Archive for the ‘Anticipation’ Category

Looper

5 novembre 2012

Troisième film de Rian Johnson (dont j’avis adoré le premier : Brick), « Looper » est à en croire la bande annonce un film de science fiction roublard mais réchauffé, basé sur quelques (très bonnes) idées scénaristiques. La réalité est un petit peu différente…

Dans le futur, le voyage dans le temps a été inventé mais très rapidement interdit. La Mafia y a en revanche trouvé un moyen subtil de faire disparaître des personnes gênantes en les expédiant 30 ans en arrière. Là, des loopers (boucleurs) tuent la personne en question et la font disparaître. Le boulot rêvé en somme si la Mafia du futur ne décidait pas arbitrairement de temps en temps de faire exécuter les loopers eux-mêmes par leur version plus jeune de 30 ans.
Joe est un looper. Et quand son lui du futur débarque dans son présent, il n’est pas forcément d’accord pour se faire tuer. Les deux hommes ne parvenant pas à se mettre d’accord, les ennuis vont s’empiler…

Présenté comme ça, on peut être intrigué. La bande annonce promet des choix judicieux (Joseph Gordon Levitt jouant le rôle de Bruce Willis jeune, c’est quand même bien trouvé), une mise en scène recherchée, un scénario alléchant mais c’est à peu près tout. C’est d’ailleurs là que réside sans doute la plus grosse prise de risque du film : la façon dont il est vendu.

Car au risque de trahir un secret (mais pas vraiment non plus) sachez que le film, et notamment son scénario, vont clairement au delà de leurs promesses. Sans rien dévoiler de l’intrigue sachez simplement que la bande annonce ne traite que de la première moitié du film qui prend un tournant radical au bout d’une petite heure. Adoptant à partir de ce moment là un ton beaucoup plus intimiste et fantastique, « Looper » atteint alors des sommets. Rian Johnson fait preuve d’une ambition phénoménale (et je pèse mes mots). Sa mise en scène intelligente et sensible prend alors toute son ampleur. Le caractère  intime du film est traité avec une délicatesse peu commune. À ce titre la (quasi) scène d’amour est une des plus sensibles qu’on ait vu au cinéma. Les scènes d’action sont quant à elle assez impressionnantes pour clouer le bec à n’importe qui.

« Looper » est bien une boucle qui si vous la suivez vous mettra la tête à l’envers. À l’image de ses personnages qui cherchent constamment à « boucler la boucle », le film semble suivre un temps la même démarche, il finit par s’affranchir de cette contrainte pour mieux exploser son genre. Explorant tout autant le huis clos, le western fordien que la science fiction la plus gonflée (Akira en tête), le film trouve dans sa deuxième partie un pur moment de cinéma, ébouriffant qui laisse ses spectateurs littéralement sans voix une fois les lumières rallumées.

Contrairement à ce que laisse entendre la bande annonce (et certains critiques) « Looper » n’est pas seulement un film malin, c’est aussi un film profondément intelligent, sensible, innovant et puissant. À voir absolument au risque de passer à côté d’un des tous meilleurs films de l’année.

La Route

21 juin 2012

Il convient toujours mieux de parler de ce que l’on sait plutôt que d’extrapoler sur des « on dit ». Ainsi je ne me permettrai jamais de juger un livre à son film, ni même l’inverse. Le cinéma et la littérature, bien qu’ils s’inspirent l’un l’autre restent deux arts très différents. Pourtant, en ce qui concerne « La Route » j’ai lu le livre de Cormac McCarthy (prix Pulitzer 2007) et j’ai vu le film de John Hillcoat. Essayons de voir comment ces deux œuvres interagissent.

La fin du monde a eu lieu. Ou du moins quelque chose qui y ressemble. Tremblements de terre, incendies, dévastation planétaire… jamais il ne sera clairement dit ce qu’il en est vraiment. Plus aucun ordre ne règne et les rares survivants résistent comme ils peuvent en se nourrissant des restes de leur civilisation disparue. La violence, la peur et le cannibalisme font désormais loi. C’est dans ce chaos qu’un homme (Viggo Mortensen comme à son habitude parfait) et son jeune garçon (Kodi Smit-McPhee) tentent de rejoindre le sud en poussant leur caddy, un nouvel hiver dans le nord devant être à tout prix évité pour ne pas mourir de froid.

La fin du monde, sujet maintes fois rebattu, avait trouvé dans les mots de Cormac McCarthy, un dépouillement et une poésie mortuaire tout à fait inattendus et même inespérés. Ce vieil hauteur (l’un des plus vieux auteurs américain vivants) s’était affranchi de tous les clichés madmaxiens pour nous livrer un western d’anticipation mélancolique et désespéré. Chaque mot y était compté, pesé, mesuré, répété si besoin. Dans son texte, l’inhumanité ne servait qu’à renforcer l’humanité liant le père à son fils. Seule prise à laquelle se rattraper. Autant pour les personnages que pour le lecteur.
Car pour comble de l’horreur, la terreur la plus grande du père demeure que son fils lui survive. La situation ayant inversé  l’ordre séculier des choses.

Ces mots John Hillcoat les restitue en utilisant avec parcimonie une voix off délicate et bienvenue. La poésie de Cormac McCarthy, malgré la fidélité et la bienveillance du réalisateur,  a du mal à ressortir de cette entreprise. Les images prenant le dessus en imposant des émotions souvent difficilement soutenables. La scène dans laquelle le père apprend au petit garçon comment se suicider si jamais il se retrouve seul en est un exemple saisissant.

On notera aussi la présence de la mère (surprenante Charlize Theron) en flash back récurrent, souvenir d’un paradis perdu et corrompu.

Le petit garçon, à la ressemblance troublante avec sa maman d’écran, est là pour rappeler au père ce qu’il a perdu et ce qu’ils n’auront plus. Son regard n’en est que plus déchirant pour son père et pour le spectateur.

C’est d’ailleurs là l’intelligence du réalisateur, jouer sur l’émotion là où il ne peut complètement restituer la simplicité et la beauté de l’auteur du livre ni à imposer son image aux mots.

La simplicité du roman apparait finalement plutôt handicapante.

Mais ne boudons pas : au regard de la qualité du livre, John Hillcoat a sûrement réalisé le meilleur film possible et malgré le sujet si lourd, il parvient à nous garder attentifs tout au long de l’histoire et à nous émouvoir sans sombrer dans le pathos.

Je ne peux cependant que vivement vous inciter à lire le livre avant de voir le film. Il est tellement plus profond et plus beau. Le film n’en est qu’une simple illustration. Simple mais honnête.