L’Amant

original_2015

Allez savoir pourquoi me prend l’envie de parler de ce film… En fait si je sais pourquoi : je l’ai revu hier soir puisqu’Arte a eu la bonne idée de le rediffuser et en HD s’il vous plait.

Il me semble que pour appréhender ce film il convient de se débarrasser de toutes les idées reçues et toutes les fausses polémiques qui ont toujours pollué ce film. Alors oui, “l’Amant” est l’adaptation du livre éponyme de Marguerite Duras. Oui l’auteur s’est totalement détaché du film en déclarant qu’il était l’œuvre pure de Jean Jacques Annaud et qu’il n’avait donc pas vraiment grand chose à voir avec le roman ; ce qui en soi convenons-en n’est pas forcément une insulte. Oui l’amant est un film sulfureux qui s’attarde longuement sur ses scènes d’amour. Oui Jane March, l’actrice principale, est très jeune. On a reproché tant de choses à ce film qui ne touchaient jamais ni à son fond ni à sa forme qu’on a simplement oublié de parler simplement du film.

De quoi parle “l’Amant” ? Tout simplement de la relation amoureuse d’une très jeune fille française d’à peine plus de 15 ans et d’un riche Chinois de plus de 30 dans l’Indochine française de 1920.

N’espérez pas trouver ici une peinture sociale de l’époque ni une leçon d’histoire. Jean Jacques Annaud élude tout bonnement la question en préférant tisser une toile de fond sensorielle qui, appuyée par les mots de Duras eux-même prononcés par Jeanne Moreau, retranscrit une ambiance moite, lumineuse et fertile d’une telle vérité qu’elle en est presque palpable. Cette chaleur qui envahit chaque plan évoque bien évidemment le climat de la colonie française mais sert également à merveille le propos d’Annaud qui en filmant l’amour de si près parvient à nous faire toucher la sueur des corps exsangues. Car c’est bien de ça dont il est question : Annaud a voulu faire un film sur l’amour charnel sans faire un film porno. C’est un projet cher à beaucoup de réalisateur, sujet qui a notamment longtemps obsédé Kubrick et dont ce dernier s’est plus ou moins acquitté avec “Eyes Wide Shut”. Annaud le précède avec ce film formellement très beau et impose une bonne fois pour toute qu’il est le réalisateur qui filme le mieux les scènes d’amour : il l’avait déjà prouvé avec “la Guerre du Feu” et “le Nom de la Rose”, en fait la démonstration magistrale ici et le reprouvera encore avec une scène d’une originalité et d’une délicatesse peu commune dans “Stalingrad”. Oui Jean-Jacques Annaud sait faire de belles images et son classicisme sied à merveille à son propos on ne peut plus sulfureux. On en vient à regretter qu’il n’ait pas eu à filmer de telles scènes dans “Sept Ans au Tibet”.

Pourtant tout le film ne réside pas seulement dans ses scènes de sexe. En effet Annaud revient à Duras dans sa conclusion, faisant la part belle aux mots de l’auteur et en assurant par la même occasion à son film un final d’un romanesque bouleversant.

On a beaucoup parlé de “l’Amant”, on a trop souvent oublié de dire que c’était un vrai beau film.

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