There Will be Blood

Il est des films rares qui marquent l’histoire du cinéma. « Citizen Kane » en était un. « 2001 l’Odyssée de l’Espace » aussi. Les exemples sont rares et prestigieux et je serais bien embêté de devoir tous les citer ici. Mais ce que je sais c’est que « There Will be Blood » est de cette trempe là.

Daniel Plainview, entrepreneur dans le pétrole, s’installe dans la bourgade de Little Boston, ville de Californie sous le sol de laquelle semble giser un océan d’or noir. Avec son jeune fils, Daniel va tenter de s’imposer dans cette ville et d’y faire fortune. Même si cela signifie trahir beaucoup de monde : le prêcheur de la paroisse, son propre fils et même… Daniel Plainview en personne.

A l’origine du film : le roman « Oil ! » d’Upton Sinclair (pas lu). Pas franchement connu chez nous ce roman est pourtant considéré comme un classique aux Etats Unis. L’adaptation d’un roman traitant du pétrole en pleine seconde guerre du golfe n’est évidemment pas un hasard. Elle est même extrêmement riche de sens, à tel point qu’il faudrait écrire une thèse ne serait-ce que pour établir tous les parallèles possible entre l’oeuvre et l’actualité. Et force est de constater que malgré la spécificité du sujet (le pétrole et tout ce qui peut en découler) l’universalité du propos fait encore ses preuves à l’heure où j’écris ces lignes. Il suffit d’ouvrir n’importe quel quotidien d’information pour se rendre compte que les récents (et encore en cours) évènements dans le monde arabe ont des effets sur l’économie mondiale, sur les pouvoirs en place, les mentalités et malheureusement sur les guerres. « There Will be Blood » traite de tout cela au travers d’un microcosme : une petite ville de Californie au tout début du XXème siècle, en pleine conquête non plus des territoires mais de l’économie, de l’identité américaine et des esprits. A ce titre « There Will be Blood » se présente comme un western sans revolver.

Je pourrais passer des heures à vous faire l’éloge de l’intelligence du scénario sans parvenir à ne vous en livrer ne serait-ce qu’un échantillon digne de ce nom. Et puis chacun, selon sa culture, ses croyances et sa sensibilité devra découvrir le film par lui même pour bien en apprécier toute la profondeur.

Mon travail sera tout de même de vous dire qu’aux commandes de ce film se trouve un des jeunes réalisateurs les plus prometteurs de ces 10 dernières années, j’ai nommé Paul Thomas Anderson, réalisateurs des flamboyants « Boogie Nights » et « Magnolia » et de l’incroyable « Punch Drunk Love ». Comme à son habitude le réalisateur nous gratifie de plans séquences d’une fluidité et d’une tension narrative comme émotionnelle qui sont devenus sa marque de fabrique. Face à sa caméra on retrouve un Daniel Day Lewis HORS NORMES qui livre ici une performance intense, explosive et hypnotique, bien au delà du cabotinage. Rarement un acteur n’aura autant mérité son Oscar. Face à lui Paul Dano ne démérite pas, bien au contraire, il sait apporter à leurs duel la force nécessaire dont se nourrit le film. Pour preuve la séquence finale du film qui non contente d’offrir un final dantesque à l’oeuvre, fait un constat implacable de l’Amérique moderne. Daniel Plainview en vociférant à ses domestiques « I’m finished ! » enfonce le clou d’une nation qui s’est perdue en oubliant sa spiritualité au profit d’un capitalisme exacerbé.

Un film d’une importance capitale dans l’histoire du cinéma américain. Et dans l’histoire tout court.

Publicités

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :