Les Lyonnais

Réalisateur terriblement singulier dans le paysage cinématographique français, Olivier Marchal nous revient après MR73 avec un nouveau film, en s’intéressant cette fois, non pas aux flics mais aux voyous.

Pourquoi singulier ? Déjà parce qu’Olivier Marchal est un ancien flic, ce qui déjà lui confère une certaine légitimité quant à ce qu’il raconte de la Police. Mais aussi et surtout singulier par son style qu’il veut beau, grandiose, ambitieux et tragique. Autant de raisons qui précipiteraient n’importe qui dans un abîme de fatuité conduisant immanquablement au nanar. Surtout en France. Qu’en est-il ici ?

Après « 36 » et « MR73 » (oublions son premier film, stage de formation avec des acteurs au rabais), le réalisateur quitte les commissariats et leurs représentant pour se pencher sur le cas des voyous. Car il n’y a pas de gendarme sans voleur.

Il est respectueux me semble-t-il de s’intéresser au problème éthique que génère le film car Olivier Marchal se l’est lui-même posé : Peut-on (doit-on) faire un film aujourd’hui dont des gangsters seraient les héros ? Peut-on glorifier la violence et le non respect des lois ? De toute évidence non, à moins de vouloir prôner un discours anarchiste ou révolutionnaire qui n’est pas de mise ici. Alors comment raconter cette histoire ? Tout simplement par le biais le plus humain : celui de l’amitié et de la loyauté.

Momon est un ancien braqueur rangé des voitures. La soixantaine il se consacre à sa famille et a juré à son épouse de ne pas retomber dans une vie hors la loi. C’était compter sans son ami Serge qui lui n’a jamais pris sa retraite de voyou, qui vient de se faire arrêter par la Police et qui encourt une longue peine de prison. Assez longue pour qu’il finisse ses jours en prison. Pour Momon c’est le début des cas de conscience, et des emmerdes.

Comme je l’ai dit, Olivier Marchal attend de ses films qu’ils soient beaux et ambitieux. Ici plus que jamais son casting est au diapason de cette ambition : Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Lionel Astier, Patrick Catalifo, Etienne Chicot… que du lourd, de la gueule et de la gouaille. Et il fallait bien ça pour sortir des dialogues taillés dans le roc par un Olivier Marchal rarement aussi à l’aise avec son écriture. Si on part du principe que le casting d’un film correspond à 50% de sa réussite, alors « les Lyonnais » obtient déjà la moyenne.

Ce qui m’effraie toujours avec Olivier Marchal (en tant qu’homme) c’est son côté parfaitement franchouillard, charriant sur son dos tout un tas de clichés qui, si on ne s’y attarde pas, pourraient apparaitre comme les symptômes d’une Droite pas très reluisante. Il n’en est pourtant jamais rien. Et malgré ses références évidentes (Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, Michael Mann) et son amour inconsidéré du cinéma Américain de la grande époque, jamais Olivier Marchal ne tombe dans la caricature de bas étage d’une Amérique rêvée par un Français. Non, Olivier Marchal ancre son récit dans une vraie France qui prend ses racines dans les années 60/70 et il y construit sa mythologie, sa tragédie antique sans que celle-ci apparaisse désuète ou pire, fausse.

Alors oui le film est une histoire rêvée (même si basée sur des faits réels) dans lequel s’affrontent des icônes cinématographiques du banditisme. Car la présence monumentale des acteurs et notamment de Gérard Lanvin qui se bonifie avec l’âge, parvient immédiatement à hisser le long métrage au rang de classique immédiat. Et il est terriblement excitant à mon sens de voir que ce type de cinéma est possible non seulement en France mais aussi après Scorcese et Coppola. Aussi ahurissant que cela puisse paraître.

Et oui, je pense qu’on peut ne pas aimer « les Lyonnais » mais ce serait bouder un style de films qu’on n’a plus vu en France depuis Melville.

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