A l’Origine

Au commencement d’ « À l’Origine » (comme ça, c’est fait) il y a un fait divers. Ne pas y voir là l’adaptation factuelle d’un évènement sans doute moins passionnant que ce qu’il y parait au premier abord. En effet Xavier Giannoli ne cherche pas ici à faire une description précise de ce qui s’est passé mais plutôt à retranscrire l’aspect purement romanesque voire romantique de ce qu’il a perçu dans cette histoire. Une vision très personnelle donc.

Philippe Miller, escroc à la petite semaine, trouve au hasard de ses errements trans-hexagonaux le chantier abandonné deux ans plus tôt d’une portion d’autoroute. Avec son arrêt se sont envolés les espoirs d’une communauté qui comptait sur ce chantier pour sortir de la misère. Là où Philippe voit le moyen de se faire de l’argent facile, les gens qu’il piège dans la toile de son mensonge voient eux la possibilité de refaire surface et de travailler. Un temps le mensonge comblera tout le monde, jusqu’à ce que cette entreprise bâtie sur du vent ne s’effondre peu à peu.

Xavier Giannoli est un raconteur de sentiments. Dès son premier film « les Corps Impatients », il filmait avec ses tripes de jeunes acteurs débordants de vie ou se débattant avec la mort. Cela donnait un film fougueux, à fleur de peau et parfaitement déchirant. Ici le réalisateur choisit un sujet plus adulte mais dont le personnage principal ne parvient pas à exister dans la réalité des adultes et ce malgré le mal qu’il se donne pour le faire croire.

Pour traiter son sujet Xavier Gianolli est bien obligé d’ancrer son récit dans une certaine réalité : celle de l’entreprise : la comptabilité (même si frauduleuse), les employés, les salaires, les engins de chantier, les créanciers, les délais à tenir… Pour autant le réalisateur ne sacrifie pas son désir d’exploiter l’aspect romanesque de l’histoire et souvent son image prend un aspect onirique des plus étonnants. Le balai des engins de chantier pour fêter l’ouverture des travaux en est un exemple parfait.

Dans le rôle de l’escroc François Cluzet fait preuve d’une fragilité à fleur de peau qu’on lui connait bien et dans laquelle il excelle. Disons-le tout net, c’est toujours un plaisir de voir cet acteur que le magazine Première qualifiait il y a une quinzaine d’année déjà comme le meilleur acteur français.
À ses côtés l’étrange Soko qui avec sa petite voix fait preuve d’une force surprenante qu’elle a depuis confirmé autant au cinéma qu’en musique.
Emmanuelle Devos fait quant à elle office de cerise (de luxe) sur le gâteau dans un rôle de femme trompée d’une manière somme toute inhabituelle.
Ajoutons enfin Gérard Depardieu en guest star (que Xavier Giannoli est un des rares réalisateurs à savoir utiliser à sa juste mesure) et vous obtenez un superbe casting.

Peu à peu Xavier Giannoli construit un film qui s’évapore et qui réussit  le tour de force de nous amener à nous attacher à tous ses protagonistes qui s’opposent portant tous les uns aux autres.

Reste un film vaporeux qui passe comme un rêve (ou un cauchemar, c’est selon), non sans avoir réussi à émouvoir profondément grâce à une histoire touchante et des acteurs excellents menés par un François Cluzet qui les entraîne dans son sillon.

Un très beau film.

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