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Zero Dark Thirty

26 mars 2013

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Il n’aura donc pas fallu longtemps à Kathryn Bigelow pour mettre en images la traque et la mort d’Oussama Ben Laden. Et à dire vrai, quitte à le faire, Kathryn Bigelow était sans doute la meilleure personne. Avec « Démineurs » elle avait prouvé, si c’était encore nécessaire, qu’elle était une immense réalisatrice, capable comme personne de traiter des tenants et aboutissants d’un contexte éminemment guerrier et masculin.

Bien que basé sur une profession bien réelle « Démineurs » était une pure fiction. Ici le fait désormais devenu historique (la mort de Ben Laden) ne laisse plus aucune place à l’imagination. Les faits priment et ils sont bien souvent sujets à polémique si ce n’est à caution.

Comment aborder ce film ? La première solution est de se l’approprier comme un film de divertissement lambda et dans ce cas difficile d’être déçu tant la maîtrise de la réalisatrice est magistrale. Pour sûr, vous en aurez pour votre argent.

Mais ne nous le cachons pas, voilà une posture difficile à tenir. Le film s’ouvrant sur des enregistrements audio des victimes des attentats du 11 septembre in situ, il est délicat de mettre de côté l’aspect vrai et humain du film.

C’est là que les choses se compliquent. On pourra en effet mettre au crédit de la réalisatrice de ne jamais prendre position. Elle relate les faits, point. À chacun selon son histoire, sa sensibilité et ses croyances de se faire juge des évènements. On notera également que ce choix de relater les faits coûte que coûte se fait avec une honnêteté louable. Ainsi ce que tout le monde savait déjà (à savoir que les États Unis pratiquent la torture pour arriver à leurs fins) est enfin montré autrement que dans un cadre style « 24h Chrono » qui légitimait gentiment la chose. Non ici les bourreaux ne légitiment rien, leur boulot n’est pas de nous convaincre mais juste de nous montrer ce qu’est la torture. Au passage, âmes sensibles s’abstenir.

Mais malheureusement c’est aussi là que Bigelow me perd.

Car ces quelques arbres monumentaux (le 11 Septembre, la torture, la mort de Ben Laden) cachent en fait une forêt qui n’inspire que le doute. Ainsi, malgré les 2h36 du film, la traque aussi complexe soit-elle, reste brouillonne. Chaque décision prise se fait en fonction d’un postulat de départ lui même établi sur la base de pseudo informations soutirées de force. Et même si Bigelow ne juge pas ses personnages ni la torture en elle même, force est de constater dans son film que la torture fonctionne, ce qui me semble un peu facile au regard des méthodes moyen-âgeuses employées par les Américains.

Le mécanisme déroulant la traque ne convainc pas car il manque de cohérence. L’ellipse a trop souvent bon dos. 

Il ne s’agit pas de remettre en question l’intégrité de la réalisatrice, simplement peut-on se demander si elle a les moyens de son honnêteté. On sait que les films de guerre américains sont soumis à un contrôle sévère de la part de la CIA. Kathryn Bigelow pourra nous répéter qu’elle a basé son scénario sur des enquêtes journalistiques, elle ne dupe personne. Au final le film tourne autour de faits déjà publiés dans la presse. Ces faits ne sont que le compte rendu d’évènements divulgués par le gouvernement américain lui-même et autant le dire très clairement : nous n’apprenons rien d’important dans ce film.

Je le répète, le film a bien souvent pour fondations des postulats douteux. À ce titre l’image de cette pièce, chez Ben Laden, remplie d’ordinateurs comme preuve de sa position de chef suprême du terrorisme (alors qu’on sait qu’il n’a pas de connexion internet), laisse un peu dubitatif.

Et tous les films traitant de prêt ou de loin du 11 septembre de faire la même erreur : imposer des postulats de départ assez énormes pour les rendre indiscutables et donner du crédit à tout ce qui pourra être dit. Le tout en s’asseyant sur le manque de recul nécessaire à toute analyse historique. C’est une erreur tellement récurrente que j’en viens à me demander si c’est vraiment une erreur. Cela est cependant tellement proche du raisonnement américain depuis le 11 Septembre 2001 que ça en deviendrait presque cohérent.

Au final tous ces films post 11 Septembre s’effondrent à cause d’une construction établie sur des fondations en sable. « Zero Dark Thirty » aussi brillant soit-il formellement, ne peut se regarder que comme un film de divertissement. Mais malheureusement cela est rendu impossible à cause du choix initial de la réalisatrice qui fait passer tout son propos par le prisme des victimes du 11 Septembre. En découle malheureusement un film vain, aussi vain que la traque menée par cette jeune Américaine revancharde (formidable Jessica Chastain) qui bien qu’elle atteigne son but (tuer Ben Laden) ne règle rien des causes ni des conséquences des attentats du World Trade Center. Un sursaut d’honnêteté final qui met tout le film parterre.

Et rappelons qu’à ce jour, la seule vérité indiscutable et implacable réside dans la mort de 3000 personnes présentes dans les tours du World Trade Center le 11 Septembre 2001. C’est leur faire bien peu d’honneur que de se servir de leurs morts comme outil de légitimation suprême.

Fahrenheit 9/11

19 mars 2010

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C’est vraiment par souci d’honnêteté que je me penche sur le cas de ce film. Ceux qui auront lu mon article précédent comprendrons aisément, après ce que j’ai dit sur Michael Moore et son film, que je ne porte ni l’un ni l’autre dans mon cœur. Mais justement, je ne pouvais pas laisser des avis à l’emporte pièce sans arguments, c’eut été malhonnête.

Dissipons d’ors et déjà tous malentendus :
Oui Michael Moore s’attaque à George W. Bush, son administration et la façon qu’ils ont eu de traiter l’après 11 Septembre 2001. Oui je suis entièrement d’accord pour dire que George Bush est sans aucun doute l’une des pires choses qui soit arrivée aux Etats Unis. Oui je suis intimement persuadé que la guerre en Irak est une hérésie qui n’a pas lieu d’être. Oui dans le fond, je suis entièrement d’accord avec Michael Moore.

Mais alors, me direz vous, pourquoi nous ennuies-tu avec Michael Moore si tu es d’accord avec lui ? Et bien parce que je suis d’accord sur le fond, comment ne pas l’être ? mais je suis outré, révolté et écœuré par la forme.

Le film est à l’image de la gastronomie américaine que Michael Moore connaît bien : séduisant, appétissant, sucré mais au final lourd, gras et dangereux.

Or Michael Moore traite de sujets graves, il n’a pas le droit de les traiter à la légère. Il n’a pas le droit de balancer des flots d’images à l’écran sans jamais réellement les argumenter ni pire ! les prouver. D’autant plus que c’est exactement cette méthode qu’il reproche à l’administration Bush et la chaîne Fox News, fer de lance de la propagande pro Bush. Le film ne pèse jamais le pour et le contre de tel ou tel évènement : il dénonce sans cesse jusqu’à la nausée. Et Moore de s’impliquer personnellement en interrogeant lui même les sénateurs sur l’engagement de leurs enfants en Irak. Il faudra vraiment m’expliquer l’intérêt de la chose parce que je ne le comprends pas. Michael Moore illustre son propos à n’en plus finir mais ne l’argumente jamais. Il s’amuse beaucoup à ridiculiser son président, comment lui en vouloir, mais il discrédite par là même le bien fondé de son documentaire, si tant est que nous ayons là un réel documentaire.

Et puis il y a la méthode. Les images sont dangereuses, Moore dénonce Fox News à cause de ça. Comment peut-il alors seulement oser faire un montage d’images idylliques de l’Irak avant l’intervention américaine puis un montage d’images horribles pour illustrer l’Irak après intervention. Oui l’Irak est encore aujourd’hui plongé dans un chaos imputable à 99% aux Américains. Mais dire que l’Irak était un paradis avant ça est parfaitement honteux en plus d’être un manque de respect ignoble envers le peuple Irakien.

Et puis il y a cette mère que Moore a suivi. Son fils est militaire, il a été envoyé en Irak et sa mère de répéter combien elle est fière que son fils soit parti défendre la liberté à l’autre bout du monde. La chance qu’il a eu d’intégrer l’armée et de faire quelque chose de sa vie. Seulement voilà, le patriotisme a des limites et quand son fils revient au pays dans une boîte en bois, la mère voit un responsable tout trouvé en la personne de son président.
Je me pose une question : combien de familles dans la même situation Michael Moore a-t-il suivies avant qu’un des fils ne décède, servant par la même occasion tristement son propos. Il faut rappeler que le film a été tourné quand l’armée américaine commençait à peine ses actions sur le territoire irakien et que les morts côté américain étaient encore rares.

Je vous laisse réfléchir…