Un Secret

Il aura donc fallu que son réalisateur Claude Miller décède et que France Télévision lui rende hommage en diffusant l’un de ses derniers films pour que je voies enfin « Un Secret ». Tout était pourtant réuni pour que je le vois : un réalisateur que j’apprécie, un sujet et une période qui m’intéressent… et pourtant.

« Un secret » est adapté du roman éponyme de Philippe Grimbert, roman lui-même adapté de sa propre vie.

Années 50, François est un jeune garçon qui s’imagine un frère imaginaire capable de satisfaire les attentes que son père porte sur lui. Sans qu’il le sache réside dans cette chimère un réel secret de famille auquel se mêle la grande Histoire, celle de la seconde guerre mondiale.

Ce secret que François pressent rapidement, Claude Miller ne le cache pas outre mesure préférant en traiter les tenants et les aboutissants plutôt que de le garder telle une surprise de fin de parcours. Grand bien lui en a pris tant la complexité des sentiments qu’il traite nécessitait de s’y attarder.

De la seconde guerre mondiale à nos jour, « Un Secret » traite tout autant de l’amour charnel que filial, de la judaïté que du nazisme en France, de la trahison que du deuil et du remord. A l’écran Patrick Bruel, enfin sobre, se sort plutôt bien de ce rôle de père tiraillé entre ses passions, ses croyances et ses convictions. Cet homme, par bien des aspects imparfait, au centre de toutes les tragédies, s’enfonce dans le plus grand des malheurs pour avoir obéi à la plus belle de ses croyances : celle selon laquelle une famille juive pouvait vivre sereinement en France dans un contexte de guerre et d’antisémitisme latent.

A ses côtés, Cécile de France incarne à la fois LA femme et LA mère avec une beauté et un radieux dont peu d’actrices françaises francophones peuvent se prévaloir. Ludivine Sagnier, autre plateau de la balance féminine, doit à une gestion du récit morcelée de n’apparaitre qu’en milieu de film. C’est pourtant entre ses mains étonnamment fragiles que réside le tournant de l’histoire.

Que dire enfin de Julie Depardieu ? Sans doute que Claude Miller lui a offert un rôle merveilleux qu’elle a su sublimer par un jeu des plus délicats et subtils. Dans ce rôle de femme aimante et « soignante », qui garde un retrait en toutes circonstances, Julie Depardieu apporte sa plus grande humanité au film et une prestation qui lui a valu un césar.

Le regard étrange et désenchanté de Mathieu Amalric illustre quant à lui à merveille cet enfant qui porte en lui à la fois le poids immense d’une histoire familiale mêlée d’Histoire, et cette étrangeté d’un pays qui sur le papier se présente comme le berceau des droits de l’homme, garant de la la liberté, de l’égalité et de la fraternité mais qui dans les faits a envoyé ses Juifs à Auschwitz et qui aujourd’hui encore vote à hauteur de 20% pour le Front National.

Un film malheureusement d’actualité donc.

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