Archive for the ‘Western’ Category

le Livre d’Eli

26 mai 2010

 

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Film qui a connu un certain succès au cinéma grâce à un bouche à oreille favorable, “le Livre d’Eli” sort en dvd et bluray, deux formats qui lui permettront à n’en pas douter de bénéficier d’un réel succès, plus encore que sur grand écran tant ce genre de film (très bonne série B) sied à une bonne soirée entre amis.

Voici donc le dernier film des frères Hughes et probablement leur meilleur si l’on considère que “Menace II Society” (exagérément glorifié) a pris un méchant coup de vieux et que “From Hell” n’était pas loin du ratage complet. Pour “le Livre d’Eli” les deux frères s’attaquent avec une certaine pudeur mais aussi un enthousiasme communicatif au film post-apocalyptique. La terre après une guerre atomique n’est devenue qu’un vaste terrain vague soumis à la famine, la soif et surtout la loi du plus fort (voire du plus sauvage). Eli traverse ce décors désertique d’Est en Ouest. Il dit marcher depuis 30 ans. On notera assez vite que sa promenade est ponctuée, plus souvent qu’à son tour, de rencontres plutôt hostiles dont Eli se sort avec beaucoup de violence mais également beaucoup de classe. Au détour d’une petite ville fraichement reconstruite, Eli fera la connaissance du méchant de l’histoire (Gary Oldman comme d’habitude parfaitement méchant) qui s’est mis en tête de récupérer une Bible afin de gouverner le monde (dit comme ça, ça peut prêter à sourire). Et il se trouve justement qu’Eli a en sa possession… (roulements de tambours) une Bible ! La der des der.

A partir de là c’est c’est courses poursuites, fusillades et tatanage de tronches en bonnes et dues formes. Scènes d’action dont Denzel Washington (Eli) se sort bigrement bien malgré ses cheveux blancs et son embonpoint accumulé au cours des ces dernières années (et bien gommé ici, il faut l’avouer). La mise en scène assez discrète réserve de très bonnes idées visuellement ludiques et hyper efficaces.

Le seul défaut du film est son scénario. Ce dernier plutôt malin et surprenant repose un peu trop lourdement sur des fondamentaux religieux trop souvent douteux ou maladroits (pour un prophète Eli est quand même sacrément violent) qui mieux exploités auraient pu donner au film une ampleur bien plus intéressante. Parfois, trop rarement, on entrevoit une lueur de grâce (le plan du rasage suivi de la scène de dictée sont réellement magnifiques). De même, et Gary Oldman de l’évoquer furtivement, il eut été intéressant voire fascinant d’établir un parallèle entre “le gentil” et le “méchant”, car finalement, qu’est-ce qui fait d’Eli un gentil ? le fait d’avoir la Bible en sa possession. Qu’est-ce qui fait de Gary Oldman le méchant (en dehors de c’te geule…) : le fait de ne pas avoir de Bible. Tous deux sont pourtant mus par la foi.

Mais les frères Hughes ont fait le choix de mettre l’accent sur le côté “distraction” de leur film. Certes ils le font bien, mais au regard du charisme de leur acteur principal et des possibilités du scénario, c’est un peu dommage. A l’image de ce choix Mila Kunis est tout bonnement (sans jeu de mot) inconsistante. Elle achève même le film, sans doute malgré elle, sur un plan du genre “I’ll be back” assez déprimant, voire pathétique…

Mais ne soyons pas trop dur, “le Livre d’Eli” reste un bon film, généreux, bien fait et qui atteint son but, à savoir distraire.

Notez enfin qui si comme moi vous n’aimez pas les chats, vous serez comblés !

l’Assassinat de Jessie James par le lâche Robert Ford

19 avril 2010

 

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Deuxième film de l’Australien Andrew Dominik ("auteur de “Chopper” qui révéla Eric Bana), “l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford” est un western qui sort avec élégance des sentiers battus.

Jesse James, personnage qui a réellement existé, est ce qu’on appelle communément un bandit de grand chemin : le genre de type qui, un foulard couvrant la moitié du visage, dévalise banques et autres trains de marchandises ; un hors la loi.
A bien y regarder, dans les faits, le personnage n’est pas des plus passionnants, il est cependant l’un des acteurs les plus charismatiques du folklore américain. Pourquoi ? C’est justement le sujet du film.

Comment un bandit talentueux (si tant est qu’on puisse être un bandit talentueux) de surcroit paranoïaque, qui ne se sépare JAMAIS de ses armes, comment un tel homme a-t-il pu se laisser assassiner par un jeunot qui plus est avec son propre pistolet ? Voilà un mystère qui a probablement contribué à la légende et qui nourrit tout le film.

Andrew Dominik annonce rapidement la couleur par le biais de la musique de Nick Cave, lente et mélancolique, son film ne sera pas un western pétaradant. Son film prendra le temps d’imposer l’image floue (au propre comme au figuré), séduisante et effrayante d’un homme tourmenté autour duquel on gravite avant d’être absorbé, comme dans un trou noir.

Plus d’une fois Jesse James rappelle le Tristan de “Légendes d’Automne”, un autre personnage de Brad Pitt.

Un Brad Pitt ombrageux, charismatique, détestable et séduisant. Un choix parfait pour un rôle fantomatique. Brad Pitt par un accès de colère ou un regard plongé dans le vide parvient à donner à son personnage cette attirance vénéneuse qui lui valait déjà de son vivant, une réputation peu commune.

Casey Affleck campe quant à lui le rôle de celui qui, croyant mettre fin à la légende, l’ancra paradoxalement à jamais dans l’histoire. Casey Affleck en jouant à la fois la fascination et la jalousie, l’amour et la haine, le tout parfois dans un seul et même regard, confirme tout le bien qu’on se doit de penser de lui.

Pour éclaircir le mystère qui plane au dessus de la mort de Jesse James, Andrew Dominik ne choisit pas de suivre le chemin d’une enquête policière, d’ailleurs il s’y perdrait, les faits sont ce qu’ils sont : indubitables ; non, il préfère s’installer lentement dans un film contemplatif qui privilégie l’analyse psychologique aux coups de flingues. Chez lui le temps s’écoule lentement, comme une pensée mélancolique. Les dialogues au premier abord insignifiants, révèlent au détour d’une anecdote des trésors d’intimité qui indirectement construisent des portraits touchants de tous les personnages. On pense évidemment à Terrence Mallick, cinéaste contemplatif par excellence. Ce dernier a d’ailleurs été lié au projet. L’histoire veut qu’en ayant vu le film en salle de montage il ait conseillé à Dominik de faire des coupes drastiques dans le film pensant que celui-ci ne trouverai pas son public tant ses plans étaient longs. Mais Dominik n’a pas lâché et son film est resté tel quel.

“l’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford” reste du coup un film exigeant qui nécessite d’accepter de s’y perdre, de se laisser porter par sa lenteur et sa mélancolie. Si vous y parvenez vous serez les témoins d’une histoire complexe mais magnifique, servie par des acteurs impeccables et des images magnifiques. Moi je suis client, plutôt deux fois qu’une !