The Fountain

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Restons dans l’étrange après “the Fall” voici “the Fountain” de Darren Aronofsky.

Impossible de parler de “the Fountain” sans parler de son réalisateur. Voilà en effet quelques années que ce New Yorkais a investi le monde du cinéma pour nous en présenter sa vision à la fois brutale, intelligente, variée, inédite et toujours hors du commun. C’est en 1998 qu’il a commencé à faire parler de lui avec son premier long métrage “∏”, film on ne peut plus déjanté sur un mathématicien obsédé par le nombre ∏ dans lequel résiderait une loi mathématique universelle qui pourrait s’appliquer à Tout. Dans sa quête il s’associe à des Juifs orthodoxes eux-mêmes à la recherche du nom de Dieu qui figurerait dans la Torah sous forme mathématique. Déjà Aronofsky ne racontait pas les mêmes choses que tout le monde, pas comme tout le monde non plus. Son scénario (dont il est l’auteur) ainsi que sa mise en scène surprennent mais séduisent. Tout le monde se demande si ce film est un hasard ou un coup de génie.

Son deuxième film permet de se faire une idée : “Requiem for a Dream” adapté d’un roman de Hubert Selby Jr, ou la descente aux enfers (expression facile mais pour le coup bien choisie) de 4 personnages, tous dépendants à leur manière à la drogue et au rêve américain. Le film dans lequel se fond une musique viscérale inoubliable (mais vraiment !) de Clint Mansell, est une claque qui vous retourne le cœur dans tous les sens du terme. On peut reprocher à Darren Aronofsky son choix de la politique du pire, mais force est de constater que ce choix est assumé réfléchi et travaillé. La composition visuelle du film (alliée à la bande son) atteint son but, à savoir plonger le spectateur dans un état dérangeant, déstabilisant qui provoque une empathie obligatoire avec les personnages.
Après ça, tout le monde comprend qu’Aronofsky n’est pas qu’un coup de bluff mais bien qu’il est un réalisateur à part entière comme on en trouve pas très souvent.

Du coup les Studios tentent de s’emparer du phénomène. On essaie de lui coller un Batman dans les mains (film qui échouera finalement dans celles de Christopher “Memento” Nolan) puis un remake de Robocop (projet auquel il serait toujours associé). Mais en vain. La sauce ne prend pas tant le réalisateur ne se conforme pas au travail des studios américains. Pas par défit, juste par nature.
Il arrive pourtant à monter un projet à gros budget en grande partie grâce au nom de Brad Pitt qui s’est associé au film avec Cate Blanchett. Ce film c’est “the Fountain”. On n’en sait pas grand chose à cette époque si ce n’est qu’il parlera d’une espèce de fontaine de jouvence. Du fantastique donc ?
Mais dans le monde du cinéma, rien n’est jamais gagné et alors que la préproduction a bien progressé (on commence à entendre parler de batailles épique à la “Seigneur des Anneaux”), Brad Pitt quitte brutalement le projet préférant intégrer celui de “Troie” par Wolfgang Petersen (oui le responsable d’ “Air Force One”). Sans le nom d’un acteur aussi prestigieux, le film du pauvre Darren ne fait pas long feu, c’est d’abord Cate Blanchett qui se désiste à son tour puis le film tout entier qui tombe à l’eau.

On n’entend alors quasiment plus parler de Darren Aronofsky. Il écrit bien le scénario d’ “Abîmes” de David Twohy mais c’est tout. Et quand sort la bande dessinée, écrite par le réalisateur, intitulée “the Fountain” on se dit que le projet cinématographique est définitivement enterré.

Mais non ! Tout heureux de sa récente relation avec l’actrice Rachel Weisz, Aronofsky se dit que son projet avorté est une belle histoire d’amour et que le confier à la jolie Rachel en serait une belle preuve, d’amour. En avant donc ! remontons le projet ! Aronofsky revoit son budget à la baisse en mettant l’accent plus sur l’onirisme que sur le réalisme. L’actrice est trouvée et comme elle a eu un certain succès avec les deux premiers films “la Momie” elle déride les producteurs. Reste à trouver celui qui reprendra le rôle de Brad Pitt. Ca tombe bien Hugh Jackman aimerait prouver qu’il sait faire autre chose que porter des griffes et des brushing idiot dans X-Men.
Budget diminué, casting bouclé : le tournage peut commencer.

“The Fountain” raconte l’histoire d’un scientifique, chercheur, d’autant plus impliqué dans son travail que son épouse est en train de lentement s’éteindre à cause d’un cancer. Tom sait qu’il lui reste peu de temps pour trouver un remède. Izzy, sa femme, sait quant à elle qu’elle est condamnée, elle l’a accepté et aimerait que son mari l’accepte aussi. Tout ce qu’elle voudrait c’est qu’on plante un arbre sur sa tombe, comme le faisaient les Mayas. Selon la légende cela perpétuerait la vie du défunt.
Pour aider son mari à envisager l’inenvisageable, Izzy se lance dans la rédaction d’un roman. Son histoire, qui se base sur la conquête de l’Amérique du Sud par l’Espagne du XVIème siècle, raconte l’aventure d’un conquistador mandaté par la Reine d’Espagne pour trouver l’Arbre de Vie quelque part dans le nouveau monde, sur la terre des Mayas. À défaut d’être réellement un roman historique, le manuscrit d’Izzy est la symbolique parfaite de son histoire avec Tom : la Reine d’Espagne dans le rôle de la vie d’Izzy, le conquistador dans le rôle du chercheur et l’inquisiteur dans le rôle du cancer. À l’écran, le conquistador et la Reine d’Espagne ont les traits de Tom et Izzy : Hugh Jackman et Rachel Weisz.

Vous êtes perdus ? ça ne va pas s’arranger…

À la mort d’Izzy (oui parce qu’elle finit par mourir) Tom hérite de la fin du roman à écrire, mais il se lance aussi dans une quête folle : vouloir trouver un remède à cette maladie qu’on appelle la mort. Saut dans le temps (attention mon interprétation des faits, bien que très réfléchie n’est pas à prendre pour argent comptant et chacun devra se faire son propre avis en voyant le film) : Tom a vaincu la mort aidé par le roman d’Izzy et les croyances des Mayas, il veut désormais sauver ce qui peut l’être de l’esprit de sa défunte épouse résidant dans l’arbre planté sur sa tombe. Pour cela Tom entreprend un voyage intersidéral et mystique vers l’étoile de Xibalba. Accompagné de l’arbre à l’agonie Tom s’astreint à une vie de méditation. Il est cependant hanté par des visions d’Izzy qui tente de le convaincre de terminer la rédaction du roman. Mais Tom est obsédé par sa quête, au même titre que le conquistador du roman dont l’aventure se mêle à celle de Tom.

L’histoire du film se déroule donc sur trois niveaux : le présent, la fiction et l’avenir. Les trois se mêlant et, chose surprenante, interagissant les uns avec les autres. Aronofsky choisi une narration éclatée, non linéaire qui, à l’image de Xibalba, explose pour finalement se refermer brutalement sur elle-même.
Que ce soit dans “∏” ou dans “Requiem for a Dream”, Arnofsky a toujours travaillé sur la narration de manière expérimentale (ne pas prendre le mot au sens péjoratif) : il continue dans “the Fountain”, empruntant de nouvelles voies et jouant en plus cette fois avec le temps, les croyances et la fiction dans la fiction. Ces dimensions se croisent, s’entrechoquent créant un chaos finalement très fertile en réflexions et en émotions. Dans ce tube à essais géant qu’est le film, les acteurs passeraient presque au second plan. Ils sont pourtant exceptionnels, de retenue et de douceur pour Rachel Weisz, de fougue, de fureur et de conviction acharnée pour Hugh Jackman qui apparaît enfin comme un véritable grand acteur.

Ressort de “The Fountain” une réflexion nouvelle sur la mort et l’amour pourtant maintes fois abordées dans l’art en général. Aronofsky met les pieds où personne ne les avait encore vraiment posés et parvient, parfois à l’inverse d’un Kubrick, à insuffler à son histoire un air d’une profonde humanité qui touche en plein cœur.

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