Archive for the ‘Drame’ Category

De Rouille et d’Os

26 janvier 2013

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C’est toujours un évènement dans le cinéma (français) quand Jacques Audiard sort un nouveau film. Rarement un cinéaste aura eu une filmographie aussi parfaite. À ce jour l’homme n’a raté aucun de ses films. C’en est presque agaçant une telle régularité dans la perfection. « Un Prophète » son dernier film en date, avait raflé tout un tas de prix dont pas mal de Césars, consacrant par la même occasion un cinéaste hors du commun. Le voilà qui récidive avec un nouveau film. Et la question se pose : que peut-on encore attendre de Jacques Audiard ?

Car je me souviens d' »Un Prophète », et aussi brillant que soit le film, aussi talentueux que fut Tahar Rahim, son interprète principal, j’avais noté ça et là, des tics de mise en scène, une vraie « patte » qui faisait le lien direct avec son film précédent « De Battre mon coeur s’est arrêté ». Et cela m’avait un tout petit peu déçu qu’un homme aussi brillant et novateur s’enferme dans certaines manières, certes brillantes mais qui devenaient finalement des facilités de style. Point de ça ici, j’en suis même venu à ne pas reconnaître Jacques Audiard tant sa mise en scène avait abandonné ses automatismes d’antan. Mais soyons clair, le film y gagne en lisibilité, en simplicité et en sensibilité. Et c’était nécessaire car le sujet du film lui est loin d’être simple.

Ali quitte la Belgique avec son fils de 5 ans pour venir vivre dans le sud de la France, chez sa soeur. Là-bas il rencontre Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland. Tout les oppose. Il est rustre, violent et disons-le, bas de plafond. Elle, elle vit sur une autre planète. C’est pourtant vers lui que Stéphanie va se tourner quand après un accident elle se réveillera atrocement mutilée. Ali se révélera alors d’une aide vraie, simple et inattendue.

Je me souviens avoir lu un synopsis complet du film il y a deux ou trois ans, avant qu’il soit tourné. Et je me souviens m’être dit : ce n’est pas possible, c’est trop, ça ne marchera pas, cette fois il va trop loin. Et le début du film ne m’a pas vraiment rassuré dans la mesure où l’apreté avec laquelle Jacques Audiard filme l’arrivée d’Ali en France relève quasiment d’un documentaire sur la misère. À ce moment, je m’attends au pire, car si ce que je sais arriver est traité avec autant de réalisme, cela va virer à l’insupportable. Et c’est tout l’inverse qui arrive.

Ce n’est pas un secret si vous avez vu la bande-annonce, Stéphanie se retrouve amputée des deux jambes. La mutilation n’est pas quelque chose qui se filme aisément. Et pourtant Jacques Audiard ne se pose pas de question : il filme. Oui Stéphanie a les jambes amputées, oui les moignons pleins de cicatrices ce n’est pas forcément joli. Pourtant, aux côtés d’Ali, Stéphanie redevient qui elle était, se relève et embellit. Au final les scènes les plus dures à supporter sont celles filmant Ali et son fils.

Mais ne nous y trompons pas, « De rouille et d’os » n’est pas un film où l’on s’apitoie, bien au contraire, c’est un film superbe qui relève bien souvent du conte de fée. Marion Cotillard y est magnifique et on pourra bien gloser sur son son succès comme on le fait si bien en France, elle n’en reste pas moins l’une de nos meilleures actrices. Mathias Schoenaerts rescapé de « Bullhead », fait une fois de plus preuve d’un jeu d’acteur tout en retenu et d’un charisme assez percutant (sans jeu de mot).

« De rouille et d’os » confirme le talent de Mathias Schoenaerts, confirme que Marion Cotillard joue dans une catégorie au dessus de tout le monde (sans craindre pour son image) et confirme enfin quel immense réalisateur est Jacques Audiard.

Un film lumineux. Un grand moment de cinéma.

Warrior

26 janvier 2013

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Il y a des films comme ça qu’on ne voit pas venir. « Warrior » en fait partie. Pas de réalisateur vraiment réputé, un acteur et demi sur trois de connu et un scénario tenant sur un timbre poste. Mais alors qu’est-ce qui fait que « Warrior » est un si bon film ?

Tommy revient d’Afghanistan. Il retrouve son père avec qui il est fâché pour que celui-ci l’entraine au free fight afin de participer à une compétition dont la récompense est une importante somme d’argent. De son côté, le père de Tommy tente de renouer le contact avec son autre fils, Brendan, qui lui aussi a pour projet de participer à cette même compétition. Les trois hommes se retrouveront autour d’une arène grillagée où ils règleront peut-être leurs rancoeurs.

Au premier abord, on a affaire à un film de bonhomme. Rugueux, violent et qui sent la sueur. Mais rapidement, les confrontations père/fils, frère/frère et mari/épouse font place à une réelle sensibilité et là était tout l’enjeu du film car les combats sont tellement puissants et bien menés qu’il fallait que les scènes hors du ring apportent autant de puissance voire de violence. Il fallait pour cela des acteurs de haut vol capables d’être crédibles au combat mais aussi de tomber la carapace pour faire preuve de l’émotion nécessaire au récit. Et Tom « Bronson » Hardy et Joel Edgerton ne faillissent jamais à leur tâches. Le premier fait preuve d’une violence bestiale sur le ring et d’une retenue bouleversante en dehors. Joel Edgerton joue quant à lui un homme si différent du premier qu’il ne fait aucun doute à l’écran que ces deux là sont frères. Plus réfléchi, il est le seul personnage du film à être bien campé sur ses deux pieds, déjà en accord avec lui même et les choix qu’il fait.

N’oublions pas non plus Nick Nolte en ex père violent et alcoolique qui, plus que le pardon, cherche à terminer l’éducation de ses fils, d’une manière ou d’une autre. L’acteur fait preuve d’une émotion à fleur de peau qui tire les larmes à quasiment chacune de ses apparitions. Très certainement l’un de ses plus beaux rôles.

Rendons enfin hommage à Jennifer Morrison, la Cameron de « Dr House », quasiment seule femme du film, qui par ses craintes, son rejet des combats, l’amour qu’elle porte à son mari et finalement l’enthousiasme dont elle fait preuve, parvient à apporter une dimension supplémentaire aux scènes se déroulant dans la cage.

À la force des poings mais aussi et surtout des sentiments « Warrior » vous malmène, vous secoue, jusqu’à vous transpercer en plein coeur.

Un des plus beaux films de 2012, tout simplement.

Shame

21 juillet 2012

J’ai longtemps hésité avant de vous parler de « Shame » tout simplement parce que je ne l’ai pas aimé. Et puis je me suis rappelé qu’un article en rapport avec le sexe (comme « 9 songs » en son temps) accroissait de manière considérable les statistiques du blog (bande de gros dégueulasses) alors après tout, pourquoi s’en priver ?

Brandon vit seul à New York. Jeune homme jouissant d’une bonne situation et d’un confort matériel appréciable, Brandon n’en souffre pas moins d’une terrible addiction qui lui bouffe l’existence. Donnant le change auprès de son entourage, Brandon aura du mal à garder son secret quand sa sœur, un peu paumée, fait irruption dans sa vie. Cette addiction, c’est le sexe. Sous toutes ses formes.

Steve McQueen (rien à voir avec l’acteur) est un jeune metteur en scène qui signe ici son second film. Son premier film, déjà avec Michael Fassbender, « Hunger » avait attiré tous les regards sur lui tant sa mise en scène avait impressionné pour un premier film. Ici, une fois de plus, Steve McQueen fait parler de lui autant par le sujet de son œuvre que par la qualité indubitable de sa réalisation. Car aucun doute n’est possible quant au talent formel de l’homme. Rythme, image, son, montage. Tout est travaillé, réfléchi, beau et réussi. Et même si le ton glacial du film peut rebuter, on ne peut que se réjouir de voir un jeune réalisateur aussi impliqué dans son travail et finalement aussi talentueux. A son image, ses acteurs sont tout simplement parfaits. Michael Fassbender d’une froideur bien supérieure à celle de l’androïde dont il endossait le costume dans « Prometheus« , prouve s’il en était encore besoin, quel immense acteur il est. Quant à Carey Mulligan, souvent dans les bons projets, elle parvient à apporter l’émotion nécessaire au bon déroulement du film. Car Michael Fassbender parvient si bien à déconnecter son personnage du moindre lien social, qu’il parvient par la même occasion à couper le moindre lien avec le spectateur. On comprend là que c’est le désir du réalisateur, désir d’ailleurs assumé, mais je ne vous cache pas que le film atteint là ses limites à mes yeux. J’ai en effet rapidement perdu le désir de savoir ce qu’il allait advenir de Brandon. Et Michael Fassbender malgré le talent hors du commun dont il fait preuve, ne parvient pas à maintenir suffisamment l’attention sur lui pour générer de l’empathie.

C’est un sentiment étrange d’admiration et de frustration qui nous envahit à la vision de ce film.

Un peu le même état dans lequel se trouve le protagoniste principal, qui poussé par son addiction, met tous les moyens en œuvre pour la satisfaire mais n’en retire finalement rien. Si c’était la démarche du réalisateur, alors son film est une réussite. Pour autant il me parait toujours difficile de garder un spectateur attentif si ce dernier n’a personne sur qui diriger son empathie. Et ici l’empathie est impossible difficilement concevable.

Que dire alors de ces murmures sulfureux qui flottent autour du film ? Et bien qu’ils sont grandement infondés et qu’en dehors de la nudité de Michael Fassbender qui a su troubler Charlize Theron, rien à l’écran ne vaut qu’on s’affole.

« Shame » est cependant un film inhabituel, bien fait et qui mérite que chacun se fasse sa propre opinion.

Le Territoire des Loups

10 juillet 2012

Drôle de réalisateur que Joe Carnahan. Jeune metteur en scène surprenant qui avait attiré l’attention de Tom Cruise en tant que producteur avec son premier film « Narc » ; il continuait avec un film foutraque mais à la réalisation brillante (« Mise à Prix ») avant de signer un délirant « l’Agence tous Risques » aux scènes d’action dantesques. Autant dire qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre avec « Le Territoire des Loups ».
Le fait est que c’est un film atypique à mille lieux des standards hollywoodiens ou de ce que laissait présager la bande annonce.

Quelque part en Alaska, un avion s’est écrasé. 7 hommes en réchappent. Coupés du reste du monde, ils vont devoir survivre au froid, aux loups et surtout à eux-mêmes. Parmi eux John Ottway, employé d’une compagnie pétrolière et dont le travail est justement de protéger ses collègues d’éventuels danger animaliers.

Alors je vous entends déjà vous exclamer : Ouiiii, c’est pas vraiiii, les loups ne s’attaquent pas l’hooomme. Et pi ils sont mal faits… Tout ça tout ça…
Et le fait est que vous aurez raison. Pour autant vous auriez bien tort de vous arrêter à ce détail tant la présence des loups, leur sauvagerie et leur aspect monstrueux est purement symbolique. Car s’il y a un danger qu’affronteront les rescapés c’est bien eux-même. Et les loups de symboliser ce danger.

Dans cet enfer sauvage et glacé Liam Neeson se tient de toute sa carrure et toute son émotion en homme de tête lui-même en proie à ses propres démons. Comme d’habitude il est impérial dans ce rôle qui fait écho à sa propre vie. Il apporte à ce film toute son humanité.

Reste un film aussi surprenant que son réalisateur, loin de ce à quoi on pouvait s’attendre mais qui émeut et marque durablement.

A voir donc.

La Route

21 juin 2012

Il convient toujours mieux de parler de ce que l’on sait plutôt que d’extrapoler sur des « on dit ». Ainsi je ne me permettrai jamais de juger un livre à son film, ni même l’inverse. Le cinéma et la littérature, bien qu’ils s’inspirent l’un l’autre restent deux arts très différents. Pourtant, en ce qui concerne « La Route » j’ai lu le livre de Cormac McCarthy (prix Pulitzer 2007) et j’ai vu le film de John Hillcoat. Essayons de voir comment ces deux œuvres interagissent.

La fin du monde a eu lieu. Ou du moins quelque chose qui y ressemble. Tremblements de terre, incendies, dévastation planétaire… jamais il ne sera clairement dit ce qu’il en est vraiment. Plus aucun ordre ne règne et les rares survivants résistent comme ils peuvent en se nourrissant des restes de leur civilisation disparue. La violence, la peur et le cannibalisme font désormais loi. C’est dans ce chaos qu’un homme (Viggo Mortensen comme à son habitude parfait) et son jeune garçon (Kodi Smit-McPhee) tentent de rejoindre le sud en poussant leur caddy, un nouvel hiver dans le nord devant être à tout prix évité pour ne pas mourir de froid.

La fin du monde, sujet maintes fois rebattu, avait trouvé dans les mots de Cormac McCarthy, un dépouillement et une poésie mortuaire tout à fait inattendus et même inespérés. Ce vieil hauteur (l’un des plus vieux auteurs américain vivants) s’était affranchi de tous les clichés madmaxiens pour nous livrer un western d’anticipation mélancolique et désespéré. Chaque mot y était compté, pesé, mesuré, répété si besoin. Dans son texte, l’inhumanité ne servait qu’à renforcer l’humanité liant le père à son fils. Seule prise à laquelle se rattraper. Autant pour les personnages que pour le lecteur.
Car pour comble de l’horreur, la terreur la plus grande du père demeure que son fils lui survive. La situation ayant inversé  l’ordre séculier des choses.

Ces mots John Hillcoat les restitue en utilisant avec parcimonie une voix off délicate et bienvenue. La poésie de Cormac McCarthy, malgré la fidélité et la bienveillance du réalisateur,  a du mal à ressortir de cette entreprise. Les images prenant le dessus en imposant des émotions souvent difficilement soutenables. La scène dans laquelle le père apprend au petit garçon comment se suicider si jamais il se retrouve seul en est un exemple saisissant.

On notera aussi la présence de la mère (surprenante Charlize Theron) en flash back récurrent, souvenir d’un paradis perdu et corrompu.

Le petit garçon, à la ressemblance troublante avec sa maman d’écran, est là pour rappeler au père ce qu’il a perdu et ce qu’ils n’auront plus. Son regard n’en est que plus déchirant pour son père et pour le spectateur.

C’est d’ailleurs là l’intelligence du réalisateur, jouer sur l’émotion là où il ne peut complètement restituer la simplicité et la beauté de l’auteur du livre ni à imposer son image aux mots.

La simplicité du roman apparait finalement plutôt handicapante.

Mais ne boudons pas : au regard de la qualité du livre, John Hillcoat a sûrement réalisé le meilleur film possible et malgré le sujet si lourd, il parvient à nous garder attentifs tout au long de l’histoire et à nous émouvoir sans sombrer dans le pathos.

Je ne peux cependant que vivement vous inciter à lire le livre avant de voir le film. Il est tellement plus profond et plus beau. Le film n’en est qu’une simple illustration. Simple mais honnête.

A l’Origine

29 mai 2012

Au commencement d’ « À l’Origine » (comme ça, c’est fait) il y a un fait divers. Ne pas y voir là l’adaptation factuelle d’un évènement sans doute moins passionnant que ce qu’il y parait au premier abord. En effet Xavier Giannoli ne cherche pas ici à faire une description précise de ce qui s’est passé mais plutôt à retranscrire l’aspect purement romanesque voire romantique de ce qu’il a perçu dans cette histoire. Une vision très personnelle donc.

Philippe Miller, escroc à la petite semaine, trouve au hasard de ses errements trans-hexagonaux le chantier abandonné deux ans plus tôt d’une portion d’autoroute. Avec son arrêt se sont envolés les espoirs d’une communauté qui comptait sur ce chantier pour sortir de la misère. Là où Philippe voit le moyen de se faire de l’argent facile, les gens qu’il piège dans la toile de son mensonge voient eux la possibilité de refaire surface et de travailler. Un temps le mensonge comblera tout le monde, jusqu’à ce que cette entreprise bâtie sur du vent ne s’effondre peu à peu.

Xavier Giannoli est un raconteur de sentiments. Dès son premier film « les Corps Impatients », il filmait avec ses tripes de jeunes acteurs débordants de vie ou se débattant avec la mort. Cela donnait un film fougueux, à fleur de peau et parfaitement déchirant. Ici le réalisateur choisit un sujet plus adulte mais dont le personnage principal ne parvient pas à exister dans la réalité des adultes et ce malgré le mal qu’il se donne pour le faire croire.

Pour traiter son sujet Xavier Gianolli est bien obligé d’ancrer son récit dans une certaine réalité : celle de l’entreprise : la comptabilité (même si frauduleuse), les employés, les salaires, les engins de chantier, les créanciers, les délais à tenir… Pour autant le réalisateur ne sacrifie pas son désir d’exploiter l’aspect romanesque de l’histoire et souvent son image prend un aspect onirique des plus étonnants. Le balai des engins de chantier pour fêter l’ouverture des travaux en est un exemple parfait.

Dans le rôle de l’escroc François Cluzet fait preuve d’une fragilité à fleur de peau qu’on lui connait bien et dans laquelle il excelle. Disons-le tout net, c’est toujours un plaisir de voir cet acteur que le magazine Première qualifiait il y a une quinzaine d’année déjà comme le meilleur acteur français.
À ses côtés l’étrange Soko qui avec sa petite voix fait preuve d’une force surprenante qu’elle a depuis confirmé autant au cinéma qu’en musique.
Emmanuelle Devos fait quant à elle office de cerise (de luxe) sur le gâteau dans un rôle de femme trompée d’une manière somme toute inhabituelle.
Ajoutons enfin Gérard Depardieu en guest star (que Xavier Giannoli est un des rares réalisateurs à savoir utiliser à sa juste mesure) et vous obtenez un superbe casting.

Peu à peu Xavier Giannoli construit un film qui s’évapore et qui réussit  le tour de force de nous amener à nous attacher à tous ses protagonistes qui s’opposent portant tous les uns aux autres.

Reste un film vaporeux qui passe comme un rêve (ou un cauchemar, c’est selon), non sans avoir réussi à émouvoir profondément grâce à une histoire touchante et des acteurs excellents menés par un François Cluzet qui les entraîne dans son sillon.

Un très beau film.

Un Secret

20 mai 2012

Il aura donc fallu que son réalisateur Claude Miller décède et que France Télévision lui rende hommage en diffusant l’un de ses derniers films pour que je voies enfin « Un Secret ». Tout était pourtant réuni pour que je le vois : un réalisateur que j’apprécie, un sujet et une période qui m’intéressent… et pourtant.

« Un secret » est adapté du roman éponyme de Philippe Grimbert, roman lui-même adapté de sa propre vie.

Années 50, François est un jeune garçon qui s’imagine un frère imaginaire capable de satisfaire les attentes que son père porte sur lui. Sans qu’il le sache réside dans cette chimère un réel secret de famille auquel se mêle la grande Histoire, celle de la seconde guerre mondiale.

Ce secret que François pressent rapidement, Claude Miller ne le cache pas outre mesure préférant en traiter les tenants et les aboutissants plutôt que de le garder telle une surprise de fin de parcours. Grand bien lui en a pris tant la complexité des sentiments qu’il traite nécessitait de s’y attarder.

De la seconde guerre mondiale à nos jour, « Un Secret » traite tout autant de l’amour charnel que filial, de la judaïté que du nazisme en France, de la trahison que du deuil et du remord. A l’écran Patrick Bruel, enfin sobre, se sort plutôt bien de ce rôle de père tiraillé entre ses passions, ses croyances et ses convictions. Cet homme, par bien des aspects imparfait, au centre de toutes les tragédies, s’enfonce dans le plus grand des malheurs pour avoir obéi à la plus belle de ses croyances : celle selon laquelle une famille juive pouvait vivre sereinement en France dans un contexte de guerre et d’antisémitisme latent.

A ses côtés, Cécile de France incarne à la fois LA femme et LA mère avec une beauté et un radieux dont peu d’actrices françaises francophones peuvent se prévaloir. Ludivine Sagnier, autre plateau de la balance féminine, doit à une gestion du récit morcelée de n’apparaitre qu’en milieu de film. C’est pourtant entre ses mains étonnamment fragiles que réside le tournant de l’histoire.

Que dire enfin de Julie Depardieu ? Sans doute que Claude Miller lui a offert un rôle merveilleux qu’elle a su sublimer par un jeu des plus délicats et subtils. Dans ce rôle de femme aimante et « soignante », qui garde un retrait en toutes circonstances, Julie Depardieu apporte sa plus grande humanité au film et une prestation qui lui a valu un césar.

Le regard étrange et désenchanté de Mathieu Amalric illustre quant à lui à merveille cet enfant qui porte en lui à la fois le poids immense d’une histoire familiale mêlée d’Histoire, et cette étrangeté d’un pays qui sur le papier se présente comme le berceau des droits de l’homme, garant de la la liberté, de l’égalité et de la fraternité mais qui dans les faits a envoyé ses Juifs à Auschwitz et qui aujourd’hui encore vote à hauteur de 20% pour le Front National.

Un film malheureusement d’actualité donc.

Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les Femmes

3 mars 2012

Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre à David Fincher, l’un des réalisateurs les plus passionnants de ces 15 dernières années, de vouloir faire un remake d’un film suédois, largement surévalué, film lui même adapté d’un roman tout aussi suédois et tout aussi surévalué ? Voilà une question légitime qui tient disons, 2 secondes et demie. Juste le temps qu’il faudra à votre rétine pour se souvenir de qui on parle.

Bon alors déjà « Millenium », n’est en aucun cas un remake du film suédois mais bien une nouvelle adaptation du roman (premier d’une trilogie). J’invite donc tout ceux qui n’ont vu aucun de ces deux films à oublier la version suédoise qui, ne nous le cachons pas, est un film long, mou et inintéressant. Et puis David Fincher n’a absolument pas américanisé son propos, bien au contraire, poussant même le vice à planter son décors sur les terres de l’auteur du roman : la Suède. Là où un autre aurait choisi d’adapter son histoire en Alaska, comme Christopher Nolan l’avais fait avec « Insomnia », David Fincher fait preuve d’un jusqu’au-boutisme têtu et ne rechigne pas à l’idée de se geler en terre scandinave pour le bien de son oeuvre.

Et pour le coup, le choix du lieu impose très rapidement un climat glacial et ce dans tous les sens du terme : le froid, la neige, bien sûr, mais l’architecture, la luminosité, la mode et surtout l’Histoire du pays. Autant d’éléments que le réalisateur exploite avec une rigueur maniaque.

Au programme de « Millenium » : une enquête policière, un tueur en série, un fond historique nauséabond et une histoire d’amour ambiguë.

Alors certes sur le papier, ces éléments semblent faits pour le cinéma, mais la réalité est tout autre : « Millenium » est avant tout un roman, qui prend le temps des mots pour analyser une enquête complexe qui ne permet pas l’élipse ni l’approximation, et tout l’art de Fincher réside dans sa capacité hors du commun à narrer les rouages complexes de son récit sans endormir son spectateur et même en le tenant en haleine sur plus de 2h30. Souvenez-vous de « Zodiac ». En superposant les images, les époques et les bandes sons (le montage audio est parfaitement prodigieux), le réalisateur parvient à dresser un tableau noir, complexe, envoutant et surtout lisible.

Le casting quant à lui évite les écueils que le premier film n’avait pas su contourner : ainsi la prestation très surestimée et bancale (voire ridicule) de Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander fera définitivement pâle figure (c’est le cas de le dire) face à Rooney Mara qui fait preuve ici d’une finesse de jeu et d’une sauvagerie sidérantes. Ses costumes, son tatouage, sa manière de se tenir, de parler, rendent enfin hommage à Lisbeth Salander.

Tout en charisme retenu, Daniel Craig ne cherche pas à tirer la couverture à lui préférant laisser Lisbeth Salander et sa fille (antithèse parfaite de la première) révéler sa sensibilité et son humanité quasi anti-héroïque.

Et dans ce casting de grande qualité s’illustre encore une fois ce vieux roublard de Stellan Skarsgard qui malgré un rôle peu présent à l’écran parvient à imprimer sa patte en marquant le film de sa présence et à tenir la dragée haute à un Christopher Plummer en grande forme.

Au final David Fincher parvient pour la troisième fois de sa carrière à réinventer le film policier, créant par la même occasion un mètre étalon du genre. Ne lésinant ni sur la noirceur ni sur la sauvagerie (le film est interdit aux moins de 18 ans au Etats-Unis) il nous offre ici un film à la mise en scène chirurgicale, magnifique et glaciale prouvant au passage qu’un livre moyen (tout comme « Shinning » ou « les Evadés ») peut donner un très grand film.

Le Nouveau Monde

9 avril 2011

« Viens Esprit,
Aide-nous à chanter l’histoire de notre terre.
Tu es notre mère.
Nous, ton champ de maïs…
nous poussons
dans les entrailles de ton âme. »

Voici les premiers mots du « Nouveau Monde », dernier film de Terrence Malick sorti en salle. Terrence Malick je vous en parlais ici. Réalisateur hors normes par excellence, Terrence Malick choisit ici de traiter d’un fait historique tellement connu aux Etats-Unis qu’il en est même devenu une légende : l’histoire de Pocahontas. Ou l’histoire d’amour entre John Smith, navigateur anglais du XVIème siècle et Pocahontas, fille du chef de la tribu amérindienne les Powhatans.

Avant d’être immortalisé sous forme d’un dessin animé, la légende Pocahontas a d’abord été narrée à des milliers de petits enfants états-uniens, non sans une certaine hypocrisie. En effet faire l’éloge de l’amour passionnel entre un civilisé et une sauvage fait quand même pas mal d’ombre à une réalité historique beaucoup moins rutilante : à savoir le massacre systématique des tribus amérindiennes sur leur propre territoire.

Mais qu’importe, le sujet a été tellement traité et galvaudé qu’il donne tous les droits à Terrence Malick qui peut se l’approprier et le tourner à son avantage.

« Le Nouveau Monde » est une sorte de version longue de la vie du soldat Witt de « La Ligne Rouge » chez les Mélanésiens pendant sa désertion. Malick traite ici d’un sujet qui de toute évidence le touche profondément : la découverte par un homme sans a priori d’une culture étrangère à la sienne. Ainsi le réalisateur fait de John Smith un barroudeur réfractaire à l’autorité, aventurier et curieux bien loin de l’image proprette que lui colle la légende. Il trouve chez Colin Farrel son interprète idéal : celui-ci bien loin de ses cabotinages habituels semble s’être laissé envouter par l’approche quasi mystique de son réalisateur et grand bien lui en a pris. Face à lui la très jeune Q’Orianka Kilcher qui prête son corps athlétique et gracieux à Pocahontas. Cette jeune inconnue aux yeux pleins de naïveté symbolise à elle seule la virginité d’une terre convoitée. Si les intentions de Smith à l’égard de la jeune femme sont pure et louables ( le film livre des « scènes d’amour » quasi platoniques d’une beauté parfaitement bouleversante ), les intentions de l’homme blanc en général à l’égard de cette terre sont, on le sait, beaucoup moins recommandables.

Mais Malick n’est pas là pour refaire l’histoire, on ne la connait que trop bien. Il préfère s’attarder sur la beauté des corps en osmose parfaite avec la nature environnante ( les Amérindiens sont tous interprétés par des danseurs professionnels ), sur l’introspection que suscite celle-ci sur ses personnage et sur ce décalage parfaitement incompréhensible qui subsiste entre des êtres pourtant identiques. En personnage d’une bonté insondable, Pocahontas apparait d’ailleurs comme le révélateur d’une société victorienne gangrénée par la cupidité.

Alors oui la deuxième partie du film traitant de la vie de la jeune Indienne dans le monde occidental ( d’abord en Virginie puis à Londre, exhibée en bête de foire ) est beaucoup plus âpre. Mais elle a également le mérite de remettre certaines pendules à l’heure. Et le final du film de nous rappeler au détour de quelques plans splendides ( on est quand même chez Terrence Malick ! ) que la jeune femme malgré son destin hors norme et l’intérêt qu’elle a su porter au monde occidental pourtant si loin du sien, ne s’est jamais corrompue. Peut-être est-ce là la vision rêvée d’un poète. Mais si le poète s’appelle Terrence Malick alors il est raisonnable de s’y plonger.

 

Les Corps Impatients

7 avril 2011

Film passé relativement inaperçu lors de sa sortie, « les Corps Impatients » le serait passé beaucoup plus si son actrice principale (Laura Smet) n’avait pas été la fille de Johnny Hallyday et Nathalie Baye. Pour autant ce premier film ne doit pas sa réussite à son actrice mais bien aux talents associés de son réalisateur (Xavier Giannoli dont c’est ici le premier long métrage) et de ses trois acteurs : Laura Smet donc, Nicolas Duvauchelle et Marie Denarnaud.

Pour son premier film, le réalisateur choisit de traiter de la jeunesse et de la mort. Pas une mort due à la drogue ou un comportement suicidaire imputable à un mal être adolescent mais plutôt une mort due à la maladie et plus précisément au cancer.

Paul et charlotte forment un couple jeune et fougueux. Charlotte tombe malade ; une maladie grave. Quand Charlotte comprend que sa vie est en danger elle décide de s’effacer de la vie de Paul en le poussant dans les bras de Ninon. Pour autant, Charlotte est humaine et quand sa santé décline vraiment, elle ne supporte plus de ne pas être la seule femme dans la vie de Paul. Une sorte d’intimité à quatre se dessine alors autour de Charlotte, Paul, Ninon et la maladie.

Rarement un film n’aura aussi bien porté son titre, car oui à 20 ans les corps sont impatients : impatients de vivre, d’aimer, et même de mourir. C’est cet état d’esprit que Xavier Giannoli parvient à retranscrire avec beaucoup de sensibilité. En choisissant des acteurs fougueux et intenses (Laura Smet et Nicolas Duvauchelle sont bouleversants et font preuve d’un talent surprenant) ou mêmes naïfs et délicats (comme Marie Denarnaud vraiment trop rare au cinéma) le réalisateur fait déjà les trois quarts du travail. Reste à sa charge de traiter son sujet avec pudeur et délicatesse, chose pas vraiment aisée au regard du genre du film (mélodrame assumé) et de la fougue de ses acteurs qu’il faut malgré tout contenir pour ne pas tomber dans le pathos ou l’hystérie. Force est de constater qu’il y parvient avec grâce sans jamais sacrifier l’émotion à fleur de peau qui transpire de chaque plan.

De ce sujet casse gueule Xavier Giannoli se sort avec élégance livrant au passage une fin d’une rare beauté et d’une grande originalité au regard des films qui ont traité ce thème avant lui.