Archive for the ‘Inclassable’ Category

Cosmopolis

12 octobre 2012

Ce qu’il y a de bien avec David Cronenberg, c’est qu’il essaie de faire un cinéma différent. Toujours. Et si cela lui a souvent réussi (il a quand même un paquet de chefs d’oeuvre à son actif), cela lui aussi gravement porté préjudice. En effet à trop vouloir se renouveler, à chercher un sens philosophique à tout, tout le temps, il arrive qu’on se plante lamentablement. Qu’en est-il ici ?

Avortons ici ce pseudo suspens : le film est nul. Vraiment. J’ai beau tout tourner dans tous les sens, je ne vois rien à sauver. Tiré d’un livre que je n’ai pas lu et que je n’ai du coup pas du tout envie de lire, l’histoire raconte la journée d’un très jeune multi milliardaire, patron d’une start-up sur le point de s’effondrer, qui traverse une ville en crise dans une limousine blindée. Au cours de sa traversée l’homme rencontrera tout un tas de personnages tous plus inconsistants les uns que les autres : sa maîtresse, son garde du corps, son autre garde du corps, sa femme, un activiste pâtissier et des employés.

À la tête d’un casting hétéroclite le twilightesque Robert Pattinson qui décidément ne fait pas montre d’un quelconque talent. À ces côtés des guest stars françaises qui, toute chauvinerie mise à part, sont les seuls à vraiment pouvoir être qualifiés d’acteurs dans ce projet. Juliette Binoche en maîtresse cougar fait preuve d’une animalité mêlée (comme souvent chez elle) d’une auto-dérision très appréciables. Quant à Mathieu Amalric il fait parler toute la folie dont il est capable en moins de 3 minutes dans un rôle d’entarteur politique heureusement bien loin de Noël Godin.

Mais cela reste bien faible face à une intrigue parfaitement inintéressante noyée par des dialogues prétentieux et interminables.

Voilà, je crois que tout est à peu près dit.

Mais ne désespérons pas, comme je l’ai dit il arrive à Cronenberg de faire des merveilles.

En attendant retournez voir Twilight, je ne vous en voudrai même pas.

Notre Jour Viendra

14 janvier 2011

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Il y a des films comme ça, vous sortez de leur visionnage sans savoir très bien ce qui vient de se passer. “Notre Jour Viendra” en est l’exemple parfait.

A l’instar de son copain Kim Chapiron, Romain Gavras (fils de Costa) se lance donc dans la réalisation d’un long métrage non sans avoir préalablement fait les jours heureux du collectif Kourtrajmé.

Comme pour “Sheitan” (premier film de Chapiron) Vincent Cassel est de la partie en tant qu’acteur et producteur. A ses côtés Olivier Barthélémy, acteur également issu de Kourtrajmé et présent dans “Sheitan”.

Nord de la France : Rémy est un jeune garçon roux qui subit les moqueries de la part de son entourage. Excédé il fuit un jour le domicile familial non sans avoir préalablement frappé sa mère. Sur sa route il croise Patrick, psychothérapeute blasé, qui est prêt à tout pour se sentir un peu vivant. A eux deux ils vont tenter de gagner l’Irlande, pays selon eux rêvé pour les roux.

Dans un Nord français désertique, filmé avec simplicité et profondeur de focales, Romain Gavras nous balade d’une émotion à une autre au fil d’un scénario assez simple mais qui repose principalement sur ses acteurs, l’un et l’autre assez exceptionnels.

Le film, d’abord taciturne, prend un tournant radicalement comique avec l’arrivée de Vincent Cassel à l’écran (impérial). La façon qu’il a de s’amuser aux dépends de Rémy tout en voulant le rendre heureux est parfaitement hilarante et communicative.

Le film n’en reste pourtant pas là et sombre assez rapidement dans les questionnements existentiels de Rémy, incertain et fou. Le voyage des deux protagonistes prend des allures de road movie furieux et finalement sanglant.

Tour à tour Romain Gavras joue de la comédie, du drame et de l’horreur mais ne se départit jamais d’un romantisme assez inattendu mais finalement fil conducteur de son film.

Alors oui les répliques souvent très drôles fusent, oui Rémy est terriblement attendrissant et Patrick aussi finalement, oui leur périple tourne au carnage, pourtant jamais le film ne s’attarde sur un genre ou un autre préférant chambouler son spectateur qui tout du long se demande : “mais qu’est-ce que c’est que ce truc ?!”

Et sans vraiment savoir à quoi on a affaire, nous ne sommes jamais perdus ni agacés d’assister à un spectacle qui aurait pu nous égarer. Romain Gavras filme bien des acteurs qui jouent bien et parvient grâce à ça à nous livrer une image encore inconnue au cinéma. A vrai dire la seule comparaison qui me soit venue est “les Valseuses”, mais vraiment on en est loin.

Il faut croire que le réalisateur à une idée très personnelle du cinéma, et ça c’est pas tous les jours que ça arrive !

Monsters

6 décembre 2010

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Avec un titre pareil on pourrait s’attendre à un film sanguinolent, plein de bébêtes visqueuses. Il n’en est rien. “Monsters” est bien un film d’extraterrestres mais à 1000 lieues d’”Independance Day” ou de “Men in Black”. En fait “Monsters” se rapproche bien plus de “la Ligne Rouge” que de “Rencontre du 3ème Type”. Comment cela est-il possible me direz-vous ? Et bien je dirais qu’on doit cela à l’intelligence d’un homme : Gareth Edwards. Pour son premier film, le bonhomme signe à la fois la réalisation, le scénario et la photographie. Avec un budget microscopique, des acteurs inconnus et un culot hors norme Gareth Edwards signe un film de genre important mais dans un genre jamais vu, en tout cas pas dans ce genre de films.

Il y a 6 ans une sonde de la NASA charriant des échantillons glanés au fin fond de l’espace s’écrasait au Mexique, libérant au passage lesdits échantillons. Une fois sur Terre ceux-ci proliférèrent et donnèrent naissance à une espèce animale/extraterrestre (des calamars terrestres géants). Depuis l’Amérique Centrale n’est plus qu’une “zone infectée” qu’un mur gigantesque sépare difficilement du territoire américain. Un photographe est chargé dans ce contexte d’escorter la fille de son patron depuis le Mexique jusqu’aux Etats Unis.

Quand le film commence le réalisateur nous gratifie directement d’une scène d’attaque extraterrestre histoire de bien nous montrer sa bestiole là où les film du même genre attendent plusieurs dizaines de minutes. Cette ouverture quasi mensongère a au moins le mérite d’installer une tension durable. Pour la suite, et pour faire passer un scénario qui aurait pu être invraisemblable, Gareth Edwards traite l’invasion extraterrestre comme un reportage sur un conflit armé. Sa caméra épaule, sa lumière prise sur le vif mais toujours magnifiquement captée et ses acteurs merveilleux mais totalement inconnus apportent toute la crédibilité nécessaire à l’ensemble.

Et puis il y a cette histoire d’amour naissante pour le moins incongrue dans un tel contexte. Et pourtant, c’est bien cette histoire d’amour qui met en exergue l’urgence et l’insoutenable des situations. C’est elle aussi qui n’aurait jamais été aussi belle que dans une situation aussi désespérée. C’est elle enfin qui nous guide au travers d’une métaphore politique qui rappellera le conflit israélo-palestinien comme la vaine attitude des Américains face à l’immigration mexicaine.

A la frénésie habituellement de mise dans ce genre de films, Gareth Edwards préfère la lenteur et la contemplation de la nature aussi extraterrestre soit-elle. A mi-chemin entre le road movie, le film d’amour, le film de guerre et le film de science fiction, “Monsters” crée un genre à lui tout seul, profitant de son budget ridicule et de sa position de complet outsider pour surprendre par sa beauté, son intelligence et son culot.

Le final remettant tout le film en question n’est que la cerise sur le gâteau d’un grand moment de cinéma.

Adaptation

8 avril 2010

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Comment aborder “Adaptation” ? Voilà plusieurs heures que cette question m’agite le ciboulot. Par où commencer ? Ce film est un casse tête qui traite d’un casse tête. De ce fait en parler relève du casse tête et vous fait prendre part au casse tête…

Vertigineux ? Oui.

A l’origine d’ “Adaptation” Spike Jonze et Charlie Kaufman respectivement réalisateur et scénariste de “Dans la Peau de John Malkovitch” film bien déjanté qui mélangeait déjà la réalité avec la fiction.

Avant de se plonger dans “Adaptation” il y a une ou deux petites choses à savoir si on ne veut pas passer à côté du film. Notamment sur Charlie Kaufman.

Charlie Kaufman donc, scénariste de son état (et réalisateur depuis peu). Mais pas n’importe quel scénariste, on peut en effet lui attribuer le scénario de “the Eternal Sunshine of the Spotless Mind” magnifique film d’amour mettant en scène Jim et Carrey et Kate Winslet dans le cerveau de Jim Carrey (si si !).
Là où ça se complique un brin c’est quand Charlie Kaufman devient le personnage principal de son nouveau scénario (et par conséquent du film) alors qu’il n’était pas du tout sensé le devenir, qu’il s’invente un frère jumeau qu’il n’a jamais eu (mais qui est crédité au générique en tant que co-scénariste) et que les deux sont joués par un Nicolas Cage frisé et bedonnant. Dès lors la fiction et la réalité se mélangent et interagissent l’une avec l’autre.

Oui mais de quoi parle “Adaptation” ?
Après le succès de “Dans la Peau de John Malkovitch” on commande à Charlie Kaufman l’adaptation d’un livre traitant de la vie de John Laroche, personnage édenté amateur d’orchidées. Le livre, écrit par Susan Orlean, apparait inadaptable à Charlie qui ne parvient pas à en tirer quoi que ce soit. Parallèlement à ça Charlie souffre d’un handicap social assez prononcé qui ne facilite pas ses relations ni avec les femmes ni avec son frère jumeau idiot mais pourtant adoré de tous. Et c’est là, dans sa vie, que Charlie trouve l’angle d’attaque pour parler de John Laroche. Il ne va pas s’intéresser frontalement à John Laroche ni à Susan Orlean qui écrit un livre sur John Laroche mais plutôt à Charlie Kaufman qui écrit un scénario sur Susan Orlean qui écrit un livre sur John Laroche (Ouf). Ce qui est vertigineux dans ce jeu de poupées russes c’est que le personnage principal écrit le scénario du film au fur et à mesure que celui-ci se déroule sous vos yeux. Situation d’autant plus vertigineuse qu’elle met en scène des personnages qui existent vraiment pour la plupart.

Un film de scénariste donc.

Quelle place reste-t-il au réalisateur dans tout ça ? C’est justement là que le film prend tout son sens et son intérêt car on aurait rapidement pu tomber dans un exercice de masturbation intellectuelle mais il n’en est rien, Spike Jonze présente l’histoire avec une incroyable clarté et recadre le récit en usant d’un ton à la fois grave et à la limite du ridicule qui sied parfaitement au sujet. D’un point de vue technique Spike Jonze est plus discret que sur son film précédent mais pas moins génial. L’accident de voiture qui coûte ses dents à Laroche est particulièrement saisissant. Il a d’ailleurs depuis été copié plus d’une fois.

Ajoutez à cela des acteurs formidables (Nicolas Cage, Meryl Streep, Nicolas Cage encore, Chris Cooper, Tilda Swinton, Maggie Gyllenhaal,…) qui prennent un plaisir communicatif à incarner leurs personnages tous aussi dingues que Kaufman lui-même et vous obtenez un vrai film de cinéma, hors du commun, qui vous triture le cerveau rien que d’y repenser.

The Fountain

25 mars 2010

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Restons dans l’étrange après “the Fall” voici “the Fountain” de Darren Aronofsky.

Impossible de parler de “the Fountain” sans parler de son réalisateur. Voilà en effet quelques années que ce New Yorkais a investi le monde du cinéma pour nous en présenter sa vision à la fois brutale, intelligente, variée, inédite et toujours hors du commun. C’est en 1998 qu’il a commencé à faire parler de lui avec son premier long métrage “∏”, film on ne peut plus déjanté sur un mathématicien obsédé par le nombre ∏ dans lequel résiderait une loi mathématique universelle qui pourrait s’appliquer à Tout. Dans sa quête il s’associe à des Juifs orthodoxes eux-mêmes à la recherche du nom de Dieu qui figurerait dans la Torah sous forme mathématique. Déjà Aronofsky ne racontait pas les mêmes choses que tout le monde, pas comme tout le monde non plus. Son scénario (dont il est l’auteur) ainsi que sa mise en scène surprennent mais séduisent. Tout le monde se demande si ce film est un hasard ou un coup de génie.

Son deuxième film permet de se faire une idée : “Requiem for a Dream” adapté d’un roman de Hubert Selby Jr, ou la descente aux enfers (expression facile mais pour le coup bien choisie) de 4 personnages, tous dépendants à leur manière à la drogue et au rêve américain. Le film dans lequel se fond une musique viscérale inoubliable (mais vraiment !) de Clint Mansell, est une claque qui vous retourne le cœur dans tous les sens du terme. On peut reprocher à Darren Aronofsky son choix de la politique du pire, mais force est de constater que ce choix est assumé réfléchi et travaillé. La composition visuelle du film (alliée à la bande son) atteint son but, à savoir plonger le spectateur dans un état dérangeant, déstabilisant qui provoque une empathie obligatoire avec les personnages.
Après ça, tout le monde comprend qu’Aronofsky n’est pas qu’un coup de bluff mais bien qu’il est un réalisateur à part entière comme on en trouve pas très souvent.

Du coup les Studios tentent de s’emparer du phénomène. On essaie de lui coller un Batman dans les mains (film qui échouera finalement dans celles de Christopher “Memento” Nolan) puis un remake de Robocop (projet auquel il serait toujours associé). Mais en vain. La sauce ne prend pas tant le réalisateur ne se conforme pas au travail des studios américains. Pas par défit, juste par nature.
Il arrive pourtant à monter un projet à gros budget en grande partie grâce au nom de Brad Pitt qui s’est associé au film avec Cate Blanchett. Ce film c’est “the Fountain”. On n’en sait pas grand chose à cette époque si ce n’est qu’il parlera d’une espèce de fontaine de jouvence. Du fantastique donc ?
Mais dans le monde du cinéma, rien n’est jamais gagné et alors que la préproduction a bien progressé (on commence à entendre parler de batailles épique à la “Seigneur des Anneaux”), Brad Pitt quitte brutalement le projet préférant intégrer celui de “Troie” par Wolfgang Petersen (oui le responsable d’ “Air Force One”). Sans le nom d’un acteur aussi prestigieux, le film du pauvre Darren ne fait pas long feu, c’est d’abord Cate Blanchett qui se désiste à son tour puis le film tout entier qui tombe à l’eau.

On n’entend alors quasiment plus parler de Darren Aronofsky. Il écrit bien le scénario d’ “Abîmes” de David Twohy mais c’est tout. Et quand sort la bande dessinée, écrite par le réalisateur, intitulée “the Fountain” on se dit que le projet cinématographique est définitivement enterré.

Mais non ! Tout heureux de sa récente relation avec l’actrice Rachel Weisz, Aronofsky se dit que son projet avorté est une belle histoire d’amour et que le confier à la jolie Rachel en serait une belle preuve, d’amour. En avant donc ! remontons le projet ! Aronofsky revoit son budget à la baisse en mettant l’accent plus sur l’onirisme que sur le réalisme. L’actrice est trouvée et comme elle a eu un certain succès avec les deux premiers films “la Momie” elle déride les producteurs. Reste à trouver celui qui reprendra le rôle de Brad Pitt. Ca tombe bien Hugh Jackman aimerait prouver qu’il sait faire autre chose que porter des griffes et des brushing idiot dans X-Men.
Budget diminué, casting bouclé : le tournage peut commencer.

“The Fountain” raconte l’histoire d’un scientifique, chercheur, d’autant plus impliqué dans son travail que son épouse est en train de lentement s’éteindre à cause d’un cancer. Tom sait qu’il lui reste peu de temps pour trouver un remède. Izzy, sa femme, sait quant à elle qu’elle est condamnée, elle l’a accepté et aimerait que son mari l’accepte aussi. Tout ce qu’elle voudrait c’est qu’on plante un arbre sur sa tombe, comme le faisaient les Mayas. Selon la légende cela perpétuerait la vie du défunt.
Pour aider son mari à envisager l’inenvisageable, Izzy se lance dans la rédaction d’un roman. Son histoire, qui se base sur la conquête de l’Amérique du Sud par l’Espagne du XVIème siècle, raconte l’aventure d’un conquistador mandaté par la Reine d’Espagne pour trouver l’Arbre de Vie quelque part dans le nouveau monde, sur la terre des Mayas. À défaut d’être réellement un roman historique, le manuscrit d’Izzy est la symbolique parfaite de son histoire avec Tom : la Reine d’Espagne dans le rôle de la vie d’Izzy, le conquistador dans le rôle du chercheur et l’inquisiteur dans le rôle du cancer. À l’écran, le conquistador et la Reine d’Espagne ont les traits de Tom et Izzy : Hugh Jackman et Rachel Weisz.

Vous êtes perdus ? ça ne va pas s’arranger…

À la mort d’Izzy (oui parce qu’elle finit par mourir) Tom hérite de la fin du roman à écrire, mais il se lance aussi dans une quête folle : vouloir trouver un remède à cette maladie qu’on appelle la mort. Saut dans le temps (attention mon interprétation des faits, bien que très réfléchie n’est pas à prendre pour argent comptant et chacun devra se faire son propre avis en voyant le film) : Tom a vaincu la mort aidé par le roman d’Izzy et les croyances des Mayas, il veut désormais sauver ce qui peut l’être de l’esprit de sa défunte épouse résidant dans l’arbre planté sur sa tombe. Pour cela Tom entreprend un voyage intersidéral et mystique vers l’étoile de Xibalba. Accompagné de l’arbre à l’agonie Tom s’astreint à une vie de méditation. Il est cependant hanté par des visions d’Izzy qui tente de le convaincre de terminer la rédaction du roman. Mais Tom est obsédé par sa quête, au même titre que le conquistador du roman dont l’aventure se mêle à celle de Tom.

L’histoire du film se déroule donc sur trois niveaux : le présent, la fiction et l’avenir. Les trois se mêlant et, chose surprenante, interagissant les uns avec les autres. Aronofsky choisi une narration éclatée, non linéaire qui, à l’image de Xibalba, explose pour finalement se refermer brutalement sur elle-même.
Que ce soit dans “∏” ou dans “Requiem for a Dream”, Arnofsky a toujours travaillé sur la narration de manière expérimentale (ne pas prendre le mot au sens péjoratif) : il continue dans “the Fountain”, empruntant de nouvelles voies et jouant en plus cette fois avec le temps, les croyances et la fiction dans la fiction. Ces dimensions se croisent, s’entrechoquent créant un chaos finalement très fertile en réflexions et en émotions. Dans ce tube à essais géant qu’est le film, les acteurs passeraient presque au second plan. Ils sont pourtant exceptionnels, de retenue et de douceur pour Rachel Weisz, de fougue, de fureur et de conviction acharnée pour Hugh Jackman qui apparaît enfin comme un véritable grand acteur.

Ressort de “The Fountain” une réflexion nouvelle sur la mort et l’amour pourtant maintes fois abordées dans l’art en général. Aronofsky met les pieds où personne ne les avait encore vraiment posés et parvient, parfois à l’inverse d’un Kubrick, à insuffler à son histoire un air d’une profonde humanité qui touche en plein cœur.

The Fall

21 mars 2010

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Bizarrerie du jour, “the Fall” mérite plus d’une fois le détour.

Tellement étrange d’ailleurs que j’éprouve la plus grande des difficultés à savoir par où commencer pour vous en parler. Commençons donc par son réalisateur (ça ne mange pas de pain).

Tarsem Singh donc, réalisateur de “the Cell” avec Jennifer Lopez, pas un film inoubliable tant son scénario fantastico-policier laissait à désirer. Visuellement en revanche, le réalisateur avait su créer un univers onirique stupéfiant et vertigineux. On sentait malgré tout sur ses épaules le poids des studios le finançant et lui imposant très probablement un cahier des charges bien terre à terre pour un homme qui de toute évidence aspirait uniquement à faire de son film une expérience visuelle parfaitement ébouriffante. L’expérience a probablement dû être difficile pour les deux parties.

Revoilà donc Tarsem Singh pour son deuxième film, six ans après “the Cell”. Produit et écrit par lui-même, voilà qui est révélateur : le garçon n’a pas l’intention de se laisser imposer quoi que ce soit. A moins qu’aucun studio n’ait accepté de financer son nouveau projet, ce qui est également fort probable. Dans un cas comme dans l’autre cela signifie tourner avec peu de moyens, d’où un tournage étalé sur plus de 2 ans (là où la norme est à 3 ou 4 mois). Au final le film trouve en David “Fight Club” Fincher et Spike “Dans la Peau de John Malkovich” Jonze des distributeurs séduits et décidés à ne pas laisser perdre un film aussi… aussi ?

Car c’est là que ça se complique : comment parler du film ? Peut-être en essayant de raconter l’histoire :

Années 20 : Un cascadeur de film est victime d’un accident qui le cloue durablement dans un lit d’hôpital. Là bas il rencontre une petite fille à qui il commence à raconter l’histoire fantastique d’une bande d’allumés (en vrac un guerrier indien, un voleur masqué, un spécialiste en explosifs et… Charles Darwin ! ne demandez pas…). L’histoire étant inventée au fur et à mesure, la tenue scénaristique est plus qu’aléatoire, mais la petite fille veille et demande des explications, des flashbacks. Tout n’est pourtant pas rose, la santé physique du cascadeur n’est pas au top et sa santé mentale commence à accuser le coup ; son récit en présente rapidement les stigmates. Consciemment ou non, la petite sait que l’histoire a plus de profondeur qu’il n’y paraît et prendre des nouvelles journalières de ces personnages imaginaires devient d’une importance capitale.

Aussi originale que soit l’histoire il est un point absolument capital à ne pas négliger : la forme du film. En effet Tarsem Singh s’astreint à faire de chacun des plans de son film une œuvre d’art. Au sens propre du terme. Les décors, pourtant tous réels et pour certains connus, sont proprement hors du commun. Les costumes oniriques et somptueux sont à l’image du moindre mouvement de caméra : dessinés, travaillés, tissés au fil d’or et au final condamnés à rester gravés dans votre mémoire. Jamais un long métrage n’aura su tenir une intégrité artistique aussi ambitieuse et à ce point marquante sur toute sa durée.

Le final  du film, hommage à la fois drôle et émouvant au cinéma muet en particulier mais au Cinéma en général nous confirme, s’il en était encore besoin, tout l’amour de Tarsem Singh pour son art et son désir ardent de nous le faire partager. Au vu de la réussite ne serait-ce que plastique de son film, on n’est pas loin de penser que le réalisateur a relevé le défit haut la main.

A noter que le film, jamais sorti en salle en France, est disponible en dvd.

Old Boy

19 mars 2010

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Mesdames et Messieurs je tiens solennellement à vous faire part d’une odieuse injustice ! Oui je suis aussi là pour ça !

Cette injustice remonte au mois de Mai 2004, le jour de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes. Jour où “Fahrenheit 911” de l’Américain Michael Moore décrochait la Palme d’Or au détriment de Park Chan-Wook, réalisateur de “Old Boy” qui n’obtenait lui que le Grand Prix du Jury. Honte à vous Mr Tarantino ! Honte à vous qui étiez cette année là le président dudit Jury ! Honte à vous d’avoir à la fois sous-évalué ce film coréen et surtout sur-évalué cette chose (documentaire ? pamphlet ? film de propagande pour le parti démocrate ?) !

Je ne m’étendrai pas plus longtemps sur ce propos, le “film” de Michael Moore nécessitant à lui seul un article aussi conséquent que son réalisateur. Rassurez-vous tout de même, j’y reviendrai.

Old Boy donc ! Du Coréen Park Chan-Wook, réalisateur complètement fêlé du bocal, incontestablement, mais d’un talent assez vertigineux. Old Boy s’inscrit aujourd’hui dans une trilogie sur la vengeance. Il est le second volet de ce triptyque venant se caler après “Sympathy for Mr Vengeance” et juste avant “Sympathy for Lady Vengeance”. Adaptation libre d’un manga dont il n’a gardé que l’idée de départ, “Old Boy” a bien du mal à appartenir à une catégorie cinématographique. Contrairement à “Fahrenheit 911” ce n’est pour le coup pas un défaut.

Mais de quoi donc est fait cet Ovni venu du pays du matin calme ? (à noter que le film à dû être tourné l’après-midi…) D’un scénario déjà, fou, alambiqué, torturé, hilarant, horrible, inimaginable.

Les faits :
Oh Daesu est un petit employé insignifiant, rondouillard, inintéressant et accessoirement mari et père. Un soir il se fait enlever puis enfermer dans ce qui ressemble à une chambre d’hôtel verrouillée et sans fenêtre. On lui glisse régulièrement à manger sous la porte mais personne ne lui explique pourquoi il est enfermé ni qui a commandité cet enlèvement. Son seul lien avec le monde extérieur est une télévision.
Oh Daesu va rester enfermé 15 ans, sans raison apparente, puis libéré sans plus d’explications.

Ce n’est que le début.
Oh Daesu endurci autant physiquement que psychologiquement va alors se lancer à la recherche de celui qui lui a infligé ces 15 années de détention. La vengeance est en marche, mais pas forcément celle qu’on croit.

Le point départ plus qu’accrocheur est également extrêmement casse-gueule. Comment en effet garder l’attention du spectateur après un début aussi dense ? C’est là tout le génie de Park Chan-Wook : à aucun moment le film ne s’enraille, on passe du rire aux larmes, de l’horreur à la tendresse sans répit pour le  public qui a l’impression d’être sur des montagnes russes. Le film devient une expérience haletante, physique. Park Chan-Wook ne recule devant rien, il ose tout sans jamais perdre le contrôle de son film pourtant complètement fou. A l’instar du plus récent “Avatar” et dans un genre totalement différent, “Old Boy” est une histoire faite pour le cinéma, qui ne peut exister qu’au cinéma. Park Chan-Wook semble avoir utilisé tous les ressorts et les rouages possibles et imaginables pour assembler, tel un horloger, une mécanique imparable.

Pour un film aussi fou, il fallait un acteur qui le soit tout autant et Choi Min-Shik passe du ridicule à la violence terrifiante sans jamais se prendre les pieds dans le tapis. Son rictus final, à la fois intriguant et pathétique nous conforte dans l’idée qu’on vient d’assister à quelque chose de pas banal.

Récemment Steven Spielberg et Will Smith se sont associés pour faire un remake de “Old Boy”. Ils ont cependant jeté l’éponge peu de temps après. Ils voulaient semble-t-il édulcorer l’histoire. Mais le scénario est un piège : après un tel début il fallait la folie d’un Coréen et Spielberg est assez intelligent pour avoir compris qu’une telle folie était impossible aux Etats Unis.