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Analyse de séquence – the Social Network – Facemash

6 avril 2013

La séquence « Facemash » est la deuxième grosse séquence du film. La première est un champ / contrechamp entre Mark Zuckerberg et sa petite amie. Cette scène donnait lieu à u dialogue débridé entre les deux protagonistes et faisait preuve d’un talent d’écriture assez phénoménal. Si cette première séquence donnait le ton du film (intelligent et rapide) la deuxième a pour vocation de nous présenter plus en détail le personnage de Mark Zuckerberg, son intelligence aussi flamboyante que terrifiante et son arrivisme peu commun.

facebook haut

Pour cela David Fincher choisit d’illustrer un des faits d’arme du créateur de Facebook à savoir la création de Facemash, soit un petit programme en ligne permettant de voter pour la fille la plus sexy du campus d’Harvard. Pour arriver à ses fins, Zuckerberg s’assoit sur pas mal de choses dont la confidentialité et la moralité (déjà). Un sale gosse ouais, mais qui est capable de faire sauter la sécurité de nombreux sites internet, de créer un programme tout en blogant, en picolant et le tout en un temps record. À terme facemash fera sauter la connexion du campus. Soit un acte fulgurant en parti dû au dépit amoureux.

D’un point de vue cinématographique la séquence est un cas d’école tant son montage autant audio que vidéo est hallucinant de précision et de richesse. Les images se superposent à vitesse grand V, le pistes son se chevauchent et peu à peu les enjeux se dessinent autant que se dessine la personnalité froide et implacable de Zuckerberg. D’aucun diront que si ce personnage a interpelé Fincher c’est peut-être parce qu’il s’est reconnu en lui. Quoi qu’il en soit la séquence est brillante et en dit beaucoup sur le film, son personnage principal et peut-être sur son réalisateur.

Cliquez sur l’image pour voir la séquence

The Social Network

Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les Femmes

3 mars 2012

Mais qu’est-ce qui a bien pu prendre à David Fincher, l’un des réalisateurs les plus passionnants de ces 15 dernières années, de vouloir faire un remake d’un film suédois, largement surévalué, film lui même adapté d’un roman tout aussi suédois et tout aussi surévalué ? Voilà une question légitime qui tient disons, 2 secondes et demie. Juste le temps qu’il faudra à votre rétine pour se souvenir de qui on parle.

Bon alors déjà « Millenium », n’est en aucun cas un remake du film suédois mais bien une nouvelle adaptation du roman (premier d’une trilogie). J’invite donc tout ceux qui n’ont vu aucun de ces deux films à oublier la version suédoise qui, ne nous le cachons pas, est un film long, mou et inintéressant. Et puis David Fincher n’a absolument pas américanisé son propos, bien au contraire, poussant même le vice à planter son décors sur les terres de l’auteur du roman : la Suède. Là où un autre aurait choisi d’adapter son histoire en Alaska, comme Christopher Nolan l’avais fait avec « Insomnia », David Fincher fait preuve d’un jusqu’au-boutisme têtu et ne rechigne pas à l’idée de se geler en terre scandinave pour le bien de son oeuvre.

Et pour le coup, le choix du lieu impose très rapidement un climat glacial et ce dans tous les sens du terme : le froid, la neige, bien sûr, mais l’architecture, la luminosité, la mode et surtout l’Histoire du pays. Autant d’éléments que le réalisateur exploite avec une rigueur maniaque.

Au programme de « Millenium » : une enquête policière, un tueur en série, un fond historique nauséabond et une histoire d’amour ambiguë.

Alors certes sur le papier, ces éléments semblent faits pour le cinéma, mais la réalité est tout autre : « Millenium » est avant tout un roman, qui prend le temps des mots pour analyser une enquête complexe qui ne permet pas l’élipse ni l’approximation, et tout l’art de Fincher réside dans sa capacité hors du commun à narrer les rouages complexes de son récit sans endormir son spectateur et même en le tenant en haleine sur plus de 2h30. Souvenez-vous de « Zodiac ». En superposant les images, les époques et les bandes sons (le montage audio est parfaitement prodigieux), le réalisateur parvient à dresser un tableau noir, complexe, envoutant et surtout lisible.

Le casting quant à lui évite les écueils que le premier film n’avait pas su contourner : ainsi la prestation très surestimée et bancale (voire ridicule) de Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander fera définitivement pâle figure (c’est le cas de le dire) face à Rooney Mara qui fait preuve ici d’une finesse de jeu et d’une sauvagerie sidérantes. Ses costumes, son tatouage, sa manière de se tenir, de parler, rendent enfin hommage à Lisbeth Salander.

Tout en charisme retenu, Daniel Craig ne cherche pas à tirer la couverture à lui préférant laisser Lisbeth Salander et sa fille (antithèse parfaite de la première) révéler sa sensibilité et son humanité quasi anti-héroïque.

Et dans ce casting de grande qualité s’illustre encore une fois ce vieux roublard de Stellan Skarsgard qui malgré un rôle peu présent à l’écran parvient à imprimer sa patte en marquant le film de sa présence et à tenir la dragée haute à un Christopher Plummer en grande forme.

Au final David Fincher parvient pour la troisième fois de sa carrière à réinventer le film policier, créant par la même occasion un mètre étalon du genre. Ne lésinant ni sur la noirceur ni sur la sauvagerie (le film est interdit aux moins de 18 ans au Etats-Unis) il nous offre ici un film à la mise en scène chirurgicale, magnifique et glaciale prouvant au passage qu’un livre moyen (tout comme « Shinning » ou « les Evadés ») peut donner un très grand film.

The Social Network

17 décembre 2010

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Article on ne peut plus numérique pour le plus numérique des films…

Aborder ce film, je savais avant même de le voir que ce serait un casse-tête. Les films de David Fincher sont toujours d’une telle complexité évidente qu’il faudrait une thèse par film. D’où cette idée qui m’est venue d’annoter le film comme on annoterait un bouquin. L’intérêt ? Délivrer les impressions brutes que m’inspire le film en direct live. Moi qui n’aime pas dire tout de suite après la séance si le film m’a plu ou pas, je pense que là l’expérience peut être intéressante. Une façon un peu superficielle d’aborder un grand film, j’en conviens, mais je manque juste un peu de temps pour me lancer dans une thèse.

Je me suis donc emparé de mon BlackBerry afin de noter au fur et à mesure via Evernote les points qui se sont imposés à moi au cours de ces 2 heures.

Rappelons quand même que “the Social Network” raconte l’histoire de la création de Facebook.

Allez, c’est parti :

Première impression le film va vite, très vite. il « parle » vite, il est monté « vite ». Les dialogues mitraillent mais sont d’une intelligence peu commune au cinéma.

La chronologie est traitée sur 3 plans : un récit de l’affaire et semble-t-il deux auditions de procès.

Jesse Eisenberg est glaçant, bien loin de l’image de petit garçon sympathique qu’on connaît du vrai Mark Zuckerberg, comme un parti pris de Fincher de s’approprier la réalité pour la transcender. À ce moment du film je suis impatient de voir ce que le réalisateur de « Fight Club » nous réserve.

La musique quasi non-stop est entêtante et rend les dialogues fleuves mélodieux.

Le film s’est ouvert sur un dialogue d’une tension hors norme qui, étonnamment perdure tout au long du film.

Le projet du film s’est monté très vite, Fincher ayant peur de pas être intéressé à long terme. Peur peut-être aussi que le phénomène « facebook » ne soit qu’une bulle de savon.

À l’image de son héros qui, tel un maître d’échecs, a 15 coups intellectuels d’avance, Fincher monte son film de manière anticipée mais réserve toujours une petite surprise qui, comme un coup de baguette magique, change les points de vue du récit.

« Il a fondé Napster à 19 ans, il a le droit d’être en retard » est une réplique qui me fait bien rire.

Ces personnages sont des traders de la création numérique. Ils vivent dans un monde terriblement prometteur et excitant mais atrocement futile dans le sens où ils spéculent sur quelque chose qui n’existe même pas vu qu’ils sont en train de l’inventer !

Les acteurs sont tous exceptionnels. Andrew Garfield réserve LA scène poignante du film.

Je suis étonné qu’on ait reproché à Fincher un modernisme tape à l’oeil dans « Se7en » et qu’on lui reconnaisse un classicisme extrême pour ce film. « The Social Network » est un summum de modernisme classe. Une sorte d’objet Hi-Tech en platine d’une efficacité redoutable.

« The Social Network » c’est « le Roi des Mouches » : une bande gamins sur une île déserte qui font leur loi et s’entretuent.

Fincher se paie le luxe de terminer son film sur une chanson des Beatles. Rien que ça…

Ce film est une fable. Un conte cruel mais dont les protagonistes sont tout de même attachants et c’est sans doute là que réside le génie de Fincher. On reproche souvent au réalisateur d’être froid et méthodique, là il touche à un sujet qui lui ressemble tellement qu’il aurait pu s’y perdre, pourtant il exploite les moindres recoins d’un scénario complexe pour en tirer une réflexion brillante sur la société numérique et ses fondations.  L’ampleur de facebook méritait une étude approfondie. C’est brillamment réussi.

Un très grand film, d’une ampleur au moins à la mesure du phénomène. Effrayant mais passionnant. Probablement un des 3 films de la décennie avec « There Will be Blood » et… attendez je réfléchis !