Archive for the ‘Science Fiction’ Category

Looper

5 novembre 2012

Troisième film de Rian Johnson (dont j’avis adoré le premier : Brick), « Looper » est à en croire la bande annonce un film de science fiction roublard mais réchauffé, basé sur quelques (très bonnes) idées scénaristiques. La réalité est un petit peu différente…

Dans le futur, le voyage dans le temps a été inventé mais très rapidement interdit. La Mafia y a en revanche trouvé un moyen subtil de faire disparaître des personnes gênantes en les expédiant 30 ans en arrière. Là, des loopers (boucleurs) tuent la personne en question et la font disparaître. Le boulot rêvé en somme si la Mafia du futur ne décidait pas arbitrairement de temps en temps de faire exécuter les loopers eux-mêmes par leur version plus jeune de 30 ans.
Joe est un looper. Et quand son lui du futur débarque dans son présent, il n’est pas forcément d’accord pour se faire tuer. Les deux hommes ne parvenant pas à se mettre d’accord, les ennuis vont s’empiler…

Présenté comme ça, on peut être intrigué. La bande annonce promet des choix judicieux (Joseph Gordon Levitt jouant le rôle de Bruce Willis jeune, c’est quand même bien trouvé), une mise en scène recherchée, un scénario alléchant mais c’est à peu près tout. C’est d’ailleurs là que réside sans doute la plus grosse prise de risque du film : la façon dont il est vendu.

Car au risque de trahir un secret (mais pas vraiment non plus) sachez que le film, et notamment son scénario, vont clairement au delà de leurs promesses. Sans rien dévoiler de l’intrigue sachez simplement que la bande annonce ne traite que de la première moitié du film qui prend un tournant radical au bout d’une petite heure. Adoptant à partir de ce moment là un ton beaucoup plus intimiste et fantastique, « Looper » atteint alors des sommets. Rian Johnson fait preuve d’une ambition phénoménale (et je pèse mes mots). Sa mise en scène intelligente et sensible prend alors toute son ampleur. Le caractère  intime du film est traité avec une délicatesse peu commune. À ce titre la (quasi) scène d’amour est une des plus sensibles qu’on ait vu au cinéma. Les scènes d’action sont quant à elle assez impressionnantes pour clouer le bec à n’importe qui.

« Looper » est bien une boucle qui si vous la suivez vous mettra la tête à l’envers. À l’image de ses personnages qui cherchent constamment à « boucler la boucle », le film semble suivre un temps la même démarche, il finit par s’affranchir de cette contrainte pour mieux exploser son genre. Explorant tout autant le huis clos, le western fordien que la science fiction la plus gonflée (Akira en tête), le film trouve dans sa deuxième partie un pur moment de cinéma, ébouriffant qui laisse ses spectateurs littéralement sans voix une fois les lumières rallumées.

Contrairement à ce que laisse entendre la bande annonce (et certains critiques) « Looper » n’est pas seulement un film malin, c’est aussi un film profondément intelligent, sensible, innovant et puissant. À voir absolument au risque de passer à côté d’un des tous meilleurs films de l’année.

Prometheus

13 juin 2012

Que pouvions-nous attendre de « Prometheus », la préquelle de « Alien, le huitième passager » ? Question légitime au regard de la carrière en dents de scie de Ridley Scott, son réalisateur. Que pouvions-nous attendre d’un film se targuant de revenir aux origines la saga cinématographique peut-être la plus connue et la plus cohérente ? La réponse est simple : le meilleur comme le pire. Le meilleur car Ridley Scott n’est jamais aussi à l’aise que dans la science fiction, que c’est un réalisateur à l’univers visuel souvent époustouflant et que la saga « Alien » lui doit tout. Le pire aussi car Ridley ne rime pas toujours avec inspiré (G.I. Jane !) et qu’à 75 ans, on peut se demander ce que l’homme va pouvoir apporter à un genre qu’il a quasiment créé au cinéma.

Car ne nous le cachons pas : une telle saga + un tel réalisateur = de grandes attentes tout autant au niveau du film lui-même qu’au niveau du genre et même du Cinéma. Une grosse prise de risque donc de la part de Ridley Scott.

« Prometheus », avant d’être le nom du vaisseau spatial se rendant aux confins de l’univers retrouver les origines de la vie sur Terre, est le nom de cet homme condamné par les dieux de l’Olympe à se faire dévorer le foie toutes les nuits par un aigle (et oui, dans l’antiquité le foie repoussait en une journée) pour avoir « offert » le feu aux hommes.

Autant dire que la référence est plutôt bien choisie.

Car ce dont il est question dans Prometheus, c’est de retrouver nos créateurs ; nos dieux pour ainsi dire. Le problème étant que ceux-ci ont juste un peu changé d’avis après nous avoir créés et qu’aujourd’hui, leur préoccupation serait plutôt de tous nous éliminer jusqu’au dernier et ce grâce à une panoplie fort complète et variée d’armes biologiques. Les membres de l’équipage de Prometheus ne s’en rendront compte qu’une fois sur place. Les pauvres.

A leur tête Meredith Wickers incarnée par une Charlize Theron glaciale et moulée dans une combinaison des plus ajustées, se révèle être un commandant froid et implacable à la psychologie pourtant plus complexe et humaine qu’il n’y parait. Ainsi lorsque se manifeste son humanité, c’est par éclats retentissants et révélateurs de ses propres faiblesses et blessures.

A l’opposé de l’humanité se trouve David, l’homme synthétique. Celui qui a été créé par l’homme (mise en abîme) pour le servir se révèle être d’une fidélité très intéressée. Et sa soif de découverte le mènera à des mesquineries (c’est le moins que l’on puisse dire) qui pour le coup prennent des tournures très humaines. Michael Fassbender campe ici un androïde impeccable. Sa finesse de jeu évite les automatismes robotiques et trouve dans les obsessions artificielles de son personnage une palette de pseudo-sentiments parfaitement inquiétante que l’on n’avait pas vue depuis la performance parfaitement sidérante de Ian Holm dans « le Huitième Passager ».

Enfin Ridley Scott trouve en Noomi Rapace sa femme forte, à l’instinct de survie inébranlable, celle à qui le spectateur peut s’identifier et à travers qui la terreur vous gagne pour ne plus vous lâcher. Plus fragile que Ripley, Elisabeth Shaw nous touche au point que nous vivons l’aventure à travers ses yeux et son ressenti.

Car s’il est un personnage omniprésent du film, c’est bien la terreur. Celle que le réalisateur avait su faire monter tout doucement dans « Alien, le huitième passager » n’est pas moindre ici. Bien au contraire. Et Ridley Scott, rappelons-le, à 75 ans, trouve dans le numérique et la vraie 3D des alliés de poids qui, sans tape à l’oeil, permettent une immersion en enfer probablement jamais vue à ce jour. Sa mise en scène magnifique et puissante font de lui le dernier monstre sacré du cinéma qui contrairement à ses collègues américain de la même génération (Spielberg, Scorcese, Coppola, De Palma…) parvient encore à se renouveler, à renouveler le cinéma et tout simplement à faire des films qui ne soient pas « que » beaux. Des films modernes.

J’ai bien entendu les critiques concernant un scénario manquant de fluidité et oui, c’est vrai. Sans doute « Prometheus » n’est-il pas parfait. J’attribue d’ailleurs plutôt ce problème à un montage raccourci qu’à un problème de scénario. Mais quand bien même, « Prometheus » contient certaines des séquences les plus incroyables de ces 10 dernières années (au moins) ce qui en fait un film d’un intérêt majeur à mes yeux. J’en fais d’ailleurs mon deuxième film préféré de l’année 2012 à égalité avec le « Millenium » de David Fincher.

Sachez enfin que plus qu’une simple préquelle à Alien, « Prometheus » est un film totalement indépendant du reste de la saga qui ouvre notamment des perspectives vers un autre univers que M. Scott serait bien inspiré de continuer à développer.

Si vous n’êtes pas trop sensibles, courrez voir « Prometheus », vous ne le regretterez pas. C’est un des très rares films à justifier le prix exorbitant des places de cinéma aujourd’hui.

Men in Black 3

27 mai 2012

Encore une énième suite à un gros film américain, me direz-vous, et vous aurez raison. Car ne nous mentons pas, après le succès intersidéral du premier volet et malgré le relatif ratage du deuxième, il y avait de toute évidence un paquet de Dollars à se faire avec cette franchise. Reste à savoir, 13 ans après le premier épisode, où en est son réalisateur Barry Sonnenfeld et s’il a su mieux doser que dans MIB 2 son humour très personnel et potache.

Les premiers plans sont rassurants : On réalise que le budget est conséquent et qu’au même titre que le premier épisode, les effets spéciaux sont soignés et impressionnants (le 2 faisait vraiment trop cheap). L’humour se manifeste rapidement et il semble assez irrévérencieux et donc pas vraiment tout public (french kiss alien = frisson gêné chez les parents venus avec leur bambins). Ce n’est pourtant qu’une fausse alerte, la suite étant beaucoup plus politiquement correcte. Sûrement même un peu trop, mais n’oublions que MIB se doit d’être un film familial.

La question est maintenant de savoir ce qu’on peut bien faire faire d’intéressant au duo d’hommes en noir qui ont déjà, rappelons-le, sauvé maintes fois l’univers. Et la piste scénaristique choisie n’est pas inintéressante puisqu’elle s’appuie sur le ressort le plus digne d’intérêt de la franchise : le couple que forme K et J, à savoir Tommy Lee Jones et Will Smith. Car sous le monolithisme bourru et buriné du premier et la tchatche incessante du second réside malgré tout un lien improbable entre les deux bonshommes, quelque chose qui s’apparenterait bien à une réelle amitié. Et si le temps (13 ans) n’a rien émoussé du rapport entre ces deux là, le voyage dans le temps, lui, pourrait bien y parvenir.

Un super méchant extra-terrestre mis en prison sur la Lune il y a de ça un peu plus de 40 an par K, parvient à s’évader. Bien décidé à se venger du terrien responsable de sa mise au trou, Boris l’Animal trouve le moyen de remonter dans le temps la veille de son arrestation pour tuer K. De nos jours J se réveille dans un monde où K n’existe plus. Forcément, il est mort il y a quarante ans (vous suivez ?). J remonte alors à son tour dans le temps la veille de la mort de K afin de retrouver celui-ci et accessoirement, de sauver (encore) le monde.

Au menu des bonnes idées de ce numéro 3 nous noterons la présence plus que réjouissante de la toujours pétillante (et pour le coup hilarante) Emma Thompson en cheftaine des MIB. Mais surtout applaudissons le génie qui a eu la grande idée de faire jouer à Josh Brolin le rôle de Tommy Lee Jones jeune. Cela fonctionne tellement bien que j’ai presque envie d’être dans 40 ans pour voir si en vieillissant Josh Brolin aura la trogne de Tommy Lee Jones. Quand à Will Smith, il fait ce qu’il sait faire de mieux, occuper l’espace avec une aisance, un charisme et une bonne humeur communicative.

Alors oui le film marche du tonnerre, oui les acteur sont tous parfaits et à leur place, oui les effets spéciaux sont à la hauteur et oui, on s’amuse beaucoup. Alors pourquoi ce sentiment de frustration à la fin de la projection. Sans doute parce qu’on aurait aimé être un peu plus surpris, un peu plus remués par un humour plus sarcastique (1969 se prêtait à un contexte social qui, vu la couleur de peau de Will Smith, aurait pu être exploité un peu mieux qu’il ne le fut ici, au détour d’un gag timide). On en regretterait presque la liberté de ton du 2ème épisode qui aussi foutraque fût-il, était au moins assumé à 300%. Mais évidemment, ce n’était pas vendeur.

Pour autant,  ne jouons pas les pisse-froid. MIB est un bon film, drôle, spectaculaire et malheureusement tout public. On en sort pas forcément grandis mais de bonne humeur. C’est déjà beaucoup.

Tron : l’héritage

11 mars 2011

Drôle d’idée de vouloir faire une suite à Tron. Ce film Disney des années 80 kitch au possible avait frôlé le gouffre financier à sa sortie. En effet si les effets spéciaux étaient fabuleux pour l’époque (les prémices des images de synthèse), le scénario avait quant à lui plutôt déçu par son aspect enfantin un peu trop poussé. Que voulez-vous ? On était bien chez Disney.

Pourtant Tron n’avait pas été un échec puisque c’est au cours des années qui suivirent sa sortie que commença sa réelle exploitation. La prolifération croissante des VHS avait permis au film de se faire mieux connaître et de rencontrer son public. Lentement, Tron devint culte auprès d’une nouvelle race de personnes qu’on appellerait plus tard les Geeks.

Près de 30 ans plus tard donc (Ouch !) Disney remet le couvert, une fois de plus avec un réalisateur inconnu, mais avec cette fois une ambition tout autre. En effet point de gaminerie ici, ou en tous cas beaucoup moins.

Sam Flynn, héritier de l’empire plus ou moins batti par son père Kevin Flynn disparu depuis des dizaines d’années, joue les sales gosses en mettant des bâtons dans les roues de la firme paternelle. Juste histoire de marquer son désaccord avec le virage pris par l’entreprise en l’absence de son père. Bref Sam est un emmerdeur qui, aussi brillant soit-il, ne fait rien de sa vie. L’absence d’un père ma bonne dame. Tout ça est évidemment sans compter sur un message reçu par le fidèle ami de Kevin, message provenant directement de la Grille, version tronesque de la Matrice. Message de Kevin disparu depuis 20 ans.

Tout comme son ancêtre, « Tron Legacy » fait la part belle aux effets spéciaux et en 30 ans (ou presque hein !) ceux-ci ont fait de sacrés progrès. La 3D mise à part, l’argent mis dans le film se voit : on en prend plein les yeux et les scènes d’actions sont juste hallucinantes. Les poursuites à moto sont à ce titre d’un spectaculaire rarement atteint sur un écran de cinéma.

Alors oui on reproche à « Tron Legacy » son scénario un peu lourd. Mais une fois de plus on est chez Disney et si on ne tombe pas ouvertement dans un discours adressé aux enfants (loin s’en faut) on ne va pas non plus chercher le discours philosophique façon « the Ghost in the Shell ». Encore que le scénario contient quelques idées d’une intelligence et d’une poésie qui auraient sans douté mérité d’être développées (les Iso c’était quand même une grande idée).

Et puis il y a la musique. Et là il y a une thèse entière à faire. Car si s’adresser aux Daft Punk pouvait apparaître juste comme une bonne idée, le choix s’avère finalement comme LA grande idée du film. Non seulement les petits français ne se démontent pas face à l’importance du projet, mais ils arrivent avec leurs platines sous le bras et livre là une partition HORS NORMES ! Epaulés par un orchestre symphonique qui se glisse parfaitement dans les créations électroniques, les Daft Punk transcendent le film le hissant à un niveau auquel celui-ci aurait difficilement pu prétendre autrement. Mais je ne suis sans doute pas la personne la mieux placée pour parler de musique et comme les Inrockuptibles ont fait ça très bien, je vous invite à aller lire leur avis sur la question ici.

« Tron Legacy » apparaît donc comme un reboot complet de la légende. Il gomme quasiment tous les défauts du précédent et profite de toutes ses qualités pour se hisser bien plus haut qu’on ne pouvait s’y attendre. Donc oui, à voir ! Et en plus il y a Olivia Wilde, mais qu’attendez-vous ?!


Monsters

6 décembre 2010

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Avec un titre pareil on pourrait s’attendre à un film sanguinolent, plein de bébêtes visqueuses. Il n’en est rien. “Monsters” est bien un film d’extraterrestres mais à 1000 lieues d’”Independance Day” ou de “Men in Black”. En fait “Monsters” se rapproche bien plus de “la Ligne Rouge” que de “Rencontre du 3ème Type”. Comment cela est-il possible me direz-vous ? Et bien je dirais qu’on doit cela à l’intelligence d’un homme : Gareth Edwards. Pour son premier film, le bonhomme signe à la fois la réalisation, le scénario et la photographie. Avec un budget microscopique, des acteurs inconnus et un culot hors norme Gareth Edwards signe un film de genre important mais dans un genre jamais vu, en tout cas pas dans ce genre de films.

Il y a 6 ans une sonde de la NASA charriant des échantillons glanés au fin fond de l’espace s’écrasait au Mexique, libérant au passage lesdits échantillons. Une fois sur Terre ceux-ci proliférèrent et donnèrent naissance à une espèce animale/extraterrestre (des calamars terrestres géants). Depuis l’Amérique Centrale n’est plus qu’une “zone infectée” qu’un mur gigantesque sépare difficilement du territoire américain. Un photographe est chargé dans ce contexte d’escorter la fille de son patron depuis le Mexique jusqu’aux Etats Unis.

Quand le film commence le réalisateur nous gratifie directement d’une scène d’attaque extraterrestre histoire de bien nous montrer sa bestiole là où les film du même genre attendent plusieurs dizaines de minutes. Cette ouverture quasi mensongère a au moins le mérite d’installer une tension durable. Pour la suite, et pour faire passer un scénario qui aurait pu être invraisemblable, Gareth Edwards traite l’invasion extraterrestre comme un reportage sur un conflit armé. Sa caméra épaule, sa lumière prise sur le vif mais toujours magnifiquement captée et ses acteurs merveilleux mais totalement inconnus apportent toute la crédibilité nécessaire à l’ensemble.

Et puis il y a cette histoire d’amour naissante pour le moins incongrue dans un tel contexte. Et pourtant, c’est bien cette histoire d’amour qui met en exergue l’urgence et l’insoutenable des situations. C’est elle aussi qui n’aurait jamais été aussi belle que dans une situation aussi désespérée. C’est elle enfin qui nous guide au travers d’une métaphore politique qui rappellera le conflit israélo-palestinien comme la vaine attitude des Américains face à l’immigration mexicaine.

A la frénésie habituellement de mise dans ce genre de films, Gareth Edwards préfère la lenteur et la contemplation de la nature aussi extraterrestre soit-elle. A mi-chemin entre le road movie, le film d’amour, le film de guerre et le film de science fiction, “Monsters” crée un genre à lui tout seul, profitant de son budget ridicule et de sa position de complet outsider pour surprendre par sa beauté, son intelligence et son culot.

Le final remettant tout le film en question n’est que la cerise sur le gâteau d’un grand moment de cinéma.

Bienvenue à Gattaca

23 octobre 2010

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Film pas vraiment récent aujourd’hui, puisqu’il remonte au XXème siècle (soit avant l’an de grâce 2001). Film pas forcément très connu non plus et pourtant film à classer directement dans la catégorie des classiques : "Bienvenue à Gattaca" est devenu une référence du film d’anticipation et ce dans une relative confidentialité.

Aux commandes du film (son premier), le Néo-Zélandais Andrew Niccol. Déjà connu pour son scénario de "The Truman Show", ce nouveau venu n’est pas franchement attendu au tournant. Il dispose d’un budget modeste pour traiter d’un sujet déjà vu plusieurs fois aux cinéma et inspiré du "Meilleur des Mondes" d’Haldous Huxley à savoir l’hypothèse de voir un jour une société qui se voudrait parfaite en s’asseyant néanmoins sur quelques principes de liberté individuelle qui ne sont pas sans rappeler le fascisme, voire pire : le nazisme.

Rien de nouveau donc. On notera qu’Andrew Niccol a quand même réussi à convaincre le couple Ethan Hawke / Uma Thurman, couple à la ville (à l’époque) histoire d’ajouter un brin de glamour à son film somme toute assez froid. Notons également la présence d’un petit nouveau répondant au nom de Jude Law, acteur encore loin de son image people agaçante et qui se révèle être un sacré bon acteur.

"Bienvenue à Gattaca" se déroule dans un futur proche qu’Andrew Niccol a l’élégance de ne jamais dater. Il nous présente une société dont les membres se divisent en deux catégories : ceux dont le génome a été remanié lors de la procréation afin de les rendre génétiquement "parfait", et ceux qui ont été procréés "naturellement" et qui apparaissent donc comme imparfaits.

Vincent (Ethan Hawke) est imparfait. Dès sa naissance on estime son espérance de vie à moins de 40 ans : son cœur ne devrait pas tenir bien longtemps. Devant ce constat "d’échec", ses parents lui feront un petit frère cette fois revu et corrigé par la science et donc parfait, et donc socialement bien plus acceptable. Vincent grandira avec le poids de l’infériorité. Loin de l’affaiblir davantage, cela lui fournira une volonté sans borne d’atteindre malgré tout son rêve : devenir astronaute, bien que ce poste ne soit accessible qu’aux "parfaits". Vincent en vient pour cela à élaborer un plan fou : usurper l’identité d’un "parfait" consentant.Mais quel être parfait pourrait consentir à se laisser remplacer par un imparfait ? Un être assez lucide pour comprendre que même chez les "parfaits" subsiste une hiérarchie et que lorsque l’imprévisible prend le dessus sur la génétique (en l’occurrence un accident invalidant) un génome aussi parfait soit-il ne vaut plus rien.

Si le plan de Vincent est d’une difficulté extrême (le moindre accès à un bureau réservé aux "parfait" nécessite par exemple une goutte de sang afin de confirmé la qualité du génome), la situation de Jérôme n’est pas forcément enviable car il doit totalement abandonner celui qu’il est et regarder, impuissant, Vincent devenir un autre lui-même, plus brillant qu’il n’aurait jamais pu le devenir, lui pourtant si parfait.

Film modeste mais impeccable dans sa forme, c’est dans son fond que "Bienvenue à Gattaca" atteint toute son ampleur. Discrètement, aidé par la très belle musique de Michael Nyman, Andrew Niccol parvient à construire un film philosophiquement prenant et implacable mais aussi d’une humanité bouleversante. Car toute l’intelligence du film réside dans sa capacité à justement faire ressortir l’humanité là où on ne l’attend plus. En ce sens, le propos est plus intéressant et abouti que celui d’Haldous Huxley.

"Bienvenue à Gattaca" n’est pas pour autant un film intellectuel : Andrew Niccol se révèle être un excellent réalisateur (et scénariste) dont la mise en scène élégante regorge d’idées extrêmement cinématographiques : le générique de début qui ne prend son sens que plus tard dans le film est d’une beauté et d’une intelligence surprenante.

Reste un film proche de la perfection formelle, au propos important et toujours d’actualité, probablement pour un bon moment.

A noter la présence d’Ernest Borgnine au casting. Habitué des Westerns de Sam Peckinpah, le vieil homme nous rappelle par sa seule présence dans ce genre de film, que le désir de conquête de l’homme (ici conquête du génome et conquête du territoire dans les Westerns) repose toujours sur des fondations douteuses aux relents fascistes. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement…

Splice

20 octobre 2010

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Troisième film sérieux de Vincenzo Natali après l’assez génial “Cube” et le pas vu “Cypher” (oublions sa participation au projet “Paris, je t’aime” et surtout cet infâme bouse qu’était “Nothing”, film qui porte malheureusement très bien son nom). Natali revient donc pour le plus grand bonheur de ses fans avec un vrai film, fantastique de surcroît ; de quoi saliver donc…

Clive et Elsa, deux généticiens surdoués, travaillent sur la combinaison de plusieurs ADN d’animaux afin de mettre au monde des créatures susceptibles de générer une protéine qui serait très utile à l’agriculture moderne. Grisés qu’ils sont par leur découvertes et surtout par l’immense terrain de jeu que représente pour eux la génétique, les voilà qui se mettent à imaginer ce que pourraient donner leur expérience s’ils rajoutaient dans la marmite un peu d’ADN humain… Juste pour voir quoi ! Pas le droit ? Pfff… puisqu’on vous dit que c’est juste pour voir enfin… Bon évidemment, tout ne va pas vraiment se passer comme prévu, l’expérience donnant naissance à un être aussi fascinant que dangereux.

Vincenzo Natali aime la science fiction. Et dans ce film les références au genre son nombreuses (Alien, la Mouche, la Mutante, etc…). Tout comme son compatriote canadien David Cronenberg, Natali aime jouer avec le ressenti de son spectateur, le ressenti émotionnel mais surtout physique (dégoût, écœurement, désir, attraction,…). Soyons clair, il n’y parvient pas aussi bien mais on ne peut pas nier cette louable intention. Pour autant le réalisateur fait des choix contestables : vouloir faire passer les scientifiques pour deux gros nerds à peine sortis de l’adolescence n’est pas heureux. D’ailleurs Sarah Polley et  Adrien Brody ont bien du mal s’acquitter de cette tâche : Adrien Brody a toujours autant de mal à être un tant soit peu crédible à mes yeux, quant à Sarah Polley je la préfère plus silencieuse, plus en retenue, là elle est franchement agaçante et pas forcément comme l’histoire le voudrait.

Passons sur ces légères fautes de goût pour en revenir au noyau de l’histoire : la créature. Car c’est bien là que réside toute l’affaire. On sent bien que le budget est en grande partie passé dans les effets spéciaux et, bien que français (Macguff), et parfois un poil cheap, le tout reste très bien fait et surtout humain. En tout cas dans les sentiment que Dren (puisque c’est son nom) suscite. Cette créature, d’abord enfant, sait être à la fois étrange, attendrissante et inquiétante. A l’âge adulte, c’est la française Delphine Chanéac qui prête ses étranges yeux (entre autres) à Dren. Et elle y fait des merveilles : ses mimiques, ses mouvements et son corps la rende à la fois intrigante, attachante, attractive voire carrément flippante ! Evidemment ce rôle est du pain béni pour la française, on ne regarde qu’elle, et force est de constater qu’elle tient la dragée haute aux deux Américains.

Cependant Dren ne fait pas tout et la paresse du scénario plombe un peu l’ensemble. Les références tournent aux clichés et les réflexions pseudo philosophiques (“la science sans conscience n’est que ruine de l’âme”) tombent carrément à plat tant elles ont déjà été traitées, et mieux qu’ici. Il y a bien quelques piqûres darwinienne de rappel (l’amour et le désir ne sont que des subterfuges de la nature pour procréer) mais elles n’engendrent pas vraiment de discussion. Reste la crise que traverse le couple Brody/Polley et leur progéniture/amante, au final bien plus intéressante que tout le reste.

On finit tout de même le film satisfait : l’ensemble est rondement mené et on se sent, grâce à quelques scènes clés (l’accouchement, la noyade et les quelques scènes d’amour déviantes), un brin retourné… Malgré tout, on est en droit de se demander si Vincenzo Natali va un jour arrêter de traiter ses films par dessous la jambe pour nous livrer, enfin, un film qui ne serait pas un film de fin d’année d’étudiant en fac de cinéma. On l’acceptait volontiers pour “Cube” mais maintenant, il a passé l’âge.

le Livre d’Eli

26 mai 2010

 

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Film qui a connu un certain succès au cinéma grâce à un bouche à oreille favorable, “le Livre d’Eli” sort en dvd et bluray, deux formats qui lui permettront à n’en pas douter de bénéficier d’un réel succès, plus encore que sur grand écran tant ce genre de film (très bonne série B) sied à une bonne soirée entre amis.

Voici donc le dernier film des frères Hughes et probablement leur meilleur si l’on considère que “Menace II Society” (exagérément glorifié) a pris un méchant coup de vieux et que “From Hell” n’était pas loin du ratage complet. Pour “le Livre d’Eli” les deux frères s’attaquent avec une certaine pudeur mais aussi un enthousiasme communicatif au film post-apocalyptique. La terre après une guerre atomique n’est devenue qu’un vaste terrain vague soumis à la famine, la soif et surtout la loi du plus fort (voire du plus sauvage). Eli traverse ce décors désertique d’Est en Ouest. Il dit marcher depuis 30 ans. On notera assez vite que sa promenade est ponctuée, plus souvent qu’à son tour, de rencontres plutôt hostiles dont Eli se sort avec beaucoup de violence mais également beaucoup de classe. Au détour d’une petite ville fraichement reconstruite, Eli fera la connaissance du méchant de l’histoire (Gary Oldman comme d’habitude parfaitement méchant) qui s’est mis en tête de récupérer une Bible afin de gouverner le monde (dit comme ça, ça peut prêter à sourire). Et il se trouve justement qu’Eli a en sa possession… (roulements de tambours) une Bible ! La der des der.

A partir de là c’est c’est courses poursuites, fusillades et tatanage de tronches en bonnes et dues formes. Scènes d’action dont Denzel Washington (Eli) se sort bigrement bien malgré ses cheveux blancs et son embonpoint accumulé au cours des ces dernières années (et bien gommé ici, il faut l’avouer). La mise en scène assez discrète réserve de très bonnes idées visuellement ludiques et hyper efficaces.

Le seul défaut du film est son scénario. Ce dernier plutôt malin et surprenant repose un peu trop lourdement sur des fondamentaux religieux trop souvent douteux ou maladroits (pour un prophète Eli est quand même sacrément violent) qui mieux exploités auraient pu donner au film une ampleur bien plus intéressante. Parfois, trop rarement, on entrevoit une lueur de grâce (le plan du rasage suivi de la scène de dictée sont réellement magnifiques). De même, et Gary Oldman de l’évoquer furtivement, il eut été intéressant voire fascinant d’établir un parallèle entre “le gentil” et le “méchant”, car finalement, qu’est-ce qui fait d’Eli un gentil ? le fait d’avoir la Bible en sa possession. Qu’est-ce qui fait de Gary Oldman le méchant (en dehors de c’te geule…) : le fait de ne pas avoir de Bible. Tous deux sont pourtant mus par la foi.

Mais les frères Hughes ont fait le choix de mettre l’accent sur le côté “distraction” de leur film. Certes ils le font bien, mais au regard du charisme de leur acteur principal et des possibilités du scénario, c’est un peu dommage. A l’image de ce choix Mila Kunis est tout bonnement (sans jeu de mot) inconsistante. Elle achève même le film, sans doute malgré elle, sur un plan du genre “I’ll be back” assez déprimant, voire pathétique…

Mais ne soyons pas trop dur, “le Livre d’Eli” reste un bon film, généreux, bien fait et qui atteint son but, à savoir distraire.

Notez enfin qui si comme moi vous n’aimez pas les chats, vous serez comblés !

Avatar

18 mars 2010

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Il y a quelques mois sortait au cinéma le dernier film de James Cameron : “Avatar”. Premier film de fiction du réalisateur depuis le succès intersidéral de Titanic.

Ça fait bien 15 ans que j’en entends parler de cet “Avatar” là. Je me souviens notamment d’une interview commune de Steven Spielberg et Luc Besson pour les 20 ans du magasine Première qui évoquaient alors ledit projet avec beaucoup de craintes. Les deux réalisateurs interrogés sur l’envie qu’éprouvait Cameron de vouloir faire jouer des acteurs dans une enveloppe numérique posait selon eux un problème éthique. Le procédé permettait toujours selon eux, à terme, de faire jouer des acteurs décédés. Imaginez : on numérise l’image de Marlon Brando, on en fait une enveloppe numérique que l’on colle sur un autre acteur et en avant ! On fait une préquelle au Parrain. Ces deux là encore de faire les fines bouches quant aux progrès des effets spéciaux : Les gags de Forest Gump intégrant de vraies images du président Kennedy auraient par exemple tout aussi bien fonctionné avec un sosie dudit président. De la part de Spielberg qui a démocratisé les images de synthèse avec Jurassic Park et de Besson qui allait plus tard émerveiller les enfants avec son Arthur informatisé, ça laisse rêveur… Notons également que Spielberg s’apprête à sortir “Tintin” pour lequel il a utilisé exactement le même procédé que celui d’“Avatar”.

Bref ! De toute façon, il y a 15 ans, la technologie n’aurait en aucun cas permis de réaliser Avatar. Va donc pour Titanic, c’est bien aussi.

Tout le monde connait la suite : succès colossal, Oscars à la pelleteuse et Cameron King of the world.

Puis plus rien. Le réalisateur qui a plusieurs fois bousculé le cinéma (Terminator 1 & 2, Aliens, Abyss, Titanic) se fait quasiment oublier. Il lance bien la série Dark Angel (révélant au passage la très recommandable Jessica Alba) et retourne aussi en personne au chevet de la carcasse rouillée du Titanic dont il tirera quelques documentaires. Mais côté fiction rien. Les fans trépignent et se repassent Terminator en boucle : “I’ll be back” c’est forcément un signe !

Avatar est pourtant une rumeur persistante, un projet tenace. M. Night Shyamalan en a d’ailleurs fait les frais : voulant adapter sur grand écran la bande dessinée “Avatar” (rien à voir avec le projet de Cameron) le réalisateur du “6ème sens” et d’“Incassable” n’a pas obtenu le droit de donner à son film le même nom que la BD. Les droits du nom “Avatar” sont désormais détenus par le sieur Cameron ou en tout cas par son producteur Jon Landau. Shyamalan devra se contenter d’appeler son film  »the Last Airbender ».

On sait donc que le projet existe et on sait aussi que Cameron est du genre têtu, on peut donc se douter qu’il finira par concrétiser cette idée qui a germé dans son crâne il y a maintenant plusieurs années.

Et tout vient à point à qui sait attendre : un jour Cameron ressort son scénario d »’Avatar », se dit que c’est un bon scénario, que la technologie est maintenant à la hauteur de sa vision : il peut donc lancer la machine.

Peu de choses filtrent du tournage. Autant dire rien. On entend parler de 3D, de CGI (le fameux procédé consistant à coller une enveloppe numérique sur un acteur : cf Gollum dans le seigneur des anneaux). Certains disent d’ailleurs que Cameron s’est fait grillé la priorité sur ces deux tableaux. De toute évidence il s’en moque.

Fin de l’été 2009, les premières images commencent à apparaître via le Comicon, laissant entrevoir une véritable révolution visuelle mais ne dévoilant finalement rien du film. Il faudra attendre le 16 décembre 2009 en France pour voir le film enfin terminé.

Alors…

Le film est-il à la hauteur des attentes ? du budget pharaonique ? de la folie de son réalisateur ? Oui. Mille fois oui.

Là où Cameron est attendu au tournant, à savoir : la technologie est-elle à la hauteur ? Celui-ci fournit une réponse au delà de toutes les attentes tant le monde qu’il a su inventer est beau, riche et immersif. Les Na’vis, personnages bleus désormais célèbres et joués par de vrais acteurs dont le travail est parfaitement numérisé et retranscrit, sont criants de réalisme. Voilà la prouesse : on s’y croirait sur Pandora ! On y est même littéralement pendant 2h30. Bien sûr la 3D y est pour quelque chose, mais pour avoir vu le film en 3D et en 2D je peux vous certifier que l’effet est quasiment le même en 2D.

Et le scénario me direz-vous ? Il est simple. Trop pour certains. Je ne suis pas de cet avis tant l’histoire sert admirablement le propos du film. Parfois le génie c’est de savoir rendre simple quelque chose de compliqué or en décrivant cette tentative de conquête d’une planète tout entière à l’autre bout de l’univers, Cameron ne décrit pas moins qu’une histoire de l’Humanité. Simple mais réelle, récurrente et pour le moins d’actualité. À noter cette réplique du personnage principal : “Quand un peuple est assis sur quelque chose qu’on convoite on en fait un ennemi pour le déloger”. Je ne sais pas si c’est simple ou simpliste, mais en tout cas ça me paraît diablement d’actualité.

Mais au delà de ça, qu’en est-il du film ? Je ne peux que donner mon humble avis. En ce qui me concerne donc, Avatar correspond à ce que j’aime voir au cinéma : à savoir une immersion quasi totale dans un monde extraordinaire qui n’aurait pas pu être mieux représenté d’une autre manière.

On en ressort émerveillé, les yeux rassasiés, avec le sentiment que rien n’aurait pu être mieux.

Quid de la polémique concernant les acteurs semi-synthétiques ? Je n’ai pas entendu que ça ait réellement gêné quelqu’un. Ce que je peux vous dire c’est que j’ai été bluffé par le jeu de Zoé Saldana bien qu’on ne voit jamais son vrai visage dans le film. C’est une actrice bien réelle, il n’y a aucun doute à avoir là-dessus.

Alors voilà, James Cameron a révolutionné le cinéma, bien plus encore qu’avec ses précédents films. Et c’est finalement là que se trouve la marque de fabrique du réalisateur : aller au delà de ce que le spectateur connait déjà, créer un précédent cinématographique. On peut ne pas aimer mais on ne peut pas nier les faits.