Le Vol de Cigognes

le vol des cigognes

Une production Canal + / Europacorp garantissant un budget conséquent, un réalisateur compétent (Jan Kounen) et l’adaptation d’un roman qui ne demandait qu’à passer sur grand (ou même moins grand) écran : « Le Vol des Cigognes » avait tout pour être excitant. Et pourtant. Toute cette entreprise se sera finalement qu’un naufrage. Récit d’un rendez-vous manqué.

« Le Vol des Cigognes  » est le premier roman de Jean-Christophe Grangé, auteur plus tard des « Rivières Pourpres ». Ce thriller s’est rapidement imposé comme un best seller et pour cause, l’auteur alliait avec un certain talent la noirceur, l’aventure et le suspense. Un très bon livre donc. On peut d’ailleurs se demander pourquoi il n’a pas été adapté plus tôt sur un écran. Cela fait en effet longtemps que le projet traîne sur les bureaux de différents producteurs. L’adaptation ne devait pas forcément être simple compte tenu de la taille du roman et de la diversité des thèmes abordés. Et puis si Jean-Christophe Grangé fait recette comme auteur de roman, sa réussite reste encore à prouver comme scénariste. De même, les films inspirés de ses romans (qu’il participe au projet ou non) semblent tous maudits, exception faite de l’adaptation des « Rivières Pourpres » par Mathieu Kassovitz. Ce dernier, malgré un scénario pourtant très faible et bancal, avait réussi le tour de force de réaliser un vrai film de cinéma, spectaculaire et prenant. Mais soyons honnêtes, tous les autres films dont Jean-Christophe Grangé serait de près ou de loin responsable, sont des échecs.

Qu’en est-il ici ? J’aurais adoré pouvoir dire que le maléfice était rompu. Mais ce n’est pas le cas. Et pourtant je me suis plongé dans cette adaptation sans crainte faisant confiance à ce réalisateur que je sais pouvoir être brillant et qui a notamment fait preuve dans ses trois derniers films (« Blueberry », « 99 Francs » et « Coco Chanel et Igor Stravinsky ») d’un réel talent. Et puis ce format semblait idéal pour adapter ce lourd roman (deux fois 1h40). Cela laissait au réalisateur la possibilité de traiter toute la richesse du roman.

Seulement voilà…

J’ai commencé à trembler quand j’ai vu le nom de Jean-Christophe Grangé crédité au poste de scénariste. Métier qu’il n’a jusqu’alors jamais maitrisé. Mes tremblements se sont accentués quand j’ai vu Jan Kounen (et je ne sais plus qui) crédité pour l’adaptation du scénario (qui lui-même est une adaptation du roman). On peut alors facilement imaginer que le scénario n’a pas convenu au réalisateur et que celui-ci a voulu se l’approprier.

C’est à ce moment là que j’aurais dû prendre mes jambes à mon cou.

Et puis ce générique en forme de kaléidoscope qui rappelle immanquablement les hallucinations dues aux plantes psychotropes aperçues dans « Blueberry »… Si ce procédé prenait un sens certain dans « Coco Chanel et Igor Stravinsky », il commence ici à être redondant et douteux.

Le casting quant à lui est surprenant, l’acteur principal, inconnu, est parfaitement insipide. Antoine Basler dans un rôle qui ne sert à rien en fait des caisses. La jolie Perdita Weeks agrémente l’écran d’une présence sous-exploitée et là aussi inutile. Quant à Rutger Hauer on se demande tout simplement ce qu’il vient faire ici sinon tester sur petit écran un jeu à la Anthony Hopkins.

Le scénario quant à lui tombe en lambeaux. Il est incompréhensibles même pour quelqu’un (comme moi) qui a lu le livre. Incohérent, absurde et j’en passe. La mise en scène est ennuyeuse (où est passé ce réalisateur qui utilisait des skate board et des caddies de supermarché pour faire un bon plan ?!) et les obsessions du réalisateur, à savoir notamment l’accès à des états de conscience parallèles via des produits plus ou moins naturels, vient complètement parasiter le propos. Au final le réalisateur comble les gouffres abyssaux de son récit par des reconstitutions pas franchement réussies du délire de son personnage principal aussi crédible qu’un ornithorynque en tutu.

Les évènements s’enchaînent sans qu’on comprenne comment ni pourquoi. Le récit se divise sans jamais retrouver son intégrité. Le jeu des acteurs est trop souvent caricatural, l’image n’est pas travaillée, les décors naturels mal exploités et les décors construits vraiment moches. À chaque instant Jan Kounen parait empêtré dans la gestion de son scénario, de ses ambitions et de ce format finalement trop long pour lui. 3h30 pour finalement en dire si peu et aussi mal, c’est douloureux.

C’est avec beaucoup de tristesse que je fais ce constat car j’aurais adoré que Jan Kounen qui est un artiste que j’apprécie énormément se sorte avec honneur de cette adaptation. Mais ce n’est pas le cas, loin s’en faut.

Publicités

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :