Shutter Island

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Tout était pourtant réuni pour faire de “Shutter Island” un grand film : Un roman de Dennis Lehane (“Gone Baby Gone”), un très bon acteur (Di Caprio) et un des plus grands réalisateurs de ces 40 dernières années (Scorcese). Mais que s’est-il donc passé ? Qu’est-ce qui fait au final que, selon moi, “Shutter Island” passe à côté de son objectif ?

Et bien justement dans un premier temps il aurait peut-être été bon de définir cet objectif. On peut en effet se demander si le but était pour Scorcese de faire un film sur la Shoah, un thriller classique axé autour du très exploité twist tellement à la mode depuis “Sixième Sens”, ou bien offrir à Di Caprio le rôle riche d’un homme qui a malheureusement mal vécu.

Chacun de ces objectifs a son protagoniste : Denis Lehane d’abord qui a clairement écrit son roman dans le but d’être adapté au cinéma (la trame scénaristique ne trompe pas, on dupe le regard du spectateur en usant d’un procédé profondément cinématographique). Scorcese ensuite qui en usant d’une mise en scène hyper classique, hommage aux films qu’il admire, mais reposant sur ce fameux (?) twist, fait montre d’un désir juvénile de faire la nique aux Shyamalan et autre Fincher sur leur propre terrain (“Sixième Sens”, “the Game”, “Fight Club”). Et Di Caprio, comme trop souvent chez Scorcese, qui veut montrer quel grand acteur il est (et il n’y a pas de doute là dessus) quitte à choisir un rôle qui ne lui convient pas. “Shutter Island” souffrirait-il donc d’un triple pêché d’orgueil ? C’est bien possible.

Pêché d’orgueil d’un écrivain en premier lieu, qui sacrifie son talent à entrer dans la tête de ses personnages sur l’autel du tape à l’œil scénaristique. Impossible ici pour l’auteur de s’adonner à ce qu’il sait pourtant si bien faire : traiter de la psychologie intime et profonde de ses personnages (revoyez “Mystic River” et “Gone Baby Gone”). Non ! Ici ce serait du suicide tant le film repose tout entier sur un procédé pour le moins fumeux que le moindre écart pourrait faire s’effondrer.

Di Caprio quant à lui annonce la couleur dès le début du film, il vampirise d’emblée totalement le film. Il est de chaque plan et suce le sang d’un Scorcese consentant. Face à lui les seconds rôles tous excellents (Marc Ruffalo et Ben Kingsley en tête) ont bien du mal rétablir un équilibre qui serait pourtant salutaire. Alors oui, il y a une raison à cette omniprésence de Di Caprio, et elle réside tout entière dans le twist, mais le problème c’est qu’une fois de plus l’acteur choisit de donner à son personnage un premier abord antipathique. Il pourra ensuite cabotiner autant qu’il voudra il ne parviendra jamais totalement à lui donner ce côté attachant et émouvant que l’histoire lui permet de jouer.

L’échec joué par Marc Ruffalo et Ben Kingsley est finalement presque plus émouvant que le sort de ce pauvre marshal blondinet. Il faut dire aussi qu’avec ses airs de gamin mal dégrossi, et ce malgré la qualité de son jeu, Di Caprio ne peut physiquement pas convaincre en ancien soldat traumatisé par la guerre et plus précisément par la Shoah, personnage fantomatique à part entière du film, mais malheureusement trop anecdotique.

Reste la réalisation de Scorcese. Alors oui les décors, les costumes et l’ambiance sont là. Oui l’atmosphère est oppressante. Pas de doute que Scorcese aime son métier et qu’il le fait bien. Mais qu’en est-il de la flamboyance d’un “Casino”, de la beauté quasi mystique de “Kundun”, de la virtuosité d’ “A tombeau ouvert” ? Même Thelma Shoonmaker, sa (prodigieuse) monteuse a bien du mal à tirer quelque chose d’un classicisme si inhabituel chez le réalisateur des Affranchis. A tant vouloir mettre son acteur en valeur, à tant vouloir toucher la jeunesse du doigt, Scorcese perd son art et sa culture.

Et le twist me direz-vous ? Ne compter pas sur moi pour vous le raconter mais non content d’handicaper le récit du film (le procédé reste quand même à double tranchant) il se perd dans des explications à rallonge. Force est de constater que les jeunots précédemment cités s’en sortent mieux. Forcément comparable à un “Fight Club”, “Shutter Island” n’a malheureusement pas l’intelligence de ce dernier à mêler le fond et la forme. Un fond peut-être trop lourd chez Scorcese.

Bien sûr il y a le final, beau et intelligent dans lequel on retrouve le talent du réalisateur, la retenue inspirée de l’acteur et l’intelligence de l’auteur. Mais 5 minutes ça fait pas lourd sur un film de plus de deux heures.

Et puis il y a cette question que je ne peux m’empêcher de me poser : l’association Scorcese / Di Caprio est-elle vraiment une bonne idée ? A chaque fois que ces deux là font un film à deux, le réalisateur semble étouffé par un acteur en roue libre (j’exclue l’excellent “les Infiltrés”, dans lequel Di Caprio avait à la fois Matt Damon et surtout Nicholson pour lui tenir tête, rétablissant ainsi un équilibre et une humilité dans le jeu d’acteur nécessaire à la réalisation).

Moralité, rendez De Niro à Scorcese ! Le couple était bien meilleur. Je suis sûr que Robert ne tiendra pas trop rigueur à Martin pour cette incartade avec un jeunot. Après tout, c’est dans les vieux pots…

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