Archive for the ‘Horreur’ Category

Triangle

9 juillet 2011

… et comme je vous le disais, rares sont les films d’horreur réellement innovants. Le genre étant parsemés de quelques mètres étalons (Shinning, l’Exorciste, Halloween, Massacre à la Tronçonneuse pour ne citer qu’eux) il semble difficile pour les réalisateurs désireux de reprendre le flambeau de s’acquitter de cette tâche. Souvent frileux, ou en manque total d’imagination, ceux-ci se contentent de pâles copies plus ou moins intelligemment inspirées, ou pire, de remakes. Jusque là Christopher Smith, s’était fait remarquer comme un réalisateur de films d’horreur modestes mais efficaces. Rien d’extraordinaire mais des oeuvres tout à fait honorables. Mais quand l’Australien se met réellement au travail il nous livre un film vraiment brillant.

Jess est une jeune mère célibataire qui vit seule avec son fils autiste. Histoire de se changer un peu les idées elle part faire une balade avec des amis à bord d’un voilier. Manque de bol le temps devient tout à coup très menaçant et une tempête fait chavirer le bateau. Le groupe alors amputé de l’un de ses membres tombe par hasard sur un paquebot qui passe par là et les secourt. Seulement voilà, le paquebot en question semble totalement désert, ou presque, et les évènements étranges vont commencer à se multiplier, allant crescendo dans l’horreur et l’étrangeté.

Comment parler de ce qui fait le charme du film sans en dévoiler l’intrigue ? Difficile. Sachez simplement qu’une fois sur le paquebot l’héroïne se trouve prise au piège dans une boucle temporelle dont la redondance est notamment générée par la mort de ses compagnons. A partir de là les évènements se répètent poussant Jess à agir d’une manière ou d’une autre. Cette dernière comprenant un peu mieux ce qui lui arrive au fur et à mesure des évènements qu’elle subit et sur lesquels elle tentera de prendre le dessus, quitte à s’opposer à elle-même.

Vous ne comprenez pas tout ? C’est normal, mais je vous incite vivement à faire confiance à Christopher SMith : grâce à un scénario à la mécanique digne d’un coucou suisse mais aussi grâce à une mise en scène inventive et novatrice le réalisateur nous plonge dans un univers déroutant, original et dans lequel il ne nous perd jamais malgré les méandres de son paquebot maudit. Dans ce film chaque évènement est un coup de théâtre, pas de ceux qui remettent en cause les évènements qui viennent de se dérouler (comme dans Fight Club, Sixième Sens ou Shutter Island), mais plutôt de ceux qui vous en disent un peu plus sur l’intrigue et vous immerge sous une infinité d’hypothèses quant à la suite de l’histoire. Une vraie torture pour l’esprit. Quelque que chose qu’on ne voit pas souvent au cinéma, encore moins dans un film d’horreur. Et comme je vous le disais, rares sont les films d’horreur réellement innovants…

The Troll Hunter

9 mars 2011
large_533858.jpg

Il y a un « petit » film qui écume actuellement les festivals du monde entier. Ce film le voici, c’est « The Troll Hunter ». Une sorte de faux documentaire façon « le Projet Blair Witch » en plus riche, plus drôle, plus accessible et beaucoup plus norvégien.

Trois jeunes apprentis cinéastes partent dans la campagne norvégienne afin de couvrir un fait divers local soit l’inquiétante mauvaise humeur d’un ours qui aurait la fâcheuse manie de dézinguer tout ce qui lui passe par la patte : vache, mouton ou homme…
Bon une fois sur place ils comprennent rapidement que la théorie de l’ours ne tient pas et en suivant un homme qui semble le chasser, ils découvrent l’existence des Trolls.

Bon alors dit comme ça c’est risible. Et en fait c’est le but, le réalisateur jouant à fond la carte de « je filme très sérieusement ce qui ne l’est pas du tout ». Au final voir des gens réellement effrayés et même mis en danger par l’existence de ces trolls aux gueules improbables est une expérience tout à fait réjouissante. Le réalisateur (que j’éviterai de citer par respect pour son nom et la langue norvégienne en général) parvient même à nous livrer une scène passablement gore (la dégustation par un troll de l’ingé son) qui prend le spectateur à contrepied. Pour autant, et bien que je le classe dans cette catégorie, il est difficile de ranger « The Troll Hunter » parmi les films d’horreur et ce bien que le sujet s’y prête.

On notera en revanche la générosité à l’américaine du réalisateur viking qui nous promet un final avec un troll gigantesque que n’aurait pas renié Spielberg.

« The Troll Hunter » est un film très divertissant, idiot au possible mais pourtant très bien fait. Forcément à voir donc.

Let me in

3 février 2011

110130083741518433

Bon alors je l’évoquais le long de quelques lignes dans le billet précédent mais comme je viens de le visionner je suis dans l’obligation de vous parler de “Let me in”, ne serait-ce que par souci d’honnêteté vis à vis des personnes qui ont travaillé sur ce remake de “Morse”.

A l’origine de “Let me in” donc, Matt Reeves, réalisateur d’un premier film qui n’était pas passé inaperçu : “Cloverfield”. Si on pouvait s’interroger sur le réel talent du metteur en scène au sein d’un film aussi gros (et pourtant, du talent il y en avait des wagons mais il était noyé sous des tonnes d’effets spéciaux), point de doute ici quant à la surprenante humilité du bonhomme face à ce monstre qu’est “Morse”.

Matt Reeves l’a dit : il a été obsédé par “Morse” ; comment ne pas l’être ? et surtout comment en tirer un remake honorable sans dénaturer le propos ni l’essence même de ce qu’avait réussi à créer le film Suédois ? Le pari était perdu d’avance surtout quand on sait à quel point l’original allait loin et à quel point les Américains peuvent être puritains.

Et pourtant…

Pourtant Matt Reeves n’a pas fléchi. Il s’est attelé à la tâche avec un respect poussé à l’extrême : son film est une quasi copie de l’original, plan par plan. Copie à laquelle il a su pourtant insuffler une humanité qu’on attribue volontiers au réalisateur américain qui, grâce à des acteurs intelligents (les enfants sont époustouflants et de toute évidence dirigés avec talent), un replacement historique judicieux et un culot phénoménal pour un film américain, parvient à livrer un film qui ne rougit à aucun moment de la comparaison avec l’original. Il rendra peut être même l’œuvre un poil plus accessible grâce à la langue anglaise.

Je doute cependant que ce film ait été bien vu aux Etats-Unis, mais ça c’est une autre histoire.

Par contre ce que je sais, c’est que tout comme “Morse”, “Let me in” est un très grand film.

Morse

30 janvier 2011

original_339679

Il est parfois un rythme difficile à suivre dans l’industrie du cinéma américain. Ainsi en voyant la bande annonce de “Let me In” de Matt Reeves (réalisateur de “Cloverfield”) j’ai très facilement reconnu (et pour cause) le remake de “Morse” film suédois passé relativement inaperçu chez nous du fait, probablement, du peu d’intérêt que l’on porte généralement au cinéma scandinave.

Pourtant “Morse” n’engendre certainement pas l’indifférence et quiconque l’aura vu sera d’accord avec moi : on en garde un souvenir indélébile, presqu’une cicatrice. C’est un film qui n’est pas anodin, loin s’en faut. On en ressort le sang glacé, le cœur retourné, le regard hypnotisé.

Oskar est un jeune garçon qui subit perpétuellement des agressions plutôt violentes de la part de ses camarades. Solitaire, il rêve de vengeance encore plus violente. Tout semble devoir rester en l’état jusqu’à ce qu’il rencontre sa nouvelle petite voisine, Eli.
Eli est solitaire comme Oskar et très mystérieuse. Autant de bonnes raisons de se rapprocher et de sympathiser. Bon OK, le fait qu’Eli soit un vampire va quelque peu pimenter le tout.

Soyons clair, “Morse” est un film tendancieux à plus d’un titre. On y traite de violence enfantine, d’inceste (plus ou moins) et le tout est filmé façon “Derrick” (oui le vieux en imper). Quand je dis façon “Derrick”, je fais référence aux couleurs délavées, au style des années 70 et aux plans fixes interminables. Oui sauf que quand vous filmez de la sorte un vieux flic en imper, au pire ça vous endort, mais quand vous filmez des gamins plus ou moins normaux prêts à s’éventrer avec les dents, ben c’est pas la même blague.

La force de Tomas Alfredson (le réalisateur) est justement de nous perdre dans un style d’un autre âge pour mieux nous terrifier, car de temps en temps, subrepticement, on quitte le style “Derrick” pour entrer dans une sauvagerie cinématographique sans borne. La scène quasi finale de la piscine est à cette image, d’une virtuosité inattendue et parfaitement horrible. “Morse” est comme un gentil vieux monsieur bien habillé qui se révèlerait être un odieux serial killer dès que vous auriez le dos tourné. On s’enfonce dans “Morse” comme on s’enfoncerait dans un bois suédois, de nuit, sans lampe de poche et en sachant que quelque part, derrière un arbre, se cache une bête féroce qui n’aurait pas mangé depuis 1987.

Alors que les “Twillight” et autres “Vampire Diaries” nous envahissent et nous étouffent de leurs parfums sirupeux “Morse” revisite le genre du film de vampires avec une audace et une sauvageries qui en rebutera plus d’un mais qui le fait avec une intelligence qui force le respect.

Matt Reeves a fait deux déclarations intéressantes au sujet de son remake : la première était que l’idée de faire un remake d’un film quel qu’il soit le rebutait plus que tout mais qu’à la vision de “Morse” l’idée de l’adapter était devenue une réelle obsession (tout en sachant qu’il courrait au massacre potentiel de l’œuvre et au massacre plus que certain de sa personne par les fans qui crieraient probablement au scandale en voyant son futur film).

L’autre aveux que l’Américain fit aux journalistes fut que jamais il ne put se détacher totalement du film original ni de sa mise en scène. Au final, de ce que j’en ai entendu dire et de ce que j’ai pu voir de son remake, Matt Reeves a finalement produit un copier/coller de l’œuvre originale.

C’était sans doute la meilleure chose à faire.

Rec 2

26 mai 2010

original_437988

Ah mes amis ! Là on passe aux choses sérieuses ! Là ça ne rigole plus : on est dans le film d’horreur le vrai, le sanglant, le crasseux, le dégueu, le vomitif, le flippant ! Et ben ça voyez-vous, contre toutes attentes, ce sont les espagnols qui l’ont fait et même qu’ils peuvent être fiers d’eux les Ibères.

Revenons rapidement dur “Rec 1” qui avait déjà sacrément fait sensation (il avait d’ailleurs été remaké dans l’année). Les réalisateurs espagnols Jaume Balaguero et Paco Plaza s’étaient associés pour créer un film d’horreur d’un genre néo-réchauffé assez jouissif, tout filmé en caméra épaule, comme “le projet Blair Witch”, la frustration en moins, le gore en plus.

Voici donc Rec 2 dont le scénario prend la suite immédiate du premier opus. Dans le premier une journaliste accompagnée d’un caméraman suivait l’intervention d’une équipe de pompiers dans un immeuble. L’intervention tournait rapidement au cauchemar quand les cas de zombification aiguë se multipliaient. Le deuxième épisode suit l’intervention cette fois de militaires qui, caméra vissée sur le casque, se font dézinguer à peu près aussi rapidement que du pompier madrilène moyen. Là où Rec 2 fait fort c’est que malgré le scénario qui est pourtant la suite exacte (à la minute près) du premier, malgré le parti pris que les réalisateurs se sont imposés (ce sont les protagonistes qui filment) et bien malgré tout ça, cette suite adopte un genre complètement différent du précédent, une manière de filmer aussi (ou plus exactement, c’est le montage qui fait la différence : images incrustées, flash back selon des points de vue différents, etc). Rec 2 fourmille d’idées nouvelles ou réchauffées mais méchamment réactualisées. Les références au cinéma d’horreur sont nombreuses mais assumées et intelligemment détournées voire transcendées. Rec 1 avait déjà démontré que deux espagnols et un petit budget pouvaient faire bien mieux qu’un “Cloverfield” et son budget pharaonique. Rec 2 se paie quant à lui le culot de marcher sur les plates bandes d’un “Aliens” (Alien 2) et même de “l’Exorciste” ! Pour autant “Rec 2” ne se perd pas dans la contemplation de ses ainés, il innove constamment, surprend et fout la trouille… mais bien !

La seule bonne raison de ne pas voir immédiatement ce film serait d’être totalement hermétique au genre, et encore, vous seriez obligés de constater le génie de l’ensemble. Je n’ai qu’une hâte : découvrir la suite. Car il y a trop d’éléments laissés sans suite pour que les réalisateurs en restent là. Et je suis sûr que ces deux là en ont encore sous le pied quand on voit avec quelle aisance ils ont maitrisé leur sujet. Et puis jamais 2 sans 3 ? Non ?