Morse

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Il est parfois un rythme difficile à suivre dans l’industrie du cinéma américain. Ainsi en voyant la bande annonce de “Let me In” de Matt Reeves (réalisateur de “Cloverfield”) j’ai très facilement reconnu (et pour cause) le remake de “Morse” film suédois passé relativement inaperçu chez nous du fait, probablement, du peu d’intérêt que l’on porte généralement au cinéma scandinave.

Pourtant “Morse” n’engendre certainement pas l’indifférence et quiconque l’aura vu sera d’accord avec moi : on en garde un souvenir indélébile, presqu’une cicatrice. C’est un film qui n’est pas anodin, loin s’en faut. On en ressort le sang glacé, le cœur retourné, le regard hypnotisé.

Oskar est un jeune garçon qui subit perpétuellement des agressions plutôt violentes de la part de ses camarades. Solitaire, il rêve de vengeance encore plus violente. Tout semble devoir rester en l’état jusqu’à ce qu’il rencontre sa nouvelle petite voisine, Eli.
Eli est solitaire comme Oskar et très mystérieuse. Autant de bonnes raisons de se rapprocher et de sympathiser. Bon OK, le fait qu’Eli soit un vampire va quelque peu pimenter le tout.

Soyons clair, “Morse” est un film tendancieux à plus d’un titre. On y traite de violence enfantine, d’inceste (plus ou moins) et le tout est filmé façon “Derrick” (oui le vieux en imper). Quand je dis façon “Derrick”, je fais référence aux couleurs délavées, au style des années 70 et aux plans fixes interminables. Oui sauf que quand vous filmez de la sorte un vieux flic en imper, au pire ça vous endort, mais quand vous filmez des gamins plus ou moins normaux prêts à s’éventrer avec les dents, ben c’est pas la même blague.

La force de Tomas Alfredson (le réalisateur) est justement de nous perdre dans un style d’un autre âge pour mieux nous terrifier, car de temps en temps, subrepticement, on quitte le style “Derrick” pour entrer dans une sauvagerie cinématographique sans borne. La scène quasi finale de la piscine est à cette image, d’une virtuosité inattendue et parfaitement horrible. “Morse” est comme un gentil vieux monsieur bien habillé qui se révèlerait être un odieux serial killer dès que vous auriez le dos tourné. On s’enfonce dans “Morse” comme on s’enfoncerait dans un bois suédois, de nuit, sans lampe de poche et en sachant que quelque part, derrière un arbre, se cache une bête féroce qui n’aurait pas mangé depuis 1987.

Alors que les “Twillight” et autres “Vampire Diaries” nous envahissent et nous étouffent de leurs parfums sirupeux “Morse” revisite le genre du film de vampires avec une audace et une sauvageries qui en rebutera plus d’un mais qui le fait avec une intelligence qui force le respect.

Matt Reeves a fait deux déclarations intéressantes au sujet de son remake : la première était que l’idée de faire un remake d’un film quel qu’il soit le rebutait plus que tout mais qu’à la vision de “Morse” l’idée de l’adapter était devenue une réelle obsession (tout en sachant qu’il courrait au massacre potentiel de l’œuvre et au massacre plus que certain de sa personne par les fans qui crieraient probablement au scandale en voyant son futur film).

L’autre aveux que l’Américain fit aux journalistes fut que jamais il ne put se détacher totalement du film original ni de sa mise en scène. Au final, de ce que j’en ai entendu dire et de ce que j’ai pu voir de son remake, Matt Reeves a finalement produit un copier/coller de l’œuvre originale.

C’était sans doute la meilleure chose à faire.

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