Bienvenue à Gattaca

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Film pas vraiment récent aujourd’hui, puisqu’il remonte au XXème siècle (soit avant l’an de grâce 2001). Film pas forcément très connu non plus et pourtant film à classer directement dans la catégorie des classiques : "Bienvenue à Gattaca" est devenu une référence du film d’anticipation et ce dans une relative confidentialité.

Aux commandes du film (son premier), le Néo-Zélandais Andrew Niccol. Déjà connu pour son scénario de "The Truman Show", ce nouveau venu n’est pas franchement attendu au tournant. Il dispose d’un budget modeste pour traiter d’un sujet déjà vu plusieurs fois aux cinéma et inspiré du "Meilleur des Mondes" d’Haldous Huxley à savoir l’hypothèse de voir un jour une société qui se voudrait parfaite en s’asseyant néanmoins sur quelques principes de liberté individuelle qui ne sont pas sans rappeler le fascisme, voire pire : le nazisme.

Rien de nouveau donc. On notera qu’Andrew Niccol a quand même réussi à convaincre le couple Ethan Hawke / Uma Thurman, couple à la ville (à l’époque) histoire d’ajouter un brin de glamour à son film somme toute assez froid. Notons également la présence d’un petit nouveau répondant au nom de Jude Law, acteur encore loin de son image people agaçante et qui se révèle être un sacré bon acteur.

"Bienvenue à Gattaca" se déroule dans un futur proche qu’Andrew Niccol a l’élégance de ne jamais dater. Il nous présente une société dont les membres se divisent en deux catégories : ceux dont le génome a été remanié lors de la procréation afin de les rendre génétiquement "parfait", et ceux qui ont été procréés "naturellement" et qui apparaissent donc comme imparfaits.

Vincent (Ethan Hawke) est imparfait. Dès sa naissance on estime son espérance de vie à moins de 40 ans : son cœur ne devrait pas tenir bien longtemps. Devant ce constat "d’échec", ses parents lui feront un petit frère cette fois revu et corrigé par la science et donc parfait, et donc socialement bien plus acceptable. Vincent grandira avec le poids de l’infériorité. Loin de l’affaiblir davantage, cela lui fournira une volonté sans borne d’atteindre malgré tout son rêve : devenir astronaute, bien que ce poste ne soit accessible qu’aux "parfaits". Vincent en vient pour cela à élaborer un plan fou : usurper l’identité d’un "parfait" consentant.Mais quel être parfait pourrait consentir à se laisser remplacer par un imparfait ? Un être assez lucide pour comprendre que même chez les "parfaits" subsiste une hiérarchie et que lorsque l’imprévisible prend le dessus sur la génétique (en l’occurrence un accident invalidant) un génome aussi parfait soit-il ne vaut plus rien.

Si le plan de Vincent est d’une difficulté extrême (le moindre accès à un bureau réservé aux "parfait" nécessite par exemple une goutte de sang afin de confirmé la qualité du génome), la situation de Jérôme n’est pas forcément enviable car il doit totalement abandonner celui qu’il est et regarder, impuissant, Vincent devenir un autre lui-même, plus brillant qu’il n’aurait jamais pu le devenir, lui pourtant si parfait.

Film modeste mais impeccable dans sa forme, c’est dans son fond que "Bienvenue à Gattaca" atteint toute son ampleur. Discrètement, aidé par la très belle musique de Michael Nyman, Andrew Niccol parvient à construire un film philosophiquement prenant et implacable mais aussi d’une humanité bouleversante. Car toute l’intelligence du film réside dans sa capacité à justement faire ressortir l’humanité là où on ne l’attend plus. En ce sens, le propos est plus intéressant et abouti que celui d’Haldous Huxley.

"Bienvenue à Gattaca" n’est pas pour autant un film intellectuel : Andrew Niccol se révèle être un excellent réalisateur (et scénariste) dont la mise en scène élégante regorge d’idées extrêmement cinématographiques : le générique de début qui ne prend son sens que plus tard dans le film est d’une beauté et d’une intelligence surprenante.

Reste un film proche de la perfection formelle, au propos important et toujours d’actualité, probablement pour un bon moment.

A noter la présence d’Ernest Borgnine au casting. Habitué des Westerns de Sam Peckinpah, le vieil homme nous rappelle par sa seule présence dans ce genre de film, que le désir de conquête de l’homme (ici conquête du génome et conquête du territoire dans les Westerns) repose toujours sur des fondations douteuses aux relents fascistes. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement…

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