Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les Femmes

Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre à David Fincher, l’un des réalisateurs les plus passionnants de ces 15 dernières années, de vouloir faire un remake d’un film suédois, largement surévalué, film lui même adapté d’un roman tout aussi suédois et tout aussi surévalué ? Voilà une question légitime qui tient disons, 2 secondes et demie. Juste le temps qu’il faudra à votre rétine pour se souvenir de qui on parle.

Bon alors déjà « Millenium », n’est en aucun cas un remake du film suédois mais bien une nouvelle adaptation du roman (premier d’une trilogie). J’invite donc tout ceux qui n’ont vu aucun de ces deux films à oublier la version suédoise qui, ne nous le cachons pas, est un film long, mou et inintéressant. Et puis David Fincher n’a absolument pas américanisé son propos, bien au contraire, poussant même le vice à planter son décors sur les terres de l’auteur du roman : la Suède. Là où un autre aurait choisi d’adapter son histoire en Alaska, comme Christopher Nolan l’avais fait avec « Insomnia », David Fincher fait preuve d’un jusqu’au-boutisme têtu et ne rechigne pas à l’idée de se geler en terre scandinave pour le bien de son oeuvre.

Et pour le coup, le choix du lieu impose très rapidement un climat glacial et ce dans tous les sens du terme : le froid, la neige, bien sûr, mais l’architecture, la luminosité, la mode et surtout l’Histoire du pays. Autant d’éléments que le réalisateur exploite avec une rigueur maniaque.

Au programme de « Millenium » : une enquête policière, un tueur en série, un fond historique nauséabond et une histoire d’amour ambiguë.

Alors certes sur le papier, ces éléments semblent faits pour le cinéma, mais la réalité est tout autre : « Millenium » est avant tout un roman, qui prend le temps des mots pour analyser une enquête complexe qui ne permet pas l’élipse ni l’approximation, et tout l’art de Fincher réside dans sa capacité hors du commun à narrer les rouages complexes de son récit sans endormir son spectateur et même en le tenant en haleine sur plus de 2h30. Souvenez-vous de « Zodiac ». En superposant les images, les époques et les bandes sons (le montage audio est parfaitement prodigieux), le réalisateur parvient à dresser un tableau noir, complexe, envoutant et surtout lisible.

Le casting quant à lui évite les écueils que le premier film n’avait pas su contourner : ainsi la prestation très surestimée et bancale (voire ridicule) de Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander fera définitivement pâle figure (c’est le cas de le dire) face à Rooney Mara qui fait preuve ici d’une finesse de jeu et d’une sauvagerie sidérantes. Ses costumes, son tatouage, sa manière de se tenir, de parler, rendent enfin hommage à Lisbeth Salander.

Tout en charisme retenu, Daniel Craig ne cherche pas à tirer la couverture à lui préférant laisser Lisbeth Salander et sa fille (antithèse parfaite de la première) révéler sa sensibilité et son humanité quasi anti-héroïque.

Et dans ce casting de grande qualité s’illustre encore une fois ce vieux roublard de Stellan Skarsgard qui malgré un rôle peu présent à l’écran parvient à imprimer sa patte en marquant le film de sa présence et à tenir la dragée haute à un Christopher Plummer en grande forme.

Au final David Fincher parvient pour la troisième fois de sa carrière à réinventer le film policier, créant par la même occasion un mètre étalon du genre. Ne lésinant ni sur la noirceur ni sur la sauvagerie (le film est interdit aux moins de 18 ans au Etats-Unis) il nous offre ici un film à la mise en scène chirurgicale, magnifique et glaciale prouvant au passage qu’un livre moyen (tout comme « Shinning » ou « les Evadés ») peut donner un très grand film.

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