the Host

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Retour en Corée du Sud pour cet article après l’évocation de “Old Boy”. Et vues la qualité et la profusion de la production cinématographique sud-coréenne je n’ai pas fini d’y revenir.

J’ai volontairement évité dans ce blog tout ordre chronologique et même tout ordre en général, préférant ainsi avancer selon mes envies. Il serait cependant injuste de parler de “the Host” et de son réalisateur Joon-Ho Bong sans évoquer son film précédent “Memories of a Murder” thriller aussi déroutant que brillant. Car ce n’est pas pour rien que Joon-Ho Bong apparait 2 fois dans le palmarès des 20 films préférés de Quentin Tarantino au cours de ces 20 dernières années. Non, le réalisateur Coréen bien que très jeune (33 ans au moment de “Memories for a Murder”) est tout sauf un réalisateur mineur (jeu de mots involontaire). Dans son film précédent “the Host”, Joon-Ho Bong montrait à quel point il avait tout compris aux gros thrillers américains (“le Silence des Agneaux” ou encore “Se7en”) mais aussi avec quelle conviction il souhaitait digérer ce genre pour mieux s’en dégager via des chemins aussi déconcertants qu’improbables (la farce, la peinture sociale). Aucun de ces choix n’affaiblissait pourtant son propos, bien au contraire.

Une fois de plus avec “the Host” Joon-Ho Bong se lance dans le film de genre ; pas de thriller cette fois mais un film de monstre. On pense de suite à “Alien”, “the Thing” voire “Godzilla” pour une référence plus proche de la Corée, mais les références s’arrêtent vite là. Et vite est bien le mot. Point de tension qui monte en douceur chez Joon-Ho Bong, pas non plus de “morceaux” de bestiole qui apparaissent de ci de là avant de dévoiler la bête, enfin, dans le dernier 1/4 d’heure. Qu’on me comprenne bien, je ne suis pas en train de dénigrer un genre qu’au demeurant j’affectionne, mais plutôt d’en faire un court inventaire afin de démontrer à quel point Joon-Ho Bong en a pris le contrepied. Car chez lui la bête (énorme) apparait dans les 5 premières minutes du film. Et pas simplement pour dire bonjour : elle provoque en plein jour une scène d’horreur et de panique généralisée qui permet au réalisateur d’imposer sa bête, de présenter ses personnages, de planter son intrigue et d’imposer son style qui mêle tout comme dans son film précédent, l’horreur, la farce et la virtuosité.

La bête, aussi monstrueuse soit-elle, n’est finalement qu’un prétexte pour traiter d’une famille pas comme les autres : la famille Park.

Le père, Hee-Bong, tient un snack sur les bords du fleuve d’où s’échappera la bête. Il y travaille avec son attardé mental de fils, Gang-Du, personnage complètement coupé de la réalité et père de Nam-Joo, 12 ans. Hee-Bong a deux autres enfants : une fille, championne de tir à l’arc malchanceuse et un fils, l’érudit de la famille, qui malgré ses hautes (et chères) études est alcoolique et au chômage.

Lorsque la petite Nam-Joo se fait enlever par la bête et alors que les autorités la déclare décédée, la famille Park se réunit, de force, menée par le père qui tente coûte que coûte de maintenir unie cette famille de bras de cassés, pour retrouver l’enfant. Dans cette quête les caractères s’affirmeront. Gang-Du galvanisé par son rôle de père qui n’avait jusque là pas de raison d’être puisque c’est sa famille qui s’occupait de l’éducation de sa fille, se surpassera pour la sauver. Sa sœur mettra son talent de championne au service de la recherche de Nam-Joo, quant au frère, “qui a tout donné à la démocratisation de son pays” il adoptera les armes des opposants au régime qui l’a construit pour mener à terme la quête de sa famille. Ajoutez à cela une critique de l’ingérence des Etats-Unis qui pensent mieux savoir s’y prendre pour régler un problème qu’ils ont finalement provoqué et vous obtenez un film social et politique là où on ne l’attendait pas.

Reste quand même que Joon-Ho Bong est un fameux réalisateur qui sait exploiter tout son registre pour nous livrer un film haletant, intelligent et politique. Et quand on voit sa tête de rigolard, on se dit que le bonhomme nous a bien eus…

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