Archive for the ‘Polar’ Category

Une Nuit

11 septembre 2012

La nuit est toujours propice à tout un tas d’évènements inhabituels qui ne se produiraient pas forcément en plein jour. C’est quelque chose qui se vérifie dans la vraie vie comme au cinéma. Les films se déroulant entièrement (ou quasiment) la nuit sont devenus un genre à part entière. L’un des exemples les plus célèbres est « After Hours » de Martin Scorcese. Philippe Lefèvre se lance lui aussi dans l’aventure non sans y ajouter une bonne dose de Polar. Avoir fréquenté de près Guillaume Canet lui aura-t-il été utile (il a été son co-scénariste à 3 reprises) ?

Simon Weiss est un flic de la brigade mondaine à Paris. Toutes les nuits, à chaque fois affublé d’un chauffeur différent, il arpente tous les coins les plus secrets voire les plus glauques de la ville. Cette nuit là ne fait pas exception à la règle si ce n’est que son chauffeur est une petite jeune et que Simon se sait la cible d’une enquête de la Police des Polices.

Ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est la beauté du film. L’image est léchée, la lumière parfaitement sublime et Paris qu’on aurait pu attendre glauque ou crasseuse à cette heure, revêt au contraire ses habits de lumière.

Ensuite il y a Roshdy Zem. Pillier central de chaque plan, il impose un charisme et une gueule à la hauteur du personnage qu’il campe. Tour à tour violent, désabusé voire mélancolique, on se demande comment l’acteur pourrait être meilleur. A ses côté Sara Forestier observe, enregistre, apprend… ou pas. Elle apparait vierge de ce monde qui vit sous nos yeux. Tout comme le spectateur. Tout comme lui elle sera à la fois charmée, surprise et même effrayée par cet homme qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis pour qu’un semblant de règles continue de régir ce monde si particulier mais peut-être aussi pour sauver sa peau.

Car Simon doit tout autant gérer les moeurs nocturnes que l’économie des établissements qui animent la Nuit. Et tout ça n’est pas toujours très propre. Et quand le meilleur ami de Simon vient faire le lien entre son travail et sa vie privée, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Simon doit alors tout gérer à la fois dans un temps très court.

Si l’intrigue peut paraître dans un premier temps téléphonée, on n’a pas fini de gamberger sur son deuxième effet KissCool.
Au final Philippe Lefèvre, notamment grâce à de très bons acteurs (dont Samuel Lebihan et une apparition de Richard Bohringer), réussit un film terriblement élégant, dépaysant et finalement inattendu. A se demander qui de lui (le réalisateur) ou Guillaume Canet a le plus apporté à l’autre.

Les Lyonnais

6 septembre 2012

Réalisateur terriblement singulier dans le paysage cinématographique français, Olivier Marchal nous revient après MR73 avec un nouveau film, en s’intéressant cette fois, non pas aux flics mais aux voyous.

Pourquoi singulier ? Déjà parce qu’Olivier Marchal est un ancien flic, ce qui déjà lui confère une certaine légitimité quant à ce qu’il raconte de la Police. Mais aussi et surtout singulier par son style qu’il veut beau, grandiose, ambitieux et tragique. Autant de raisons qui précipiteraient n’importe qui dans un abîme de fatuité conduisant immanquablement au nanar. Surtout en France. Qu’en est-il ici ?

Après « 36 » et « MR73 » (oublions son premier film, stage de formation avec des acteurs au rabais), le réalisateur quitte les commissariats et leurs représentant pour se pencher sur le cas des voyous. Car il n’y a pas de gendarme sans voleur.

Il est respectueux me semble-t-il de s’intéresser au problème éthique que génère le film car Olivier Marchal se l’est lui-même posé : Peut-on (doit-on) faire un film aujourd’hui dont des gangsters seraient les héros ? Peut-on glorifier la violence et le non respect des lois ? De toute évidence non, à moins de vouloir prôner un discours anarchiste ou révolutionnaire qui n’est pas de mise ici. Alors comment raconter cette histoire ? Tout simplement par le biais le plus humain : celui de l’amitié et de la loyauté.

Momon est un ancien braqueur rangé des voitures. La soixantaine il se consacre à sa famille et a juré à son épouse de ne pas retomber dans une vie hors la loi. C’était compter sans son ami Serge qui lui n’a jamais pris sa retraite de voyou, qui vient de se faire arrêter par la Police et qui encourt une longue peine de prison. Assez longue pour qu’il finisse ses jours en prison. Pour Momon c’est le début des cas de conscience, et des emmerdes.

Comme je l’ai dit, Olivier Marchal attend de ses films qu’ils soient beaux et ambitieux. Ici plus que jamais son casting est au diapason de cette ambition : Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Lionel Astier, Patrick Catalifo, Etienne Chicot… que du lourd, de la gueule et de la gouaille. Et il fallait bien ça pour sortir des dialogues taillés dans le roc par un Olivier Marchal rarement aussi à l’aise avec son écriture. Si on part du principe que le casting d’un film correspond à 50% de sa réussite, alors « les Lyonnais » obtient déjà la moyenne.

Ce qui m’effraie toujours avec Olivier Marchal (en tant qu’homme) c’est son côté parfaitement franchouillard, charriant sur son dos tout un tas de clichés qui, si on ne s’y attarde pas, pourraient apparaitre comme les symptômes d’une Droite pas très reluisante. Il n’en est pourtant jamais rien. Et malgré ses références évidentes (Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, Michael Mann) et son amour inconsidéré du cinéma Américain de la grande époque, jamais Olivier Marchal ne tombe dans la caricature de bas étage d’une Amérique rêvée par un Français. Non, Olivier Marchal ancre son récit dans une vraie France qui prend ses racines dans les années 60/70 et il y construit sa mythologie, sa tragédie antique sans que celle-ci apparaisse désuète ou pire, fausse.

Alors oui le film est une histoire rêvée (même si basée sur des faits réels) dans lequel s’affrontent des icônes cinématographiques du banditisme. Car la présence monumentale des acteurs et notamment de Gérard Lanvin qui se bonifie avec l’âge, parvient immédiatement à hisser le long métrage au rang de classique immédiat. Et il est terriblement excitant à mon sens de voir que ce type de cinéma est possible non seulement en France mais aussi après Scorcese et Coppola. Aussi ahurissant que cela puisse paraître.

Et oui, je pense qu’on peut ne pas aimer « les Lyonnais » mais ce serait bouder un style de films qu’on n’a plus vu en France depuis Melville.

La Défense Lincoln

1 août 2011

Petit film sans réelle prétention, bien qu’adapté d’un roman de Michael Connely, « La défense Lincoln » a joui d’un succès non négligeable outre Atlantique. Premier premier rôle pour Matthew McConaughey (dit l’imprononçable) depuis fort longtemps (surtout dans un film honorable), l’acteur y fait montre d’un talent malheureusement sous exploité au cinéma et dont Brad Furman, son réalisateur, a su tirer parti avec intelligence.

A l’origine de « La Défense Lincoln » donc un roman de Michael Connely qui, une fois n’est pas coutume, lâche son enquêteur Harry Bosch (déjà représenté à l’écran par Clint Eastwood) pour explorer les arcanes du système judiciaire américain, tout comme le fait habituellement John Grisham, mais en mieux.

« La Défense Lincoln » narre les exploits d’un avocat à la gouaille ravageuse donc le principal trait de caractère, en dehors d’avoir installé son bureau sans sa voiture de marque Lincoln, est d’être à peu près aussi peu recommandable que ses clients.

Michael Haller donc, est engagé par un jeune homme issu d’une riche famille afin de le défendre contre une prostituée qui l’accuse de tentative de viol et d’agression. Si Haller flaire d’abord une manigance visant à dépouiller son client, les faits se révèlent rapidement bien plus complexes et Michael de se rendre compte qu’il est tombée dans une farce dont il pourrait bien être le dindon. On se croirait en pleine affaire DSK !

Michael Connely étant aux commandes de l’intrigue, soyez rassurés, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer. Le bonhomme sait y faire pour accrocher son lecteur (et ici le spectateur) et en bon camarade, Brad Furman a le talent, l’intelligence et la modestie de lui être fidèle et même de mettre son texte et son intrigue en valeur. Ce qui pour un premier film est à souligner.

Avec son côté beau gosse qui s’encanaille dans les bas fonds de Los Angeles, Matthew McConaughey porte sur ses épaules un film nerveux, malin et jamais ostentatoire. Si bien que son sourire aussi agaçant soit-il clot merveilleusement le dernier plan du film. Les seconds rôles assez prestigieux ne sont pas pour rien non plus dans la réussite du film. Ainsi Marisa Tomei, Ryan Philippe, William H. Macy, Michaela Conlin ou encore Bryan Cranston (père de famille dans la série « Malcolm ») nourrissent le film de leur présence avec talent et humilité.

Décidément, et sans être le thriller de la décennie, « La Défense Lincoln » demeure un film travaillé, bien charpenté, prenant et finalement très réussi qui fait honneur à l’auteur du roman dont il est inspiré. Il révèle du même coup un réalisateur à suivre et un acteur qu’on avait un peu oublié depuis son joli rôle de prêtre dans « Contact ».

Harry Brown

16 janvier 2011

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Pour son premier film, Daniel Barber choisis un genre de film très particulier à savoir le film de vengeance. Choix on ne peut plus casse gueule car pour toucher son but ce style de film se doit d’aller très loin et prend le risque par la même occasion d’aller trop loin. “Death Sentence” avec l’extraordinaire Kevin Bacon était malheureusement tombé dans le piège.

A l’écran ici c’est le non moins extraordinaire Michael Caine qui s’y colle.

Harry Brown est le mari aimant d’une femme malade et l’ami bienveillant d’un homme pris pour cible par les voyous du quartier. Quand coup sur coup son épouse meurt en son absence, retardé qu’il est par une banlieue hostile et que son ami se fait charcuter dans l’indifférence générale, Harry voit son savoir vivre d’ancien Marine refaire surface. A partir de ce moment là, la racaille ambiante n’a qu’à bien se tenir.

Ce que Daniel Barber a très bien compris c’est que pour bien traiter son sujet il se devait d’opter pour un ton politiquement douteux car ici le consensus et le politiquement correct n’ont pas leurs places. A lui ensuite de savoir tenir un cap difficile et de ne sombrer ni dans le film fasciste ni dans un classicisme bien pensant.

Pour cela le réalisateur a dans son jeu un atout non négligeable : le très smart Michael Caine qui fait preuve encore une fois de sa classe très anglaise mais aussi de sa volonté de nourrir le cinéma mondial en gratifiant les films de jeunes et talentueux réalisateurs de sa présence.

Dès l’ouverture, le film plonge son spectateur dans une ambiance glauque et violente. Tout du long nous sommes sous le joug d’un sentiment de violence ambiante qui ne nous lâche quasiment jamais. La présence même de ce qui semble être un gentil vieux monsieur dans un univers urbain aussi jeune, aussi guerrier et aussi infernal est violente. Cette violence aliénante, Daniel Barber met plus de la moitié du film à la disséquer, faisant ainsi monter la pression et la colère d’Harry. Car Harry est en colère, et du moment où il acceptera cette colère, le film prendra un tournant assez jouissif. Et là les questions d’ordre moral ne se posent plus : vous avez eu 3/4 d’heure pour vous les poser avant, maintenant Harry passe à l’action que cela vous plaise ou non. Bien sûr la délicate Emily Mortimer est là pour témoigner de la ligne rouge qui a été franchie. Mais ses arguments aussi vrais et justes soient-ils ne font pas le poids face à la souffrance et la détermination du vieil homme.

Evidemment, Harry va trop loin, évidemment ici la part belle est faite à la loi du Talion, évidemment aussi attachant soit-il on ne peut pas tout pardonner à Harry. Pour autant cette volonté assumée de vouloir le faire aller trop loin nous fait prendre conscience de la gravité de ses actes. Ainsi difficile de prendre un plaisir coupable à cette vengeance sans se sentir mal à l’aise.

Le réalisateur nous laisse pourtant seul juges de son héros, ne le punissant pas démesurément comme trop de réalisateurs choisissent de le faire dans ce genre de films.

Daniel Barber a l’intelligence de signer un film amoral et de nous laisser par la même occasion seuls face à nos certitudes et nos idées reçus.

“Harry Brown” est un film violent, sombre mais brillant qui offre un rôle magnifique à cet immense acteur qu’est Michael Caine. Un film à ranger à côté de “Gran Torino”.

Un grand film donc.

The Town

5 décembre 2010

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En voilà un que j’attendais. Il faut dire que pour son premier film en tant que réalisateur Ben Affleck avait frappé très fort avec “Gone Baby Gone”. Pour son deuxième long métrage, il tourne une fois de plus dans sa ville natale : Boston. Il y adapte un roman de Chuck Hogan, “the Town” traitant d’une bande de braqueurs amis depuis l’enfance, aux prises avec, dans le désordre, les penchants psychopathes de l’un d’entre eux, le FBI, leur commanditaire, l’amour et la ville, personnage à part entière du film.

On a beaucoup comparé “the Town” à “Heat”. En même temps on pourrait comparer tous les films de gendarmes et de voleurs à “Heat”. “The Town” est bien moins ambitieux et bien plus humain. Il convient donc de rapidement s’écarter de cette comparaison qui à mon sens, n’a pas lieu d’être, même si on sent que Ben Affleck a bien potassé son “Michael Mann pour les Nuls”. Quitte à prendre des références, autant prendre les bonnes.

Doug, leader et cerveau d’une bande de braqueurs à ce jour impunie, tombe malencontreusement amoureux d’une femme prise en otage par son collègue pathologiquement nerveux lors d’un braquage un poil tendu. A partir de ce jour, Doug commence à ressentir tout le poids de son “travail” : le secret imposé par celui-ci, la lourdeur de certaines amitiés, le danger et le poids de l’hérédité dans une ville qu’il n’a jamais quittée. Malgré des principes solides sensés le garder la tête hors de l’eau, Doug se reconnait de plus en plus dans son père, vieux tolard aigri. Et quand on envisage de plaquer ses activités illégales pour aller vivre avec la femme qu’on aime, ce genre de modèle n’est sans doute pas ce qu’il y a de mieux.

Ben Affleck s’est d’abord refusé à adapter “the Town” sur grand écran, ne voulant pas devenir “le gars qui fait des films sur Boston”. Mais la perspective de faire un film de braquage, doublé d’une histoire d’amour l’a finalement emporté. Et puis Boston prend une telle importance dans l’histoire, que pour le coup, Ben Affleck était probablement le mieux placé pour faire ce film.

Bénéficiant d’une bonne réputation grâce à son excellent premier film, Ben Affleck profite d’un casting 4 étoiles : lui-même dans le premier rôle accompagné de Jeremy Renner, Pete Postlewhaite, Chris Cooper, John Hamm, la sous exploitée (au cinéma) Rebecca Hall et la très inattendue Blake Lively. Tout ce beau monde permet au réalisateur de broder sur un canevas humain solide, crédible et plus d’une fois émouvant. Pourtant, s’il s’était interdit d’apparaître à l’écran dans son premier film, Ben Affleck se réserve ici le meilleur rôle du film et aussi sans doute de sa carrière. On est d’ailleurs bien content de voir que le copain de Matt Damon peut lui aussi être un très bon acteur.

En tant que réalisateur, Ben Affleck évite tous les pièges du genre, ne se prenant jamais au sérieux mais s’évertuant à maintenir une qualité constante tout au long du film. Les scènes de braquages et de poursuites sont saisissantes. L’histoire d’amour quant à elle, bien plus en retrait (heureusement) que ne le laissait présager la bande annonce, est contenue et traitée tout en finesse, offrant ici un très joli rôle à Rebecca Hall, sorte de pendant brun et moins tape à l’œil de Scarlett Johanson. Blake Lively, surtout connu pour son rôle dans “Gossip Girl”, livre ici une performance plutôt surprenante dans ce rôle de quasi fantôme maternel shooté au PCP et à la coke. Chris Cooper, qu’on ne voit que le temps d’une scène, imprime le poids de sa présence paternelle sur tout le film. John Hamm (acteur de “Mad Men”) assure son rôle d’agent du FBI avec sobriété mais en y ajoutant un p’tit quelque chose en plus, une folie contenue d’une grande classe. Pour ce qui est de la folie (pas vraiment contenue pour le coup) de Jeremy Renner, elle rappelle évidemment celle de “Démineurs” où il avait excellé.

Tout ce beau monde est mené par un scénario intelligent et une mise en scène du même niveau. Ben Affleck a su alléger sa narration en confiant les bons rôles aux bon acteurs : Chris Cooper et Blake Lively même s’ils sont rares à l’écran, sont présents dans quasiment chaque scène de part l’aura qu’il ont su imprimer lors de leur apparition. Ben Affleck profite d’eux pour conférer à son film une émotion délicate qui se marie magnifiquement au suspense distillé tout aux long des deux heures que dure le film.

Au final, “the Town” n’est peut-être pas au niveau de “Gone Baby Gone” mais il est très certainement un excellent film de genre, intelligent, bien fait et jamais tape à l’œil. Les acteurs y sont merveilleusement dirigés et Ben Affleck, bien qu’au premier plan, ne met jamais inutilement en valeur (bon OK la scène de tractions est peut-être un peu too much). Les scènes d’actions sont impeccables et le scénario réserve ce qu’il faut de surprises et d’émotion.

Oui, Ben Affleck est décidément un très bon réalisateur et la qualité de son premier film n’était pas due au hasard. Il signe ici un excellent second film ce qui, comme je l’ai déjà dit dans ce blog, n’est pas chose aisée.

The Chaser

14 octobre 2010

 

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Nouvelle incursion dans le cinéma Sud-coréen avec "the Chaser". Il y a en effet beaucoup de film coréens dont j’aimerais parler, mais on les doit principalement à deux réalisateurs dont j’ai déjà parlé ici donc place aux nouveaux ! Ou plutôt au nouveau : Na Hong-Jin, jeune réalisateur de 34 ans au moment des faits qui réalise là son premier film.

Ce qui surprend chez les cinéastes coréens c’est qu’ils n’ont peur de rien : ils ne font pas des films de genre, ils explosent littéralement les genres. Old Boy, Memory of Murder, the Host, trois films qui déjà faisaient la nique aux Américains (et pas n’importe lesquels hein ! Spielberg, R. Scott, Fincher,…) et bien là, récidive ! Sauf que non content de signer un thriller haletant que ne renierait pas le réalisateur de Se7en et de Zodiac, Na Hong-Jin a digéré, exploité et magnifié tous les partis pris de ses ainés du pays du matin calme. Ainsi on retrouve chez lui la farce, quoique plus mesurée, et la critique sociale d’un Memory of a Murder, la noirceur, la folie et le marteau d’Old Boy et un style, une maîtrise de la camera qui n’appartiennent qu’à lui.

Visuellement, le film tient sacrément la route, il sait appuyer où il faut si besoin et laisser la situation parler quand elle ne nécessite pas plus. Mais Na Hong-Jin s’appuie sur un scénario fascinant, improbable et pourtant implacable. Tous les rebondissements qu’il offre sont tous inattendus et pourtant toujours sur le fil, toujours crédibles. Cette limite du ridicule qu’on trouve parfois chez les acteurs de génie, le réalisateur l’applique au traitement de son scénario. Cela donne un scénario haletant, éprouvant, passionnant dont on ressort exsangue…

Mais de quoi parle donc "the Chaser" me direz-vous ! Aaaaah par ou commencer ? Par le début sans doute… Le film est de toutes façons tellement riche qu’on ne risque pas de gâcher le plaisir du futur spectateur en dévoilant un bout de l’intrigue…

Jung-Ho est un ancien policier reconverti en proxénète (déjà…). Depuis quelques temps certaines de ses filles disparaissent. Sans trop s’en inquiéter au départ, il se met à penser qu’elles ont peut-être été enlevées par un malade. Ils se sert alors d’une de ses filles comme appât pour confondre le pervers en question. Ladite fille échoue dans sa mission d’informatrice et se trouve en bien mauvaise posture aux prises avec le (super)méchant. Plus inquiet que jamais Jung-Ho accélère ses recherches et se retrouve, après moult péripéties, en garde à vue avec ledit maniaque, persuadé de la culpabilité de ce dernier. Ses anciens collègues ne veulent pourtant rien entendre. Il faudra que l’assassin avoue lui-même les meurtres de 12 filles pour être un peu pris au sérieux par la police.

Je viens de vous raconter les 10 premières minutes du film et tout est comme ça sur près de deux heures…

Tout du long on est bringuebalés comme dans une machine à laver, envahis tour à tour par l’horreur, l’angoisse, la colère, le stress… Autant de sentiments violents qui nous laissent exténués au moment du générique de fin.

Comme souvent chez les Coréens, on se dit qu’on n’a encore jamais vu un truc pareil et c’est justement là toute la qualité de leur cinéma.

J’en redemande, forcément !

Pour Elle

18 septembre 2010

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Fred Cavaillé est un malin. Pour son premier film il frappe un grand coup. Il fait tout de suite savoir qu’il faudra compter avec lui désormais. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce qu’il aime le cinéma. Il aime ça et rend le truc sacrément contagieux.

Lisa, Julien et leur fils Oscar mènent une vie heureuse. C’est compter sans la police qui débarque violemment chez eux un matin pour arrêter Lisa. Celle-ci aurait assassiné sa patronne. Elle est immédiatement mise sous les verrous. Trois ans plus tard Lisa est toujours en prison. Son pourvoi en cassation échoue. Elle en a donc pour 20 ans à passer derrière les barreaux. Si cette décision (que l’on sait rapidement injuste) parait insupportable à Julien, Lisa elle ne la supporte tout simplement pas et tente de mettre fin à ses jours. C’est à partir de ce moment là que Julien décide de se lancer dans une entreprise totalement folle : faire s’évader sa femme et partir avec elle et leur petit garçon vivre à l’étranger.

Son film, Fred Cavaillé l’a taillé comme un diamant, avec patience, méticuleusement. C’est probablement grâce à son scénario qu’il a réussi à convaincre son casting et les producteurs. C’est certainement en grande partie grâce à lui qu’il nous tient scotché au fauteuil pendant 1h40. Car premier film, peut-être, mais film au rabais certainement pas. Sur un budget modeste le réalisateur monte un film imparable et généreux. Le casting d’abord… L’idée est au premier abord improbable mais associer Vincent Lindon (le Monsieur Toutlemonde du cinéma français) à la désormais star (germano-franco-) américaine Diane Krüger relève du génie. Autant le côté accessible de Vincent Lindon (juste parfait dans son rôle) permet de s’identifier immédiatement à lui, autant la beauté froide de Diane Krüger (qu’on n’a jamais vue aussi émouvante) la rend véritablement iconique et indiscutable. Or l’acte de folie mais surtout d’amour qu’élabore Vincent Lindon tout au long du film ne peut-être justifié que par un amour indiscutable. Cerise sur le gâteau, Cavaillé nous gratifie d’un Olivier Marchal dans un rôle court mais impérial : le pilier stratégique de Lindon.

Seulement voilà, être un criminel ne s’improvise pas et si les soucis logistiques apparaissent rapidement, les cas de conscience ne tardent pas non plus. Le postulat du film est d’ailleurs un cas de conscience à lui tout seul mais aussi un sujet à polémique. Car ce que que fait Julien n’est ni plus ni moins que refuser une décision de justice pour se faire justice soi-même. Et c’est justement là que réside toute la problématique du film et du titre. Jusqu’où est-on prêt à aller par amour ? Sous cette question à l’eau de rose réside l’intrigue même du film : une intrigue ancrée dans une réalité dure, violente et implacable. Et c’est là toute la force du film et le talent de son réalisateur : réussir à faire passer sous couvert d’un polar nerveux une histoire d’amour bouleversante et une question de société à la portée quasi philosophique.

Un film incroyable donc, justement parce qu’il sait rester crédible. Une mention spéciale pour l’affiche qui ajoute un suspense supplémentaire au film. Mais je vous laisse découvrir par vous-mêmes…

 

Pour info, “Pour Elle” vient d’être remaké avec Russel Crowe dans le rôle de notre Vincent Lindon national.