Archive for the ‘Policier’ Category

Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les Femmes

3 mars 2012

Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre à David Fincher, l’un des réalisateurs les plus passionnants de ces 15 dernières années, de vouloir faire un remake d’un film suédois, largement surévalué, film lui même adapté d’un roman tout aussi suédois et tout aussi surévalué ? Voilà une question légitime qui tient disons, 2 secondes et demie. Juste le temps qu’il faudra à votre rétine pour se souvenir de qui on parle.

Bon alors déjà « Millenium », n’est en aucun cas un remake du film suédois mais bien une nouvelle adaptation du roman (premier d’une trilogie). J’invite donc tout ceux qui n’ont vu aucun de ces deux films à oublier la version suédoise qui, ne nous le cachons pas, est un film long, mou et inintéressant. Et puis David Fincher n’a absolument pas américanisé son propos, bien au contraire, poussant même le vice à planter son décors sur les terres de l’auteur du roman : la Suède. Là où un autre aurait choisi d’adapter son histoire en Alaska, comme Christopher Nolan l’avais fait avec « Insomnia », David Fincher fait preuve d’un jusqu’au-boutisme têtu et ne rechigne pas à l’idée de se geler en terre scandinave pour le bien de son oeuvre.

Et pour le coup, le choix du lieu impose très rapidement un climat glacial et ce dans tous les sens du terme : le froid, la neige, bien sûr, mais l’architecture, la luminosité, la mode et surtout l’Histoire du pays. Autant d’éléments que le réalisateur exploite avec une rigueur maniaque.

Au programme de « Millenium » : une enquête policière, un tueur en série, un fond historique nauséabond et une histoire d’amour ambiguë.

Alors certes sur le papier, ces éléments semblent faits pour le cinéma, mais la réalité est tout autre : « Millenium » est avant tout un roman, qui prend le temps des mots pour analyser une enquête complexe qui ne permet pas l’élipse ni l’approximation, et tout l’art de Fincher réside dans sa capacité hors du commun à narrer les rouages complexes de son récit sans endormir son spectateur et même en le tenant en haleine sur plus de 2h30. Souvenez-vous de « Zodiac ». En superposant les images, les époques et les bandes sons (le montage audio est parfaitement prodigieux), le réalisateur parvient à dresser un tableau noir, complexe, envoutant et surtout lisible.

Le casting quant à lui évite les écueils que le premier film n’avait pas su contourner : ainsi la prestation très surestimée et bancale (voire ridicule) de Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander fera définitivement pâle figure (c’est le cas de le dire) face à Rooney Mara qui fait preuve ici d’une finesse de jeu et d’une sauvagerie sidérantes. Ses costumes, son tatouage, sa manière de se tenir, de parler, rendent enfin hommage à Lisbeth Salander.

Tout en charisme retenu, Daniel Craig ne cherche pas à tirer la couverture à lui préférant laisser Lisbeth Salander et sa fille (antithèse parfaite de la première) révéler sa sensibilité et son humanité quasi anti-héroïque.

Et dans ce casting de grande qualité s’illustre encore une fois ce vieux roublard de Stellan Skarsgard qui malgré un rôle peu présent à l’écran parvient à imprimer sa patte en marquant le film de sa présence et à tenir la dragée haute à un Christopher Plummer en grande forme.

Au final David Fincher parvient pour la troisième fois de sa carrière à réinventer le film policier, créant par la même occasion un mètre étalon du genre. Ne lésinant ni sur la noirceur ni sur la sauvagerie (le film est interdit aux moins de 18 ans au Etats-Unis) il nous offre ici un film à la mise en scène chirurgicale, magnifique et glaciale prouvant au passage qu’un livre moyen (tout comme « Shinning » ou « les Evadés ») peut donner un très grand film.

La Nuit nous Appartient

13 janvier 2011

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Ce n’est pas seulement à la découverte d’un film que nous  partons aujourd’hui mais également d’un réalisateur, voire d’un pan tout entier du cinéma américain, à savoir le Polar.

James Gray signe ici son 3 troisième film. Il avait déjà fait forte impression avec son premier long métrage “Little Odessa” et très forte impression avec son second film “The Yards” qui démontait les rouages implacables de la corruption.

Si les scénarios de James Gray baignent quasiment tous dans la Mafia (son dernier film “Two Lovers” faisant exception à la règle) ils sont tous également empreints d’un fort sens de la famille avec ses bons et ses moins bons côtés. “La Nuit nous Appartient” met particulièrement l’accent sur cet aspect.

Fin des années 80, Bobby gère une immense boîte de nuit à New York. Ambitieux, ce dernier se verrait bien ouvrir une autre boîte à Manhattan sur les fonds de ses investisseurs aux ressources assez douteuses. Lui s’en fiche, il vit la nuit, aime ça et il est tout à fait prêt à fermer les yeux sur deux trois trafics se déroulant dans son établissement. Son père et son frère, tous deux hauts gradés de la police, ne sont pas tout à fait du même avis. Et quand voulant mettre fin à un trafic de drogue identifié ils interviennent sur le territoire de Bobby, les ennuis commencent, pour les uns comme pour les autres.

Depuis le début de sa (courte) filmographie James Gray traite ses scénarios comme de véritables tragédies shakespeariennes. Cela insuffle à ses films une ampleur et une ambition assez rare dans le cinéma Américain, surtout chez un jeune réalisateur. “La Nuit nous Appartient” use du même stratagème en se concentrant cette fois plus particulièrement sur les liens filiaux et fraternels, ceux-ci au sein d’une vraie famille ainsi qu’au sein d’une famille d’adoption. Bobby s’est en effet depuis longtemps éloigné de sa vraie famille pour se construire la sienne, celle qu’il s’est choisie. Pourtant les liens du sang le ramèneront immanquablement vers son père et son frère auxquels, petits à petits, par la force des évènements, il s’identifiera avant de prendre leurs places.

Joaquin Phoenix, chien fou du cinéma américain, incarne un Bobby attachant et à fleur de peau dans les bras d’une Eva Mendès que l’on craint d’abord un peu potiche avant de réaliser quel grand rôle elle tient là (sans parler de la scène d’ouverture mucho caliente !). Le rôle du frère obtus et terriblement américain revient au très monolithique Mark Wahlberg qui surprend malgré tout en faisant preuve d’une faiblesse inattendue. Enfin, le père aimant mais perclus de principes vieillots est joué par Robert Duvall, momie sacrée du cinéma Américain, qui retrouve enfin ici un rôle tout à sa mesure.

A noter également la mise en scène de James Gray qui met en exergue la tension psychologique et émotionnelle comme personne, mais qui sait également imposer son style avec une fluidité et une maestria hors normes. A ce titre, la prise d’assaut du labo est d’une virtuosité parfaitement inattendue dans un film aussi “psychologique”, quant à la poursuite en voiture, elle réinvente tout bonnement le cahier des charges et apparait comme LA poursuite de voitures de ces 20 ou 30 dernières années au cinéma.

Claude Chabrol récemment disparu, disait : “James Gray est un réalisateur qui m’énerve beaucoup pour deux raisons : 1) Il est jeune. 2) Il a réussi tous ses films.”

Peut-on vraiment lui en vouloir ?

Shutter Island

5 avril 2010

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Tout était pourtant réuni pour faire de “Shutter Island” un grand film : Un roman de Dennis Lehane (“Gone Baby Gone”), un très bon acteur (Di Caprio) et un des plus grands réalisateurs de ces 40 dernières années (Scorcese). Mais que s’est-il donc passé ? Qu’est-ce qui fait au final que, selon moi, “Shutter Island” passe à côté de son objectif ?

Et bien justement dans un premier temps il aurait peut-être été bon de définir cet objectif. On peut en effet se demander si le but était pour Scorcese de faire un film sur la Shoah, un thriller classique axé autour du très exploité twist tellement à la mode depuis “Sixième Sens”, ou bien offrir à Di Caprio le rôle riche d’un homme qui a malheureusement mal vécu.

Chacun de ces objectifs a son protagoniste : Denis Lehane d’abord qui a clairement écrit son roman dans le but d’être adapté au cinéma (la trame scénaristique ne trompe pas, on dupe le regard du spectateur en usant d’un procédé profondément cinématographique). Scorcese ensuite qui en usant d’une mise en scène hyper classique, hommage aux films qu’il admire, mais reposant sur ce fameux (?) twist, fait montre d’un désir juvénile de faire la nique aux Shyamalan et autre Fincher sur leur propre terrain (“Sixième Sens”, “the Game”, “Fight Club”). Et Di Caprio, comme trop souvent chez Scorcese, qui veut montrer quel grand acteur il est (et il n’y a pas de doute là dessus) quitte à choisir un rôle qui ne lui convient pas. “Shutter Island” souffrirait-il donc d’un triple pêché d’orgueil ? C’est bien possible.

Pêché d’orgueil d’un écrivain en premier lieu, qui sacrifie son talent à entrer dans la tête de ses personnages sur l’autel du tape à l’œil scénaristique. Impossible ici pour l’auteur de s’adonner à ce qu’il sait pourtant si bien faire : traiter de la psychologie intime et profonde de ses personnages (revoyez “Mystic River” et “Gone Baby Gone”). Non ! Ici ce serait du suicide tant le film repose tout entier sur un procédé pour le moins fumeux que le moindre écart pourrait faire s’effondrer.

Di Caprio quant à lui annonce la couleur dès le début du film, il vampirise d’emblée totalement le film. Il est de chaque plan et suce le sang d’un Scorcese consentant. Face à lui les seconds rôles tous excellents (Marc Ruffalo et Ben Kingsley en tête) ont bien du mal rétablir un équilibre qui serait pourtant salutaire. Alors oui, il y a une raison à cette omniprésence de Di Caprio, et elle réside tout entière dans le twist, mais le problème c’est qu’une fois de plus l’acteur choisit de donner à son personnage un premier abord antipathique. Il pourra ensuite cabotiner autant qu’il voudra il ne parviendra jamais totalement à lui donner ce côté attachant et émouvant que l’histoire lui permet de jouer.

L’échec joué par Marc Ruffalo et Ben Kingsley est finalement presque plus émouvant que le sort de ce pauvre marshal blondinet. Il faut dire aussi qu’avec ses airs de gamin mal dégrossi, et ce malgré la qualité de son jeu, Di Caprio ne peut physiquement pas convaincre en ancien soldat traumatisé par la guerre et plus précisément par la Shoah, personnage fantomatique à part entière du film, mais malheureusement trop anecdotique.

Reste la réalisation de Scorcese. Alors oui les décors, les costumes et l’ambiance sont là. Oui l’atmosphère est oppressante. Pas de doute que Scorcese aime son métier et qu’il le fait bien. Mais qu’en est-il de la flamboyance d’un “Casino”, de la beauté quasi mystique de “Kundun”, de la virtuosité d’ “A tombeau ouvert” ? Même Thelma Shoonmaker, sa (prodigieuse) monteuse a bien du mal à tirer quelque chose d’un classicisme si inhabituel chez le réalisateur des Affranchis. A tant vouloir mettre son acteur en valeur, à tant vouloir toucher la jeunesse du doigt, Scorcese perd son art et sa culture.

Et le twist me direz-vous ? Ne compter pas sur moi pour vous le raconter mais non content d’handicaper le récit du film (le procédé reste quand même à double tranchant) il se perd dans des explications à rallonge. Force est de constater que les jeunots précédemment cités s’en sortent mieux. Forcément comparable à un “Fight Club”, “Shutter Island” n’a malheureusement pas l’intelligence de ce dernier à mêler le fond et la forme. Un fond peut-être trop lourd chez Scorcese.

Bien sûr il y a le final, beau et intelligent dans lequel on retrouve le talent du réalisateur, la retenue inspirée de l’acteur et l’intelligence de l’auteur. Mais 5 minutes ça fait pas lourd sur un film de plus de deux heures.

Et puis il y a cette question que je ne peux m’empêcher de me poser : l’association Scorcese / Di Caprio est-elle vraiment une bonne idée ? A chaque fois que ces deux là font un film à deux, le réalisateur semble étouffé par un acteur en roue libre (j’exclue l’excellent “les Infiltrés”, dans lequel Di Caprio avait à la fois Matt Damon et surtout Nicholson pour lui tenir tête, rétablissant ainsi un équilibre et une humilité dans le jeu d’acteur nécessaire à la réalisation).

Moralité, rendez De Niro à Scorcese ! Le couple était bien meilleur. Je suis sûr que Robert ne tiendra pas trop rigueur à Martin pour cette incartade avec un jeunot. Après tout, c’est dans les vieux pots…

Gone Baby Gone

20 mars 2010

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Non mes amis ! Ben Affleck n’est pas mort ! Voilà une annonce quelque peu triviale mais au regard de sa carrière d’acteur moribonde on était en droit de se demander si quelque chose n’était pas arrivé au grand Brun. Et le voilà donc qui réapparaît là où on ne l’attendait pas forcément : derrière la caméra ! à bien y réfléchir pourtant, la création artistique ne lui est pas étrangère, faut-il rappeler que Ben avait décroché en 1998 avec son copain Matt Damon l’Oscar du meilleur scénario pour Will Hunting ?

Pour son premier film en tant que réalisateur Ben Affleck choisit d’adapter un roman de Dennis Lehane, originaire comme lui de Boston où se déroule d’ailleurs toute l’histoire de “Gone Baby Gone”. On sait déjà que Ben Affleck et Matt Damon avaient bataillé ferme pour que leur Will Hunting soit adapté à Boston. Alors inconnus les deux garçons avaient refusé plusieurs offres d’adaptation de leur scénario dans d’autres villes, persuadés qu’ils étaient de l’importance de cette ville. Au final Boston était un personnage à part entière du film. C’est aussi le cas de Gone Baby Gone. Pourquoi Boston ? Probablement parce que certains de ses quartiers semblent recéler d’une faune particulièrement propice à l’élaboration d’un drame et pour le cas qui nous intéresse d’une intrigue policière.

L’intrigue justement : Une petite fille est enlevée. Sa mère (pas franchement responsable) ainsi que sa famille ameutent la moitié de la ville pour la retrouver, à savoir la Police et les média. En parallèle, l’oncle de la victime fait appel à un détective privé pour mener une enquête moins officielle. Le détective en question, pur produit des bas quartiers de Boston, limite petite frappe, semble en effet la personne idéale pour se glisser partout où la Police ne pourra pas poser le pied. Pourtant un cas de conscience se pose très vite car Patrick Kenzie, le détective, ne travaille pas seul, il est associé à celle qui partage sa vie, et celle-ci n’est pas franchement chaude pour prendre part à une enquête qui risque fort de tourner au glauque. Dès le début donc se dessine une dualité qui n’aura de cesse de se manifester tout au long du film.

Dans le rôle du détective : Casey Affleck, petit frère du réalisateur, assume courageusement son rôle de petit emmerdeur tenace qui fera preuve d’un zèle qu’on n’attendait pas forcément de lui. Toujours juste, Casey Affleck malgré ses manières rustres et son langage rarement châtié parvient à faire passer une sensibilité d’autant plus déconcertante qu’elle est inattendue. Si sa compagne (Michelle Monaghan stupéfiante de naturel) redoute l’enquête plus qu’elle n’y participe, Patrick Kenzie cherchera lui toujours à réfléchir plus loin que les apparences et surtout plus loin que sa propre conscience, au risque de déranger, au risque de souffrir.

Le final s’érige en un cas de conscience que tout le monde pourra se poser. Vous n’avez pas fini d’en débattre ! Et c’est justement là la force de Ben Affleck, savoir à la fois mener une intrigue parfois complexe et faire ressortir les points les plus intelligents d’une intrigue profondément humaine et bouleversante. Non je ne vous garantis pas que vous finirez le film les yeux secs.

Pour appuyer son propos Ben Affleck s’entoure de seconds rôles prestigieux : rien de moins que Morgan Freeman (son partenaire de  “la Somme de toutes les Peurs”) et Ed “Abyss” Harris.

Résulte de tous ces choix un film cohérent, intelligent et, je le redis, bouleversant parce que profondément humain.

Ben Affleck a sacrément bien fait de changer de métier. S’il était un acteur trop souvent insignifiant il confirme son talent de scénariste et se révèle être un réalisateur passionnant, intelligent et donc forcément à suivre.