hansen, au village du coin pour s’acheter des chaussures. Madame Hansen souffre d’une amnésie liée à un syndrome post-traumatique. Enfermée qu’elle est dans cette clinique et dans une routine médicale, cette sortie avec ce nouveau thérapeute va donner lieu à tout un tas de surprises, pour elle comme pour lui. Au final, rien ne se passera comme prévu.

Ne vous attendez pas à retrouver un nouveau Kaamelott. Point de cela ici. Tout au plus retrouverez vous un peu de la musique entendue dans les dialogues de la série. Non, ici Alexandre Astier se concentre sur son actrice et sur la relation qui se noue entre ses deux personnage.

Une question vient alors immanquablement se poser : « alors ? Elle est comment Adjani ? » Et bien elle est déformée par la chirurgie esthétique très bien. Un rôle réécrit sur mesure, des dialogues qui font mouche, une émotion palpable. On sent que l’actrice a fait confiance à son réalisateur et grand bien lui en a pris. Au même titre que son personnage qui se laisse d’abord guider par son thérapeute, Isabelle Adjani prend peu à peu le film en main pour nous conduire dans son monde à elle sous les yeux d’un Astier forcément consentant. Imperceptiblement une relation tendre et confiante s’installe entre les deux personnage, relation qu’on imagine volontier conforme à la réalité.

Doucement (bien qu’en Ferrari) Alexandre Astier livre un film délicat, drôle et émouvant, sans prétention autre que de nous émouvoir avec le sourire, ce qui est infiniment réussi.

On sent aussi une retenue, une modestie dans sa réalisation. Modestie que l’on sait inutile quand on connait le talent du bonhomme. Il me tarde donc, après ce coup d’essai, de voire Alexandre Astier revenir au grand écran avec un projet à l’ampleur comparable à celle de Kaamelott. Là on risque vraiment de rester scotchés.

De Rouille et d’Os

26 janvier 2013

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C’est toujours un évènement dans le cinéma (français) quand Jacques Audiard sort un nouveau film. Rarement un cinéaste aura eu une filmographie aussi parfaite. À ce jour l’homme n’a raté aucun de ses films. C’en est presque agaçant une telle régularité dans la perfection. « Un Prophète » son dernier film en date, avait raflé tout un tas de prix dont pas mal de Césars, consacrant par la même occasion un cinéaste hors du commun. Le voilà qui récidive avec un nouveau film. Et la question se pose : que peut-on encore attendre de Jacques Audiard ?

Car je me souviens d' »Un Prophète », et aussi brillant que soit le film, aussi talentueux que fut Tahar Rahim, son interprète principal, j’avais noté ça et là, des tics de mise en scène, une vraie « patte » qui faisait le lien direct avec son film précédent « De Battre mon coeur s’est arrêté ». Et cela m’avait un tout petit peu déçu qu’un homme aussi brillant et novateur s’enferme dans certaines manières, certes brillantes mais qui devenaient finalement des facilités de style. Point de ça ici, j’en suis même venu à ne pas reconnaître Jacques Audiard tant sa mise en scène avait abandonné ses automatismes d’antan. Mais soyons clair, le film y gagne en lisibilité, en simplicité et en sensibilité. Et c’était nécessaire car le sujet du film lui est loin d’être simple.

Ali quitte la Belgique avec son fils de 5 ans pour venir vivre dans le sud de la France, chez sa soeur. Là-bas il rencontre Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland. Tout les oppose. Il est rustre, violent et disons-le, bas de plafond. Elle, elle vit sur une autre planète. C’est pourtant vers lui que Stéphanie va se tourner quand après un accident elle se réveillera atrocement mutilée. Ali se révélera alors d’une aide vraie, simple et inattendue.

Je me souviens avoir lu un synopsis complet du film il y a deux ou trois ans, avant qu’il soit tourné. Et je me souviens m’être dit : ce n’est pas possible, c’est trop, ça ne marchera pas, cette fois il va trop loin. Et le début du film ne m’a pas vraiment rassuré dans la mesure où l’apreté avec laquelle Jacques Audiard filme l’arrivée d’Ali en France relève quasiment d’un documentaire sur la misère. À ce moment, je m’attends au pire, car si ce que je sais arriver est traité avec autant de réalisme, cela va virer à l’insupportable. Et c’est tout l’inverse qui arrive.

Ce n’est pas un secret si vous avez vu la bande-annonce, Stéphanie se retrouve amputée des deux jambes. La mutilation n’est pas quelque chose qui se filme aisément. Et pourtant Jacques Audiard ne se pose pas de question : il filme. Oui Stéphanie a les jambes amputées, oui les moignons pleins de cicatrices ce n’est pas forcément joli. Pourtant, aux côtés d’Ali, Stéphanie redevient qui elle était, se relève et embellit. Au final les scènes les plus dures à supporter sont celles filmant Ali et son fils.

Mais ne nous y trompons pas, « De rouille et d’os » n’est pas un film où l’on s’apitoie, bien au contraire, c’est un film superbe qui relève bien souvent du conte de fée. Marion Cotillard y est magnifique et on pourra bien gloser sur son son succès comme on le fait si bien en France, elle n’en reste pas moins l’une de nos meilleures actrices. Mathias Schoenaerts rescapé de « Bullhead », fait une fois de plus preuve d’un jeu d’acteur tout en retenu et d’un charisme assez percutant (sans jeu de mot).

« De rouille et d’os » confirme le talent de Mathias Schoenaerts, confirme que Marion Cotillard joue dans une catégorie au dessus de tout le monde (sans craindre pour son image) et confirme enfin quel immense réalisateur est Jacques Audiard.

Un film lumineux. Un grand moment de cinéma.

Warrior

26 janvier 2013

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Il y a des films comme ça qu’on ne voit pas venir. « Warrior » en fait partie. Pas de réalisateur vraiment réputé, un acteur et demi sur trois de connu et un scénario tenant sur un timbre poste. Mais alors qu’est-ce qui fait que « Warrior » est un si bon film ?

Tommy revient d’Afghanistan. Il retrouve son père avec qui il est fâché pour que celui-ci l’entraine au free fight afin de participer à une compétition dont la récompense est une importante somme d’argent. De son côté, le père de Tommy tente de renouer le contact avec son autre fils, Brendan, qui lui aussi a pour projet de participer à cette même compétition. Les trois hommes se retrouveront autour d’une arène grillagée où ils règleront peut-être leurs rancoeurs.

Au premier abord, on a affaire à un film de bonhomme. Rugueux, violent et qui sent la sueur. Mais rapidement, les confrontations père/fils, frère/frère et mari/épouse font place à une réelle sensibilité et là était tout l’enjeu du film car les combats sont tellement puissants et bien menés qu’il fallait que les scènes hors du ring apportent autant de puissance voire de violence. Il fallait pour cela des acteurs de haut vol capables d’être crédibles au combat mais aussi de tomber la carapace pour faire preuve de l’émotion nécessaire au récit. Et Tom « Bronson » Hardy et Joel Edgerton ne faillissent jamais à leur tâches. Le premier fait preuve d’une violence bestiale sur le ring et d’une retenue bouleversante en dehors. Joel Edgerton joue quant à lui un homme si différent du premier qu’il ne fait aucun doute à l’écran que ces deux là sont frères. Plus réfléchi, il est le seul personnage du film à être bien campé sur ses deux pieds, déjà en accord avec lui même et les choix qu’il fait.

N’oublions pas non plus Nick Nolte en ex père violent et alcoolique qui, plus que le pardon, cherche à terminer l’éducation de ses fils, d’une manière ou d’une autre. L’acteur fait preuve d’une émotion à fleur de peau qui tire les larmes à quasiment chacune de ses apparitions. Très certainement l’un de ses plus beaux rôles.

Rendons enfin hommage à Jennifer Morrison, la Cameron de « Dr House », quasiment seule femme du film, qui par ses craintes, son rejet des combats, l’amour qu’elle porte à son mari et finalement l’enthousiasme dont elle fait preuve, parvient à apporter une dimension supplémentaire aux scènes se déroulant dans la cage.

À la force des poings mais aussi et surtout des sentiments « Warrior » vous malmène, vous secoue, jusqu’à vous transpercer en plein coeur.

Un des plus beaux films de 2012, tout simplement.

Total Recall

25 novembre 2012

Continuons dans les remakes avec « Total Recall ». Comme avec « the Amazing Spiderman » je dirais : « drôle d’idée » car après tout, passer après Paul Verhoeven peut paraître incongru. Quant à le remplacer par Len Wiseman (Underworld), cela semble pour le moins dangereux (si ce n’est suicidaire). Qu’en est-il au final ?

Quaid est un ouvrier enfermé dans la routine quotidienne avec sa jolie femme. Toutes les nuits Quaid rêve d’une vie qui n’est pas la sienne, une vie d’agent secret, avec une femme qui n’est pas la sienne non plus. Un jour Quaid fait la connaissance de Rekall une société qui propose de vous implanter des souvenirs. Vous voulez être milliardaire ou star du rock ? À défaut de le devenir, vous pouvez vous souvenir de l’avoir été. C’est moins cher. Cependant, quand vous êtes vous-même un ancien agent secret dont la mémoire a déjà été trifouillée, les ennuis ne vont faire que s’empiler.

Si Verhoeven laissait planer le doute sur la véracité de ce que vivait son héros et ce jusqu’à la fin du film qui n’apportait pas vraiment de solution, ce doute n’est pas vraiment exploité ici. Philip K. Dick (auteur du roman à l’origine des films) était un auteur infiniment complexe et l’adapter relève du casse-tête. Spielberg s’était d’ailleurs totalement affranchi de la complexité narrative de « Minority Report » pour livrer un gros (mais excellent) film de science fiction. Len Wiseman fait le même choix ici en privilégiant l’action et les effets spéciaux à la réflexion philosophique.

Et comment s’en sort Len alors ? Bien.

Soyons clair, vous ne retrouverez pas ici la profondeur narrative de la première version. Mais le réalisateur épaulé par des acteurs sexy (Colin Farrell, Kate Beckinsale et Jessica Biel) réussit ce qu’il avait totalement loupé avec « Die Hard 4 », à savoir un film d’action distrayant et bien fait. Les effets spéciaux sont très réussis et la mise en scène plutôt inspirée. Total Recall s’impose finalement comme un film distrayant et plutôt réussi dans son domaine, celui du film d’action sans prise de tête.

Une mention spéciale pour Kate Beckinsale qui s’acquitte avec classe et glamour de son rôle d’épouse mortelle. Passer après Sharon Stone n’était pourtant pas gagné.

Abraham Lincoln : Chasseurs de Vampires

21 novembre 2012

Timur Bekmanbetov, réalisateur russe de son état, nous revient après le violent, survolté, passablement vulgaire mais profondément jouissif « Wanted ». Et non content de venir faire la nique aux Amerloques sur leur terrain de prédilection (le gros film d’action bourrin) le voilà qui vient vampiriser leur Histoire.

Oui Timur Bekmanbetov est un réalisateur à l’univers visuel pour le moins outrancier et je l’ai déjà dit plus haut, passablement vulgaire. On peut y adhérer ou pas mais le fait est que le bonhomme fait preuve d’un enthousiasme communicatif. Après son premier film américain avec un casting reluisant (Morgan Freeman, Angelina Jolie, James McAvoy) le voilà de retour dans une grosse série B. Je dis série B car adaptation d’une BD bas de plafond avec un casting de quasi-inconnus.

Le synopsis est léger : Abraham Lincoln (oui oui, le légendaire président des Etats Unis) est accessoirement un chasseur de vampires. Ben oui.

Bon alors vous vous en doutez, il ne faudra pas s’attendre à un scénario 4 étoiles. On a affaire là à un film bien basique où les personnage son traités à grands coups de hâche/fusil. Les acteurs (pour la plupart inconnus) ne faisant que jouer une partition fadasse, on se demande bien ce qu’on pourra tirer du film. C’est sans doute vers la réalisation du russe qu’il faudra se tourner.

Car Timur Bekmanbetov sait filmer, à n’en pas douter. Même s’il en fait des caisses, cela a l’air facile pour lui et il y prend du plaisir. Les scènes d’actions aussi folles et exagérées soient-elles sont bien faite et rythmées. A ce titre, la poursuite d’un vampire à dos d’un troupeau de chevaux en furie est assez ébouriffante. Pour autant, à trop vouloir mettre l’accent sur l’action et le mouvement au détriment du jeu des acteurs et d’un scénario correct Timur Bekmanbetov en oublie de quoi est sensé être fait le cinéma.

Il nous livre au final (je le redis) une grosse série B, bête au possible, dont les acteurs absents ne permettent jamais que l’on s’attache à eux ou à leur histoire. Reste de l’action pure et dure, souvent digitale, dont on finit écœuré, comme après un tour au fast food où on aurait mangé trop de hamburgers arrosés de vodka. A ce rythme Timur Bekmanbetov va rapidement se retrouver dans la catégorie direct to dvd à faire des film avec Jean-Claude Vandamme.

Dommage, « Wanted » promettait » des lendemains moins moroses.

The Amazing Spiderman

17 novembre 2012

Le voilà donc le nouveau Spiderman. Après une trilogie entièrement signée Sam Raimi, Marvel tente un reboot total tout ça, ne nous le cachons pas, pour conserver la franchise. Drôle d’idée me direz-vous et vous n’aurez pas tort. En général repartir aux sources est plutôt ennuyeux. Qu’en est-il ici ?

Exit donc Sam Raimi qui demandait légitimement une fortune pour faire un épisode 4 et bonjour Marc Webb, réalisateur de l’intéressant « 500 jours ensemble ». Cependant, et bien que je ne sois absolument pas fan de la trilogie Raimiesque, il faut bien avouer qu’elle avait fait ses preuves autant en termes d’envergure que d’entrées en salles. Drôle d’idée donc, je me répète, que de choisir le réalisateur d’un seul film, qui plus est une comédie romantique, pour succéder à cette colossale trilogie.

Retour aux sources donc, et aux origines de la naissance de Spiderman. C’est là que le bas blesse car le retour aux origines est toujours fastidieux. Poser les personnages prend du temps (une bonne moitié de film) les carcans sont exigeants (difficile de s’écarter de la mythologie imposée par Marvel) et on risque la redite (la comparaison avec le premier opus de Sam Raimi est inévitable). Peu de réalisateurs ont su se sortir de cette impasse à part peut-être Christopher Nolan avec « Batman Begins ».

Marc Webb ne démérite pas mais ne parvient pas à convaincre totalement.

Quid de cette réinterprétation alors ? Et bien que de l’anecdotique sur le fond : le méchant n’est plus le même (mais tout aussi nul que le Bouffon Vert), Spidey ne produit plus ses toiles organiquement mais avec un dispositif technologique (comme dans la BD) et Gwen remplace Mary Jane. Que de l’anecdotique donc.

Sur la forme, Marc Webb parvient à imposer un style plus urbain et plus réaliste que le côté carton pâte de ses prédécesseurs. Le quotidien adolescent de Peter Parker est quant à lui bien plus crédible qu’il ne l’a été. On n’en reste pas moins dans un contexte de film tous publics dont il semble difficile voire impossible de s’émanciper (contrairement à ce qui a pu être fait avec Batman).
Techniquement les effets spéciaux sont tout à fait honnêtes bien que le budget semble restreint.

Là en revanche où le film sort son épingle du jeu, c’est avec son acteur principal. Andrew Garfield (« Boy A », « Social Network ») avait déjà fait preuve dans ses films précédents d’un jeu d’acteur tout en finesse qui permettait au spectateur de rapidement s’attacher au personnage. Et pour le coup, sur ce point point là, on ne peut que se réjouir de ce choix parce que sincèrement, Tobey Maguire, je n’en pouvais plus. Aussi crédible qu’une chaussette dans un champ de roses (c’est Samedi, c’est poésie !), le pauvre garçon au charisme d’endive ne jouait à peu près bien que quand il était masqué. Heureusement c’était fréquent. Emma Stone quant à elle enterre facilement la prestation de Kirsten Dunst. Au final l’alchimie entre les deux acteurs sert magnifiquement le film et le propos de son réalisateur qui n’est jamais aussi à l’aise que dans la comédie sentimentale.

Au final Marc Webb fait tout ce qu’il peut avec une partition jouée d’avance. Il ne se plante pas, loin s’en faut, mais il n’explose pas le genre non plus. Pas de surprise donc. Quant à la comparaison avec les film précédents elle sera sûrement affaire de goût. Pour ma part cette version me touche plus et je serai heureux de voir une suite que j’espère plus sombre et moins engoncée dans une mythologie trop sacralisée.