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9 Songs

7 janvier 2011

9 songs affiche

Quoi ?! Un film de cul sur le blog ?! Et bien… pas exactement.

A l’origine de 9 Songs : Michael Winterbottom. Réalisateur anglais de son état, et accessoirement hyper prolifique, de plus d’une vingtaine de films en un peu plus de 15 ans (ce qui fait largement plus de 1 par an, vous avez bien compté), Michael Winterbottom est un cinéaste des plus intéressants car il se renouvèle sans cesse, parce qu’il ose et aussi parce que des fois, il se plante, ce qui ne l’empêche jamais de se relancer dans des projets curieux et souvent passionnants.

Ici le réalisateur s’emploie à assouvir le fantasme de bon nombre de réalisateurs (citons Kubrick, Gaspard Noé…) à savoir réaliser un film mettant en scène de vraies scènes de sexe. Une sorte de film concept, un peu comme “Buried” mais dans un style bien différent.

“9 Songs” relate l’histoire d’amour d’un Anglais et d’une Américaine au cours d’une année. Le film, comme son nom l’indique, est ponctué par 9 chansons de groupes anglais plus ou moins connus dans nos contrées. Ah oui et il dure 69 minutes, ça ne s’invente pas !

Alors oui, que les choses soient claires, “9 Songs” filme explicitement ses scènes de sexe. Oui les acteurs (au demeurant inconnus et probablement amants à la vie au moment du film) font vraiment l’amour. Et c’est tellement inhabituel pour un film qui n’est pas un film classé X ou dit pornographique, qu’il faut vraiment faire l’effort de ne pas se demander qui sont les acteurs, s’ils sont vraiment amants, si c’est “correct” de montrer de telles choses etc. A partir du moment où vous vous posez ces questions, vous entrez dans des considérations concernant la “confection” du film et, forcément, vous passez à côté du film, de son histoire et de l’émotion qu’il peut générer.

A noter cependant que Patrice Chéreau avait tenté des scènes similaires dans “Intimité” mais avec de vrais acteurs connus. Dans ce cas, ces questions étaient plus difficiles à éviter et laissaient un goût amer.

Ce dont on pourrait se méfier ici, c’est cette idée de vouloir ponctuer le films de chansons rock. On peut légitimement craindre un procédé mécanique redondant et au final peu intéressant. Pourtant cela passe on ne peut mieux : le couple se rencontre lors d’un concert et retourne souvent voir des groupes se produire sur scène. La musique est bonne et identifie le lieu et l’espace dans un témoignage musical loin d’être inintéressant.

La relation du couple quant à elle, ne se borne pas seulement à de banales scènes de sexe. Chacune de ces scènes en apprenant un peu plus sur les protagonistes, sur leurs émotions, leur caractères, chaque scène étant une aventure à la découverte des corps et des sensations.

La pornographie a longtemps eu le monopole du sexe à l’écran. Michael Winterbottom se le réapproprie et le filme avec infiniment de tact et de beauté, sans jamais rien galvauder. Rien que pour ça son film est une réussite et sans doute même une étape importante du cinéma en général sur laquelle il sera bon de se retourner de temps en temps.

Au final “9 Songs” est un vrai beau film d’amour.

L’Amant

10 novembre 2010

original_2015

Allez savoir pourquoi me prend l’envie de parler de ce film… En fait si je sais pourquoi : je l’ai revu hier soir puisqu’Arte a eu la bonne idée de le rediffuser et en HD s’il vous plait.

Il me semble que pour appréhender ce film il convient de se débarrasser de toutes les idées reçues et toutes les fausses polémiques qui ont toujours pollué ce film. Alors oui, “l’Amant” est l’adaptation du livre éponyme de Marguerite Duras. Oui l’auteur s’est totalement détaché du film en déclarant qu’il était l’œuvre pure de Jean Jacques Annaud et qu’il n’avait donc pas vraiment grand chose à voir avec le roman ; ce qui en soi convenons-en n’est pas forcément une insulte. Oui l’amant est un film sulfureux qui s’attarde longuement sur ses scènes d’amour. Oui Jane March, l’actrice principale, est très jeune. On a reproché tant de choses à ce film qui ne touchaient jamais ni à son fond ni à sa forme qu’on a simplement oublié de parler simplement du film.

De quoi parle “l’Amant” ? Tout simplement de la relation amoureuse d’une très jeune fille française d’à peine plus de 15 ans et d’un riche Chinois de plus de 30 dans l’Indochine française de 1920.

N’espérez pas trouver ici une peinture sociale de l’époque ni une leçon d’histoire. Jean Jacques Annaud élude tout bonnement la question en préférant tisser une toile de fond sensorielle qui, appuyée par les mots de Duras eux-même prononcés par Jeanne Moreau, retranscrit une ambiance moite, lumineuse et fertile d’une telle vérité qu’elle en est presque palpable. Cette chaleur qui envahit chaque plan évoque bien évidemment le climat de la colonie française mais sert également à merveille le propos d’Annaud qui en filmant l’amour de si près parvient à nous faire toucher la sueur des corps exsangues. Car c’est bien de ça dont il est question : Annaud a voulu faire un film sur l’amour charnel sans faire un film porno. C’est un projet cher à beaucoup de réalisateur, sujet qui a notamment longtemps obsédé Kubrick et dont ce dernier s’est plus ou moins acquitté avec “Eyes Wide Shut”. Annaud le précède avec ce film formellement très beau et impose une bonne fois pour toute qu’il est le réalisateur qui filme le mieux les scènes d’amour : il l’avait déjà prouvé avec “la Guerre du Feu” et “le Nom de la Rose”, en fait la démonstration magistrale ici et le reprouvera encore avec une scène d’une originalité et d’une délicatesse peu commune dans “Stalingrad”. Oui Jean-Jacques Annaud sait faire de belles images et son classicisme sied à merveille à son propos on ne peut plus sulfureux. On en vient à regretter qu’il n’ait pas eu à filmer de telles scènes dans “Sept Ans au Tibet”.

Pourtant tout le film ne réside pas seulement dans ses scènes de sexe. En effet Annaud revient à Duras dans sa conclusion, faisant la part belle aux mots de l’auteur et en assurant par la même occasion à son film un final d’un romanesque bouleversant.

On a beaucoup parlé de “l’Amant”, on a trop souvent oublié de dire que c’était un vrai beau film.