Le Nouveau Monde

« Viens Esprit,
Aide-nous à chanter l’histoire de notre terre.
Tu es notre mère.
Nous, ton champ de maïs…
nous poussons
dans les entrailles de ton âme. »

Voici les premiers mots du « Nouveau Monde », dernier film de Terrence Malick sorti en salle. Terrence Malick je vous en parlais ici. Réalisateur hors normes par excellence, Terrence Malick choisit ici de traiter d’un fait historique tellement connu aux Etats-Unis qu’il en est même devenu une légende : l’histoire de Pocahontas. Ou l’histoire d’amour entre John Smith, navigateur anglais du XVIème siècle et Pocahontas, fille du chef de la tribu amérindienne les Powhatans.

Avant d’être immortalisé sous forme d’un dessin animé, la légende Pocahontas a d’abord été narrée à des milliers de petits enfants états-uniens, non sans une certaine hypocrisie. En effet faire l’éloge de l’amour passionnel entre un civilisé et une sauvage fait quand même pas mal d’ombre à une réalité historique beaucoup moins rutilante : à savoir le massacre systématique des tribus amérindiennes sur leur propre territoire.

Mais qu’importe, le sujet a été tellement traité et galvaudé qu’il donne tous les droits à Terrence Malick qui peut se l’approprier et le tourner à son avantage.

« Le Nouveau Monde » est une sorte de version longue de la vie du soldat Witt de « La Ligne Rouge » chez les Mélanésiens pendant sa désertion. Malick traite ici d’un sujet qui de toute évidence le touche profondément : la découverte par un homme sans a priori d’une culture étrangère à la sienne. Ainsi le réalisateur fait de John Smith un barroudeur réfractaire à l’autorité, aventurier et curieux bien loin de l’image proprette que lui colle la légende. Il trouve chez Colin Farrel son interprète idéal : celui-ci bien loin de ses cabotinages habituels semble s’être laissé envouter par l’approche quasi mystique de son réalisateur et grand bien lui en a pris. Face à lui la très jeune Q’Orianka Kilcher qui prête son corps athlétique et gracieux à Pocahontas. Cette jeune inconnue aux yeux pleins de naïveté symbolise à elle seule la virginité d’une terre convoitée. Si les intentions de Smith à l’égard de la jeune femme sont pure et louables ( le film livre des « scènes d’amour » quasi platoniques d’une beauté parfaitement bouleversante ), les intentions de l’homme blanc en général à l’égard de cette terre sont, on le sait, beaucoup moins recommandables.

Mais Malick n’est pas là pour refaire l’histoire, on ne la connait que trop bien. Il préfère s’attarder sur la beauté des corps en osmose parfaite avec la nature environnante ( les Amérindiens sont tous interprétés par des danseurs professionnels ), sur l’introspection que suscite celle-ci sur ses personnage et sur ce décalage parfaitement incompréhensible qui subsiste entre des êtres pourtant identiques. En personnage d’une bonté insondable, Pocahontas apparait d’ailleurs comme le révélateur d’une société victorienne gangrénée par la cupidité.

Alors oui la deuxième partie du film traitant de la vie de la jeune Indienne dans le monde occidental ( d’abord en Virginie puis à Londre, exhibée en bête de foire ) est beaucoup plus âpre. Mais elle a également le mérite de remettre certaines pendules à l’heure. Et le final du film de nous rappeler au détour de quelques plans splendides ( on est quand même chez Terrence Malick ! ) que la jeune femme malgré son destin hors norme et l’intérêt qu’elle a su porter au monde occidental pourtant si loin du sien, ne s’est jamais corrompue. Peut-être est-ce là la vision rêvée d’un poète. Mais si le poète s’appelle Terrence Malick alors il est raisonnable de s’y plonger.

 

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