Looper

5 novembre 2012

Troisième film de Rian Johnson (dont j’avis adoré le premier : Brick), « Looper » est à en croire la bande annonce un film de science fiction roublard mais réchauffé, basé sur quelques (très bonnes) idées scénaristiques. La réalité est un petit peu différente…

Dans le futur, le voyage dans le temps a été inventé mais très rapidement interdit. La Mafia y a en revanche trouvé un moyen subtil de faire disparaître des personnes gênantes en les expédiant 30 ans en arrière. Là, des loopers (boucleurs) tuent la personne en question et la font disparaître. Le boulot rêvé en somme si la Mafia du futur ne décidait pas arbitrairement de temps en temps de faire exécuter les loopers eux-mêmes par leur version plus jeune de 30 ans.
Joe est un looper. Et quand son lui du futur débarque dans son présent, il n’est pas forcément d’accord pour se faire tuer. Les deux hommes ne parvenant pas à se mettre d’accord, les ennuis vont s’empiler…

Présenté comme ça, on peut être intrigué. La bande annonce promet des choix judicieux (Joseph Gordon Levitt jouant le rôle de Bruce Willis jeune, c’est quand même bien trouvé), une mise en scène recherchée, un scénario alléchant mais c’est à peu près tout. C’est d’ailleurs là que réside sans doute la plus grosse prise de risque du film : la façon dont il est vendu.

Car au risque de trahir un secret (mais pas vraiment non plus) sachez que le film, et notamment son scénario, vont clairement au delà de leurs promesses. Sans rien dévoiler de l’intrigue sachez simplement que la bande annonce ne traite que de la première moitié du film qui prend un tournant radical au bout d’une petite heure. Adoptant à partir de ce moment là un ton beaucoup plus intimiste et fantastique, « Looper » atteint alors des sommets. Rian Johnson fait preuve d’une ambition phénoménale (et je pèse mes mots). Sa mise en scène intelligente et sensible prend alors toute son ampleur. Le caractère  intime du film est traité avec une délicatesse peu commune. À ce titre la (quasi) scène d’amour est une des plus sensibles qu’on ait vu au cinéma. Les scènes d’action sont quant à elle assez impressionnantes pour clouer le bec à n’importe qui.

« Looper » est bien une boucle qui si vous la suivez vous mettra la tête à l’envers. À l’image de ses personnages qui cherchent constamment à « boucler la boucle », le film semble suivre un temps la même démarche, il finit par s’affranchir de cette contrainte pour mieux exploser son genre. Explorant tout autant le huis clos, le western fordien que la science fiction la plus gonflée (Akira en tête), le film trouve dans sa deuxième partie un pur moment de cinéma, ébouriffant qui laisse ses spectateurs littéralement sans voix une fois les lumières rallumées.

Contrairement à ce que laisse entendre la bande annonce (et certains critiques) « Looper » n’est pas seulement un film malin, c’est aussi un film profondément intelligent, sensible, innovant et puissant. À voir absolument au risque de passer à côté d’un des tous meilleurs films de l’année.

Cosmopolis

12 octobre 2012

Ce qu’il y a de bien avec David Cronenberg, c’est qu’il essaie de faire un cinéma différent. Toujours. Et si cela lui a souvent réussi (il a quand même un paquet de chefs d’oeuvre à son actif), cela lui aussi gravement porté préjudice. En effet à trop vouloir se renouveler, à chercher un sens philosophique à tout, tout le temps, il arrive qu’on se plante lamentablement. Qu’en est-il ici ?

Avortons ici ce pseudo suspens : le film est nul. Vraiment. J’ai beau tout tourner dans tous les sens, je ne vois rien à sauver. Tiré d’un livre que je n’ai pas lu et que je n’ai du coup pas du tout envie de lire, l’histoire raconte la journée d’un très jeune multi milliardaire, patron d’une start-up sur le point de s’effondrer, qui traverse une ville en crise dans une limousine blindée. Au cours de sa traversée l’homme rencontrera tout un tas de personnages tous plus inconsistants les uns que les autres : sa maîtresse, son garde du corps, son autre garde du corps, sa femme, un activiste pâtissier et des employés.

À la tête d’un casting hétéroclite le twilightesque Robert Pattinson qui décidément ne fait pas montre d’un quelconque talent. À ces côtés des guest stars françaises qui, toute chauvinerie mise à part, sont les seuls à vraiment pouvoir être qualifiés d’acteurs dans ce projet. Juliette Binoche en maîtresse cougar fait preuve d’une animalité mêlée (comme souvent chez elle) d’une auto-dérision très appréciables. Quant à Mathieu Amalric il fait parler toute la folie dont il est capable en moins de 3 minutes dans un rôle d’entarteur politique heureusement bien loin de Noël Godin.

Mais cela reste bien faible face à une intrigue parfaitement inintéressante noyée par des dialogues prétentieux et interminables.

Voilà, je crois que tout est à peu près dit.

Mais ne désespérons pas, comme je l’ai dit il arrive à Cronenberg de faire des merveilles.

En attendant retournez voir Twilight, je ne vous en voudrai même pas.

Une Nuit

11 septembre 2012

La nuit est toujours propice à tout un tas d’évènements inhabituels qui ne se produiraient pas forcément en plein jour. C’est quelque chose qui se vérifie dans la vraie vie comme au cinéma. Les films se déroulant entièrement (ou quasiment) la nuit sont devenus un genre à part entière. L’un des exemples les plus célèbres est « After Hours » de Martin Scorcese. Philippe Lefèvre se lance lui aussi dans l’aventure non sans y ajouter une bonne dose de Polar. Avoir fréquenté de près Guillaume Canet lui aura-t-il été utile (il a été son co-scénariste à 3 reprises) ?

Simon Weiss est un flic de la brigade mondaine à Paris. Toutes les nuits, à chaque fois affublé d’un chauffeur différent, il arpente tous les coins les plus secrets voire les plus glauques de la ville. Cette nuit là ne fait pas exception à la règle si ce n’est que son chauffeur est une petite jeune et que Simon se sait la cible d’une enquête de la Police des Polices.

Ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est la beauté du film. L’image est léchée, la lumière parfaitement sublime et Paris qu’on aurait pu attendre glauque ou crasseuse à cette heure, revêt au contraire ses habits de lumière.

Ensuite il y a Roshdy Zem. Pillier central de chaque plan, il impose un charisme et une gueule à la hauteur du personnage qu’il campe. Tour à tour violent, désabusé voire mélancolique, on se demande comment l’acteur pourrait être meilleur. A ses côté Sara Forestier observe, enregistre, apprend… ou pas. Elle apparait vierge de ce monde qui vit sous nos yeux. Tout comme le spectateur. Tout comme lui elle sera à la fois charmée, surprise et même effrayée par cet homme qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis pour qu’un semblant de règles continue de régir ce monde si particulier mais peut-être aussi pour sauver sa peau.

Car Simon doit tout autant gérer les moeurs nocturnes que l’économie des établissements qui animent la Nuit. Et tout ça n’est pas toujours très propre. Et quand le meilleur ami de Simon vient faire le lien entre son travail et sa vie privée, ce n’est pas forcément pour le meilleur. Simon doit alors tout gérer à la fois dans un temps très court.

Si l’intrigue peut paraître dans un premier temps téléphonée, on n’a pas fini de gamberger sur son deuxième effet KissCool.
Au final Philippe Lefèvre, notamment grâce à de très bons acteurs (dont Samuel Lebihan et une apparition de Richard Bohringer), réussit un film terriblement élégant, dépaysant et finalement inattendu. A se demander qui de lui (le réalisateur) ou Guillaume Canet a le plus apporté à l’autre.

Les Lyonnais

6 septembre 2012

Réalisateur terriblement singulier dans le paysage cinématographique français, Olivier Marchal nous revient après MR73 avec un nouveau film, en s’intéressant cette fois, non pas aux flics mais aux voyous.

Pourquoi singulier ? Déjà parce qu’Olivier Marchal est un ancien flic, ce qui déjà lui confère une certaine légitimité quant à ce qu’il raconte de la Police. Mais aussi et surtout singulier par son style qu’il veut beau, grandiose, ambitieux et tragique. Autant de raisons qui précipiteraient n’importe qui dans un abîme de fatuité conduisant immanquablement au nanar. Surtout en France. Qu’en est-il ici ?

Après « 36 » et « MR73 » (oublions son premier film, stage de formation avec des acteurs au rabais), le réalisateur quitte les commissariats et leurs représentant pour se pencher sur le cas des voyous. Car il n’y a pas de gendarme sans voleur.

Il est respectueux me semble-t-il de s’intéresser au problème éthique que génère le film car Olivier Marchal se l’est lui-même posé : Peut-on (doit-on) faire un film aujourd’hui dont des gangsters seraient les héros ? Peut-on glorifier la violence et le non respect des lois ? De toute évidence non, à moins de vouloir prôner un discours anarchiste ou révolutionnaire qui n’est pas de mise ici. Alors comment raconter cette histoire ? Tout simplement par le biais le plus humain : celui de l’amitié et de la loyauté.

Momon est un ancien braqueur rangé des voitures. La soixantaine il se consacre à sa famille et a juré à son épouse de ne pas retomber dans une vie hors la loi. C’était compter sans son ami Serge qui lui n’a jamais pris sa retraite de voyou, qui vient de se faire arrêter par la Police et qui encourt une longue peine de prison. Assez longue pour qu’il finisse ses jours en prison. Pour Momon c’est le début des cas de conscience, et des emmerdes.

Comme je l’ai dit, Olivier Marchal attend de ses films qu’ils soient beaux et ambitieux. Ici plus que jamais son casting est au diapason de cette ambition : Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Lionel Astier, Patrick Catalifo, Etienne Chicot… que du lourd, de la gueule et de la gouaille. Et il fallait bien ça pour sortir des dialogues taillés dans le roc par un Olivier Marchal rarement aussi à l’aise avec son écriture. Si on part du principe que le casting d’un film correspond à 50% de sa réussite, alors « les Lyonnais » obtient déjà la moyenne.

Ce qui m’effraie toujours avec Olivier Marchal (en tant qu’homme) c’est son côté parfaitement franchouillard, charriant sur son dos tout un tas de clichés qui, si on ne s’y attarde pas, pourraient apparaitre comme les symptômes d’une Droite pas très reluisante. Il n’en est pourtant jamais rien. Et malgré ses références évidentes (Martin Scorcese, Francis Ford Coppola, Michael Mann) et son amour inconsidéré du cinéma Américain de la grande époque, jamais Olivier Marchal ne tombe dans la caricature de bas étage d’une Amérique rêvée par un Français. Non, Olivier Marchal ancre son récit dans une vraie France qui prend ses racines dans les années 60/70 et il y construit sa mythologie, sa tragédie antique sans que celle-ci apparaisse désuète ou pire, fausse.

Alors oui le film est une histoire rêvée (même si basée sur des faits réels) dans lequel s’affrontent des icônes cinématographiques du banditisme. Car la présence monumentale des acteurs et notamment de Gérard Lanvin qui se bonifie avec l’âge, parvient immédiatement à hisser le long métrage au rang de classique immédiat. Et il est terriblement excitant à mon sens de voir que ce type de cinéma est possible non seulement en France mais aussi après Scorcese et Coppola. Aussi ahurissant que cela puisse paraître.

Et oui, je pense qu’on peut ne pas aimer « les Lyonnais » mais ce serait bouder un style de films qu’on n’a plus vu en France depuis Melville.

The Dark Knight Rises

5 septembre 2012

Que pouvions-nous attendre de « the Dark Knight Rises » après un « Dark Knight » absolument monumental qui en son temps avait prouvé qu’un blockbuster pouvait combiner succès, virtuosité et intelligence du propos. Nous ne pouvions pas attendre grand chose mais on pouvait toujours espérer un final au moins à la hauteur des deux premiers épisodes. Ce qui déjà n’était pas une mince affaire.

Nous avions laissé notre chevalier noir en bien mauvaise posture alors qu’il avait choisi d’endosser la responsabilité de la mort de Harvey Dent afin de fournir un martyr à Gotham City et par la même la soigner de la gangrène du crime. Plusieurs mois plus tard, le plan a fonctionné et Gotham semble enfin s’affranchir de son passé troublé. Batman a disparu et Gordon, le seul policier à connaître la vérité sur Harvey Dent et le sacrifice de l’homme chauve souris, commence à s’ennuyer tant la criminalité est au plus bas. Ça tombe bien, c’est justement le moment que choisit Bane, pour prendre d’assaut Gotham et tenter de la détruire. Ce super méchant à la puissance au moins aussi terrifiante que son intelligence et son langage étonnamment châtié ne reculera devant rien ni personne pour mener son plan à exécution. Pas même devant Batman. La défaite de ce dernier apparaissant même peu à peu comme une étape incontournable et nécessaire au plan de Bane. De son côté, Bruce Wayne coule une retraite solitaire et douloureuse (ses combats passés lui ont laissé des marques) que Bane et la féline Célina Kyle sauront lui faire quitter. Se posent alors les questions sur les réelles motivations du Dark Knight : volonté de faire le bien, basse vengeance, masochisme, désir de se sacrifier dans un élan quasi mystique… Autant d’origines à son engagement auxquelles Batman se retrouvera confronté par l’intermédiaire de son majordome, de Gordon, de Bane ou encore de Catwoman.

Rapidement, Christopher Nolan reprend les thèmes de l’épisode précédent en nous promettant de conclure sa trilogie. Là où il est malin c’est que « the Dark Knight » était si sombre qu’on ne sait jamais comment cela se terminera pour Bruce Wayne. D’autant plus que sur le papier, Bane est le seul « vilain » a avoir vaincu Batman. Pour autant, et malgré la crainte qui nous habite de voir l’homme en noir se faire terrasser à tout moment, la séquence au cours de laquelle Bruce Wayne enfile à nouveau son costume est un pur moment d’émotion tant le plaisir de le voir reprendre du service est intense. À ses côtés (ou contre lui, on se pose longtemps la question) la présence d’Anne Hathaway en Catwoman est des plus réjouissantes et apporte sa part de sexy au film. De son côté Michael Caine fait preuve d’une émotion parfaitement déchirante quand pour sauver son (presque) enfant il se trouve obligé de le blesser quasi mortellement. Car peut-être plus encore que les épisodes précédents, « the Dark Knight Rises » joue la carte de l’émotion mais avec une classe et une retenue dont nous ne pouvons qu’être reconnaissants.

Et que dire de Bane ? Beaucoup lui ont reproché de ne pas  être le Joker. Et j’ai envie de dire heureusement car Heath Ledger avait tellement excellé dans son rôle que jouer sur le même registre eut été une erreur. Le choix du méchant a aussi été mis en doute mais il s’explique justement par sa différence avec le Joker qui se présentait comme le pendant de Batman, chacun ayant besoin de l’autre pour exister. Bane s’impose rapidement comme celui qui terrassera le Batman, pilier de Gotham, afin que celle-ci s’effondre. Et le fait que sur le papier Bane fut le seul à vaincre le Batman (cf la BD) n’est évidemment pas un hasard.

Derrière son masque lui recouvrant les 2/3 du visage, Tom Hardy est évidemment méconnaissable. Mais ceux qui on vu « Warrior » (dont il faut absolument que je vous parle !) reconnaitrons rapidement sa bestialité hors normes. Si le joker incarnais la face sombre de Batman, Bane endosse quant à lui le rôle de ce que Batman a toujours combattu : le mal pur, l’âme noire de Gotham. Pour autant, l’acteur masqué parvient au détour d’un simple regard de quelques secondes à donner une profondeur déconcertante à son personnage. Véritable moment d’émotion pure, cette scène parvient quasiment à retourner le film comme un sac.

Quant au casting 4 étoiles habituel de ce film (Christian Bale, Michael Caine, Morgan Freeman, Gary Oldman) viennent d’ajouter l’impeccable Joseph Gordon-Levitt, la décidément cruciale Marion Cotillard (du moins chez Christopher Nolan) et un Matthew Modine qu’il est toujours agréable de revoir. Autant d’acteurs qui permettent à Christopher Nolan d’ériger un monument du cinéma de super héros en maintenant le niveau de son précédent opus tout en faisant un Tout hyper classe de sa trilogie. On est évidemment déçu de se retrouver là face au dernier épisode de l’aventure Nolan/Batman mais également terriblement admiratif d’une réussite aussi cohérente.

Shame

21 juillet 2012

J’ai longtemps hésité avant de vous parler de « Shame » tout simplement parce que je ne l’ai pas aimé. Et puis je me suis rappelé qu’un article en rapport avec le sexe (comme « 9 songs » en son temps) accroissait de manière considérable les statistiques du blog (bande de gros dégueulasses) alors après tout, pourquoi s’en priver ?

Brandon vit seul à New York. Jeune homme jouissant d’une bonne situation et d’un confort matériel appréciable, Brandon n’en souffre pas moins d’une terrible addiction qui lui bouffe l’existence. Donnant le change auprès de son entourage, Brandon aura du mal à garder son secret quand sa sœur, un peu paumée, fait irruption dans sa vie. Cette addiction, c’est le sexe. Sous toutes ses formes.

Steve McQueen (rien à voir avec l’acteur) est un jeune metteur en scène qui signe ici son second film. Son premier film, déjà avec Michael Fassbender, « Hunger » avait attiré tous les regards sur lui tant sa mise en scène avait impressionné pour un premier film. Ici, une fois de plus, Steve McQueen fait parler de lui autant par le sujet de son œuvre que par la qualité indubitable de sa réalisation. Car aucun doute n’est possible quant au talent formel de l’homme. Rythme, image, son, montage. Tout est travaillé, réfléchi, beau et réussi. Et même si le ton glacial du film peut rebuter, on ne peut que se réjouir de voir un jeune réalisateur aussi impliqué dans son travail et finalement aussi talentueux. A son image, ses acteurs sont tout simplement parfaits. Michael Fassbender d’une froideur bien supérieure à celle de l’androïde dont il endossait le costume dans « Prometheus« , prouve s’il en était encore besoin, quel immense acteur il est. Quant à Carey Mulligan, souvent dans les bons projets, elle parvient à apporter l’émotion nécessaire au bon déroulement du film. Car Michael Fassbender parvient si bien à déconnecter son personnage du moindre lien social, qu’il parvient par la même occasion à couper le moindre lien avec le spectateur. On comprend là que c’est le désir du réalisateur, désir d’ailleurs assumé, mais je ne vous cache pas que le film atteint là ses limites à mes yeux. J’ai en effet rapidement perdu le désir de savoir ce qu’il allait advenir de Brandon. Et Michael Fassbender malgré le talent hors du commun dont il fait preuve, ne parvient pas à maintenir suffisamment l’attention sur lui pour générer de l’empathie.

C’est un sentiment étrange d’admiration et de frustration qui nous envahit à la vision de ce film.

Un peu le même état dans lequel se trouve le protagoniste principal, qui poussé par son addiction, met tous les moyens en œuvre pour la satisfaire mais n’en retire finalement rien. Si c’était la démarche du réalisateur, alors son film est une réussite. Pour autant il me parait toujours difficile de garder un spectateur attentif si ce dernier n’a personne sur qui diriger son empathie. Et ici l’empathie est impossible difficilement concevable.

Que dire alors de ces murmures sulfureux qui flottent autour du film ? Et bien qu’ils sont grandement infondés et qu’en dehors de la nudité de Michael Fassbender qui a su troubler Charlize Theron, rien à l’écran ne vaut qu’on s’affole.

« Shame » est cependant un film inhabituel, bien fait et qui mérite que chacun se fasse sa propre opinion.

Le Territoire des Loups

10 juillet 2012

Drôle de réalisateur que Joe Carnahan. Jeune metteur en scène surprenant qui avait attiré l’attention de Tom Cruise en tant que producteur avec son premier film « Narc » ; il continuait avec un film foutraque mais à la réalisation brillante (« Mise à Prix ») avant de signer un délirant « l’Agence tous Risques » aux scènes d’action dantesques. Autant dire qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre avec « Le Territoire des Loups ».
Le fait est que c’est un film atypique à mille lieux des standards hollywoodiens ou de ce que laissait présager la bande annonce.

Quelque part en Alaska, un avion s’est écrasé. 7 hommes en réchappent. Coupés du reste du monde, ils vont devoir survivre au froid, aux loups et surtout à eux-mêmes. Parmi eux John Ottway, employé d’une compagnie pétrolière et dont le travail est justement de protéger ses collègues d’éventuels danger animaliers.

Alors je vous entends déjà vous exclamer : Ouiiii, c’est pas vraiiii, les loups ne s’attaquent pas l’hooomme. Et pi ils sont mal faits… Tout ça tout ça…
Et le fait est que vous aurez raison. Pour autant vous auriez bien tort de vous arrêter à ce détail tant la présence des loups, leur sauvagerie et leur aspect monstrueux est purement symbolique. Car s’il y a un danger qu’affronteront les rescapés c’est bien eux-même. Et les loups de symboliser ce danger.

Dans cet enfer sauvage et glacé Liam Neeson se tient de toute sa carrure et toute son émotion en homme de tête lui-même en proie à ses propres démons. Comme d’habitude il est impérial dans ce rôle qui fait écho à sa propre vie. Il apporte à ce film toute son humanité.

Reste un film aussi surprenant que son réalisateur, loin de ce à quoi on pouvait s’attendre mais qui émeut et marque durablement.

A voir donc.

La Route

21 juin 2012

Il convient toujours mieux de parler de ce que l’on sait plutôt que d’extrapoler sur des « on dit ». Ainsi je ne me permettrai jamais de juger un livre à son film, ni même l’inverse. Le cinéma et la littérature, bien qu’ils s’inspirent l’un l’autre restent deux arts très différents. Pourtant, en ce qui concerne « La Route » j’ai lu le livre de Cormac McCarthy (prix Pulitzer 2007) et j’ai vu le film de John Hillcoat. Essayons de voir comment ces deux œuvres interagissent.

La fin du monde a eu lieu. Ou du moins quelque chose qui y ressemble. Tremblements de terre, incendies, dévastation planétaire… jamais il ne sera clairement dit ce qu’il en est vraiment. Plus aucun ordre ne règne et les rares survivants résistent comme ils peuvent en se nourrissant des restes de leur civilisation disparue. La violence, la peur et le cannibalisme font désormais loi. C’est dans ce chaos qu’un homme (Viggo Mortensen comme à son habitude parfait) et son jeune garçon (Kodi Smit-McPhee) tentent de rejoindre le sud en poussant leur caddy, un nouvel hiver dans le nord devant être à tout prix évité pour ne pas mourir de froid.

La fin du monde, sujet maintes fois rebattu, avait trouvé dans les mots de Cormac McCarthy, un dépouillement et une poésie mortuaire tout à fait inattendus et même inespérés. Ce vieil hauteur (l’un des plus vieux auteurs américain vivants) s’était affranchi de tous les clichés madmaxiens pour nous livrer un western d’anticipation mélancolique et désespéré. Chaque mot y était compté, pesé, mesuré, répété si besoin. Dans son texte, l’inhumanité ne servait qu’à renforcer l’humanité liant le père à son fils. Seule prise à laquelle se rattraper. Autant pour les personnages que pour le lecteur.
Car pour comble de l’horreur, la terreur la plus grande du père demeure que son fils lui survive. La situation ayant inversé  l’ordre séculier des choses.

Ces mots John Hillcoat les restitue en utilisant avec parcimonie une voix off délicate et bienvenue. La poésie de Cormac McCarthy, malgré la fidélité et la bienveillance du réalisateur,  a du mal à ressortir de cette entreprise. Les images prenant le dessus en imposant des émotions souvent difficilement soutenables. La scène dans laquelle le père apprend au petit garçon comment se suicider si jamais il se retrouve seul en est un exemple saisissant.

On notera aussi la présence de la mère (surprenante Charlize Theron) en flash back récurrent, souvenir d’un paradis perdu et corrompu.

Le petit garçon, à la ressemblance troublante avec sa maman d’écran, est là pour rappeler au père ce qu’il a perdu et ce qu’ils n’auront plus. Son regard n’en est que plus déchirant pour son père et pour le spectateur.

C’est d’ailleurs là l’intelligence du réalisateur, jouer sur l’émotion là où il ne peut complètement restituer la simplicité et la beauté de l’auteur du livre ni à imposer son image aux mots.

La simplicité du roman apparait finalement plutôt handicapante.

Mais ne boudons pas : au regard de la qualité du livre, John Hillcoat a sûrement réalisé le meilleur film possible et malgré le sujet si lourd, il parvient à nous garder attentifs tout au long de l’histoire et à nous émouvoir sans sombrer dans le pathos.

Je ne peux cependant que vivement vous inciter à lire le livre avant de voir le film. Il est tellement plus profond et plus beau. Le film n’en est qu’une simple illustration. Simple mais honnête.

Prometheus

13 juin 2012

Que pouvions-nous attendre de « Prometheus », la préquelle de « Alien, le huitième passager » ? Question légitime au regard de la carrière en dents de scie de Ridley Scott, son réalisateur. Que pouvions-nous attendre d’un film se targuant de revenir aux origines la saga cinématographique peut-être la plus connue et la plus cohérente ? La réponse est simple : le meilleur comme le pire. Le meilleur car Ridley Scott n’est jamais aussi à l’aise que dans la science fiction, que c’est un réalisateur à l’univers visuel souvent époustouflant et que la saga « Alien » lui doit tout. Le pire aussi car Ridley ne rime pas toujours avec inspiré (G.I. Jane !) et qu’à 75 ans, on peut se demander ce que l’homme va pouvoir apporter à un genre qu’il a quasiment créé au cinéma.

Car ne nous le cachons pas : une telle saga + un tel réalisateur = de grandes attentes tout autant au niveau du film lui-même qu’au niveau du genre et même du Cinéma. Une grosse prise de risque donc de la part de Ridley Scott.

« Prometheus », avant d’être le nom du vaisseau spatial se rendant aux confins de l’univers retrouver les origines de la vie sur Terre, est le nom de cet homme condamné par les dieux de l’Olympe à se faire dévorer le foie toutes les nuits par un aigle (et oui, dans l’antiquité le foie repoussait en une journée) pour avoir « offert » le feu aux hommes.

Autant dire que la référence est plutôt bien choisie.

Car ce dont il est question dans Prometheus, c’est de retrouver nos créateurs ; nos dieux pour ainsi dire. Le problème étant que ceux-ci ont juste un peu changé d’avis après nous avoir créés et qu’aujourd’hui, leur préoccupation serait plutôt de tous nous éliminer jusqu’au dernier et ce grâce à une panoplie fort complète et variée d’armes biologiques. Les membres de l’équipage de Prometheus ne s’en rendront compte qu’une fois sur place. Les pauvres.

A leur tête Meredith Wickers incarnée par une Charlize Theron glaciale et moulée dans une combinaison des plus ajustées, se révèle être un commandant froid et implacable à la psychologie pourtant plus complexe et humaine qu’il n’y parait. Ainsi lorsque se manifeste son humanité, c’est par éclats retentissants et révélateurs de ses propres faiblesses et blessures.

A l’opposé de l’humanité se trouve David, l’homme synthétique. Celui qui a été créé par l’homme (mise en abîme) pour le servir se révèle être d’une fidélité très intéressée. Et sa soif de découverte le mènera à des mesquineries (c’est le moins que l’on puisse dire) qui pour le coup prennent des tournures très humaines. Michael Fassbender campe ici un androïde impeccable. Sa finesse de jeu évite les automatismes robotiques et trouve dans les obsessions artificielles de son personnage une palette de pseudo-sentiments parfaitement inquiétante que l’on n’avait pas vue depuis la performance parfaitement sidérante de Ian Holm dans « le Huitième Passager ».

Enfin Ridley Scott trouve en Noomi Rapace sa femme forte, à l’instinct de survie inébranlable, celle à qui le spectateur peut s’identifier et à travers qui la terreur vous gagne pour ne plus vous lâcher. Plus fragile que Ripley, Elisabeth Shaw nous touche au point que nous vivons l’aventure à travers ses yeux et son ressenti.

Car s’il est un personnage omniprésent du film, c’est bien la terreur. Celle que le réalisateur avait su faire monter tout doucement dans « Alien, le huitième passager » n’est pas moindre ici. Bien au contraire. Et Ridley Scott, rappelons-le, à 75 ans, trouve dans le numérique et la vraie 3D des alliés de poids qui, sans tape à l’oeil, permettent une immersion en enfer probablement jamais vue à ce jour. Sa mise en scène magnifique et puissante font de lui le dernier monstre sacré du cinéma qui contrairement à ses collègues américain de la même génération (Spielberg, Scorcese, Coppola, De Palma…) parvient encore à se renouveler, à renouveler le cinéma et tout simplement à faire des films qui ne soient pas « que » beaux. Des films modernes.

J’ai bien entendu les critiques concernant un scénario manquant de fluidité et oui, c’est vrai. Sans doute « Prometheus » n’est-il pas parfait. J’attribue d’ailleurs plutôt ce problème à un montage raccourci qu’à un problème de scénario. Mais quand bien même, « Prometheus » contient certaines des séquences les plus incroyables de ces 10 dernières années (au moins) ce qui en fait un film d’un intérêt majeur à mes yeux. J’en fais d’ailleurs mon deuxième film préféré de l’année 2012 à égalité avec le « Millenium » de David Fincher.

Sachez enfin que plus qu’une simple préquelle à Alien, « Prometheus » est un film totalement indépendant du reste de la saga qui ouvre notamment des perspectives vers un autre univers que M. Scott serait bien inspiré de continuer à développer.

Si vous n’êtes pas trop sensibles, courrez voir « Prometheus », vous ne le regretterez pas. C’est un des très rares films à justifier le prix exorbitant des places de cinéma aujourd’hui.

A l’Origine

29 mai 2012

Au commencement d’ « À l’Origine » (comme ça, c’est fait) il y a un fait divers. Ne pas y voir là l’adaptation factuelle d’un évènement sans doute moins passionnant que ce qu’il y parait au premier abord. En effet Xavier Giannoli ne cherche pas ici à faire une description précise de ce qui s’est passé mais plutôt à retranscrire l’aspect purement romanesque voire romantique de ce qu’il a perçu dans cette histoire. Une vision très personnelle donc.

Philippe Miller, escroc à la petite semaine, trouve au hasard de ses errements trans-hexagonaux le chantier abandonné deux ans plus tôt d’une portion d’autoroute. Avec son arrêt se sont envolés les espoirs d’une communauté qui comptait sur ce chantier pour sortir de la misère. Là où Philippe voit le moyen de se faire de l’argent facile, les gens qu’il piège dans la toile de son mensonge voient eux la possibilité de refaire surface et de travailler. Un temps le mensonge comblera tout le monde, jusqu’à ce que cette entreprise bâtie sur du vent ne s’effondre peu à peu.

Xavier Giannoli est un raconteur de sentiments. Dès son premier film « les Corps Impatients », il filmait avec ses tripes de jeunes acteurs débordants de vie ou se débattant avec la mort. Cela donnait un film fougueux, à fleur de peau et parfaitement déchirant. Ici le réalisateur choisit un sujet plus adulte mais dont le personnage principal ne parvient pas à exister dans la réalité des adultes et ce malgré le mal qu’il se donne pour le faire croire.

Pour traiter son sujet Xavier Gianolli est bien obligé d’ancrer son récit dans une certaine réalité : celle de l’entreprise : la comptabilité (même si frauduleuse), les employés, les salaires, les engins de chantier, les créanciers, les délais à tenir… Pour autant le réalisateur ne sacrifie pas son désir d’exploiter l’aspect romanesque de l’histoire et souvent son image prend un aspect onirique des plus étonnants. Le balai des engins de chantier pour fêter l’ouverture des travaux en est un exemple parfait.

Dans le rôle de l’escroc François Cluzet fait preuve d’une fragilité à fleur de peau qu’on lui connait bien et dans laquelle il excelle. Disons-le tout net, c’est toujours un plaisir de voir cet acteur que le magazine Première qualifiait il y a une quinzaine d’année déjà comme le meilleur acteur français.
À ses côtés l’étrange Soko qui avec sa petite voix fait preuve d’une force surprenante qu’elle a depuis confirmé autant au cinéma qu’en musique.
Emmanuelle Devos fait quant à elle office de cerise (de luxe) sur le gâteau dans un rôle de femme trompée d’une manière somme toute inhabituelle.
Ajoutons enfin Gérard Depardieu en guest star (que Xavier Giannoli est un des rares réalisateurs à savoir utiliser à sa juste mesure) et vous obtenez un superbe casting.

Peu à peu Xavier Giannoli construit un film qui s’évapore et qui réussit  le tour de force de nous amener à nous attacher à tous ses protagonistes qui s’opposent portant tous les uns aux autres.

Reste un film vaporeux qui passe comme un rêve (ou un cauchemar, c’est selon), non sans avoir réussi à émouvoir profondément grâce à une histoire touchante et des acteurs excellents menés par un François Cluzet qui les entraîne dans son sillon.

Un très beau film.