Buried

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Si l’on regarde légèrement en arrière, à savoir en direction de 2010, et si l’on exclue les quelques grands/gros films qui ont marqué l’année (“the Social Network”, “Inception”, “Shutter Island”,…) il est un film qui a fait sa petite impression. Ce film c’est “Buried”, premier film de son réalisateur Rodrigo Cortès qui signe là un film concept, ou une performance cinématographique si vous préférez. Les films concepts sont par définition remarquables du fait du parti pris qu’ils adoptent. Les réalisateurs s’y prêtent souvent à leurs débuts histoire de sortir de l’anonymat (Christopher Nolan et “Memento”) ou bien plus tard dans leur carrière pour se redonner un coup de fouet (Joel Schumacher et “Phone Game”).

Qu’est-ce qu’un film concept ? Un film qui choisit de traiter le récit de manière particulière. Ce choix est la plupart du temps contraignant (contrainte de lieu, de temps, de caméra, etc etc) mais le but est bien entendu de profiter de la contrainte afin de transcender le récit. “Le Projet Blair Witch” est un bon exemple (le film traité comme un documentaire est entièrement filmé par les protagonistes). “Memento” en choisissant de livrer l’histoire de la fin vers le début sortait brillamment du lot. “Phone Game” ne se sortait pas trop mal de son sujet en enfermant un peu plus d’une heure durant Colin Farrel dans une cabine téléphonique. En son temps Hitchcock avait quasiment inventé le film concept avec son plan séquence de plus d’une heure dans “la Corde”. La France a également servi dans ce genre là : Philippe Harel par exemple entre deux “Randonneurs” nous faisait découvrir la jolie et talentueuse Isabelle Carré en caméra subjective. Autant de manières de se soumettre à certaines règles du cinéma afin de pousser sa grammaire dans ses retranchements. Où se situe Buried dans tout ça ? C’est ce que je vais tenter de vous transmettre via mon sentiment forcément très subjectif, comme toujours.

Paul, routier américain travaille pour une entreprise chargée de fournir du matériel de cuisine à l’armée américaine en Irak. Lors d’un convoi Paul et certains de ses collègues sont pris en embuscade. Echanges de coups de feu, lancés de pierres, Paul est touché à la tête et perd connaissance. Quand il se réveille, Paul est enfermé dans un cercueil en bois style bois de cagette, enterré, sans eau, sans (trop d’) air et uniquement en possession d’un briquet et d’un téléphone portable. C’est à ce moment précis que débute le film. Autant que vous le sachiez tout de suite : le film entier se déroule dans le cercueil.

Parlons de la forme d’abord. Vous l’aurez compris : un seul acteur à l’écran : Ryan Reynolds. L’ex mari de Scarlett Johanson a sans doute tenté là le film à Oscar. Et aussi impeccablement Américain soit-il (même pour un Canadien) le pauvre Ryan se fait bouffer par son cercueil. Je n’ai jamais pour ma part réussi à le prendre réellement en pitié, ce qui apparait très vite comme un problème car l’enjeu du film, c’est quand même bien sa survie.

Autre aspect important du film : la façon dont il est filmé. Car aussi gonflée que soit l’idée de vouloir filmer une boîte pendant 1h30, à un moment, il faut bien s’y mettre et la filmer de manière à ne pas trop ennuyer le spectateur. Sur ce point, Rodrigo Cortès remplit sa part du marché : les angles de vue toujours différents apportent ce qu’il faut de nouveauté pour ne pas sombrer dans le sommeil.

Demeure le fond, le scénario étant dans ce genre de films le nerf de la guerre. Et c’est bien là que le bas blesse car très vite on se rend compte que le concept du film est arrivé avant le scénario, ce dernier n’étant qu’un prétexte à filmer Ryan Reynolds dans une boiboite. Là où “Phone Game”ne s’intéressait qu’à son personnage principal et sa psychologie, “Buried” tente d’ajouter un contenu géopolitique qui tombe mais alors VRAIMENT à plat. Rodrigo Cortès ne donne pourtant pas l’impression de s’en soucier préférant user et abuser d’un cynisme outrancier uniquement destiné à mettre le spectateur dans une position inconfortable. Pour le coup, lui, il a l’air de s’amuser, mais trop souvent aux dépends du spectateur.

Alors oui certaines choses sont réussies : la gestion de la lumière et du peu d’espace par exemple. Ainsi se retourner dans le cercueil pour en atteindre le fond devient presque une scène d’action. Par contre il n’aurait peut-être pas fallu vouloir en rajouter à tout prix : la scène du serpent par exemple est aussi inutile que sans fondement ni conséquence.

Je n’évoquerai pas le final que tout spectateur du film voudra légitimement découvrir par lui-même, mais les seuls mots qui me sont venus furent “tout ça pour ça ?”. Tout au plus le dénouement aura permis au réalisateur de jouer encore de son insupportable cynisme balourd qui confirme bien que son seul désir était de manipuler son spectateur en usant d’artifices qui le rendent bien trop présent, ce qui est un comble pour un réalisateur ! Imaginez le bonhomme qui vous dirait à chaque plan : attention tu vas pleurer ! T’as eu peur hein ? Et là tu crois quoi ? ça ? et ben non ! tu t’es gouré ! je t’ai bien eu hein ?!

Ben vous savez quoi ? Retournez voir “Raiponce”, “Buried” est tout au mieux une mauvaise anecdote.

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