Prometheus

Que pouvions-nous attendre de « Prometheus », la préquelle de « Alien, le huitième passager » ? Question légitime au regard de la carrière en dents de scie de Ridley Scott, son réalisateur. Que pouvions-nous attendre d’un film se targuant de revenir aux origines la saga cinématographique peut-être la plus connue et la plus cohérente ? La réponse est simple : le meilleur comme le pire. Le meilleur car Ridley Scott n’est jamais aussi à l’aise que dans la science fiction, que c’est un réalisateur à l’univers visuel souvent époustouflant et que la saga « Alien » lui doit tout. Le pire aussi car Ridley ne rime pas toujours avec inspiré (G.I. Jane !) et qu’à 75 ans, on peut se demander ce que l’homme va pouvoir apporter à un genre qu’il a quasiment créé au cinéma.

Car ne nous le cachons pas : une telle saga + un tel réalisateur = de grandes attentes tout autant au niveau du film lui-même qu’au niveau du genre et même du Cinéma. Une grosse prise de risque donc de la part de Ridley Scott.

« Prometheus », avant d’être le nom du vaisseau spatial se rendant aux confins de l’univers retrouver les origines de la vie sur Terre, est le nom de cet homme condamné par les dieux de l’Olympe à se faire dévorer le foie toutes les nuits par un aigle (et oui, dans l’antiquité le foie repoussait en une journée) pour avoir « offert » le feu aux hommes.

Autant dire que la référence est plutôt bien choisie.

Car ce dont il est question dans Prometheus, c’est de retrouver nos créateurs ; nos dieux pour ainsi dire. Le problème étant que ceux-ci ont juste un peu changé d’avis après nous avoir créés et qu’aujourd’hui, leur préoccupation serait plutôt de tous nous éliminer jusqu’au dernier et ce grâce à une panoplie fort complète et variée d’armes biologiques. Les membres de l’équipage de Prometheus ne s’en rendront compte qu’une fois sur place. Les pauvres.

A leur tête Meredith Wickers incarnée par une Charlize Theron glaciale et moulée dans une combinaison des plus ajustées, se révèle être un commandant froid et implacable à la psychologie pourtant plus complexe et humaine qu’il n’y parait. Ainsi lorsque se manifeste son humanité, c’est par éclats retentissants et révélateurs de ses propres faiblesses et blessures.

A l’opposé de l’humanité se trouve David, l’homme synthétique. Celui qui a été créé par l’homme (mise en abîme) pour le servir se révèle être d’une fidélité très intéressée. Et sa soif de découverte le mènera à des mesquineries (c’est le moins que l’on puisse dire) qui pour le coup prennent des tournures très humaines. Michael Fassbender campe ici un androïde impeccable. Sa finesse de jeu évite les automatismes robotiques et trouve dans les obsessions artificielles de son personnage une palette de pseudo-sentiments parfaitement inquiétante que l’on n’avait pas vue depuis la performance parfaitement sidérante de Ian Holm dans « le Huitième Passager ».

Enfin Ridley Scott trouve en Noomi Rapace sa femme forte, à l’instinct de survie inébranlable, celle à qui le spectateur peut s’identifier et à travers qui la terreur vous gagne pour ne plus vous lâcher. Plus fragile que Ripley, Elisabeth Shaw nous touche au point que nous vivons l’aventure à travers ses yeux et son ressenti.

Car s’il est un personnage omniprésent du film, c’est bien la terreur. Celle que le réalisateur avait su faire monter tout doucement dans « Alien, le huitième passager » n’est pas moindre ici. Bien au contraire. Et Ridley Scott, rappelons-le, à 75 ans, trouve dans le numérique et la vraie 3D des alliés de poids qui, sans tape à l’oeil, permettent une immersion en enfer probablement jamais vue à ce jour. Sa mise en scène magnifique et puissante font de lui le dernier monstre sacré du cinéma qui contrairement à ses collègues américain de la même génération (Spielberg, Scorcese, Coppola, De Palma…) parvient encore à se renouveler, à renouveler le cinéma et tout simplement à faire des films qui ne soient pas « que » beaux. Des films modernes.

J’ai bien entendu les critiques concernant un scénario manquant de fluidité et oui, c’est vrai. Sans doute « Prometheus » n’est-il pas parfait. J’attribue d’ailleurs plutôt ce problème à un montage raccourci qu’à un problème de scénario. Mais quand bien même, « Prometheus » contient certaines des séquences les plus incroyables de ces 10 dernières années (au moins) ce qui en fait un film d’un intérêt majeur à mes yeux. J’en fais d’ailleurs mon deuxième film préféré de l’année 2012 à égalité avec le « Millenium » de David Fincher.

Sachez enfin que plus qu’une simple préquelle à Alien, « Prometheus » est un film totalement indépendant du reste de la saga qui ouvre notamment des perspectives vers un autre univers que M. Scott serait bien inspiré de continuer à développer.

Si vous n’êtes pas trop sensibles, courrez voir « Prometheus », vous ne le regretterez pas. C’est un des très rares films à justifier le prix exorbitant des places de cinéma aujourd’hui.

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