Band of Brothers

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Une fois n’est pas coutume, je ne parlerai pas d’un film de cinéma aujourd’hui mais d’une (courte) série télévisée : “Band of Brothers”. Il conviendrait d’ailleurs de s’interroger sur l’exacte définition du mot “cinéma” au regard des nombreuses séries qui ont envahi nos “petits” écran au cours de ces dernières années. “Band of Brothers” est l’illustration même du flou qui touche la frontière qui séparait naguère la fiction télévisuelle de la fiction cinématographique.

En 1998 Steven Spielberg s’attaquait une fois de plus à une période historique qui lui tient particulièrement à cœur : la seconde guerre mondiale. Dans “Il faut sauver le soldat Ryan” Spielberg associait le réalisme cru de la guerre au symbolisme d’une poignée d’hommes désignés pour aller sauver la vie d’un inconnu au péril de leurs vies.

Malgré les 2h40 de leur film, la maestria de la mise en scène (les 30 premières minutes intégralement dédiées au débarquement de Normandie apparaissent comme l’une des séquences les plus impressionnantes et importantes de toute l’histoire du cinéma) Steven Spielberg et son acteur (et ami) Tom Hanks ont du se sentir frustrés ou bien encore limités dans leur propos car les voilà producteurs d’une séries beaucoup plus complète sur le même sujet.

Un temps inquiet d’être obligé d’assister à une série bavarde traitant de stratégies militaires un peu trop lourdes à digérer pour un profane, j’ai longtemps repoussé l’idée même de me pencher sur cette série, préférant garder en mémoire les images du soldat Ryan et de “la Ligne Rouge” de Terrence Malick. Mais sortant de la déconcertante saison 7 de “the Shield” j’ai soudain eu l’envie de me lancer dans une nouvelle série à la fois plus courte et totalement différente. Va donc pour “Band of Brothers”.

Ce qui surprend d’emblée en commençant le premier épisode c’est l’intrusion du réel dans la fiction qui n’en est pas vraiment une. En effet chaque épisode commence par le témoignage de vétérans américains de la guerre de 40. Ceux là même que l’on suivra tout au long de l’histoire : les membres de la Easy Compagny. Cette compagnie de parachutistes, étudiée par l’historien Stephen E. Ambrose auteur d’un livre les concernant, est en effet le symbole parfait de la progression de l’armée américaine dans l’Europe occidentale occupée. Parachutés en Normandie ces hommes ont ensuite gagné la Belgique, tenu des positions plus que difficiles à Bastogne avant de marcher en Allemagne puis en Autriche.

A l’instar d’“Il faut Sauver le Soldat Ryan”, “Band of Brother” se veut être un témoignage crédible de la violence sans borne qu’a été la seconde guerre mondiale ; et le but est atteint. Car la Easy Compagny est ce qu’on appelle de la chair à canon et tous ses membres ne verront pas la fin de la guerre. Pour autant l’ambition avouée de l’œuvre ne s’arrête pas là, car si la guerre est un terreau propice à l’horreur humaine elle l’est également à l’aspect le plus beau de l’humanité. Et silencieusement, lentement, au cours des 10 épisodes, c’est cette toile là que tisse “Band of Brothers”, cette propension tout bonnement humaine à tendre vers le meilleur même les pieds dans la fange ; ce besoin vital d’exister par et pour les autres quand l’adversité s’évertue à vouloir vous démembrer et vous tuer. Alors oui la question se pose, faut-il atteindre des extrémités aussi atroces pour entrapercevoir un aussi bon côté chez l’homme ? C’est possible et c’est là que repose toute la mélancolie du propos. Le casque de Mattew Modine arborait dans “Full Metal Jacket” le signe Peace and Love d’un côté et l’inscription “Born to Kill” de l’autre ; John Lennon chante “Imagine” un jour et inspire son propre assassinat le lendemain. L’histoire regorge d’exemples de ce type. A ce titre “Band of Brothers” détient dans ses scènes les plus dures certaines de ses scènes les plus belles.

La série se referme sur les destins d’après guerre de chacun des rescapés de la Easy Company ainsi que sur les témoignages de ceux-ci (les vrais) aujourd’hui. Le dernier à témoigner fera la plus belle des déclarations qu’un grand père puisse faire à son petit-fils : “Non, je n’ai pas été un héros de guerre. Mais j’ai servi dans une compagnie de héros.”

Je me rends compte à la relecture que je n’évoque même pas l’objet cinématographique (ou télévisuel). C’est bien là la preuve que ce dernier a su se faire oublier au profit de son propos. Pour le coup c’est une belle preuve de réussite.

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