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De Rouille et d’Os

26 janvier 2013

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C’est toujours un évènement dans le cinéma (français) quand Jacques Audiard sort un nouveau film. Rarement un cinéaste aura eu une filmographie aussi parfaite. À ce jour l’homme n’a raté aucun de ses films. C’en est presque agaçant une telle régularité dans la perfection. « Un Prophète » son dernier film en date, avait raflé tout un tas de prix dont pas mal de Césars, consacrant par la même occasion un cinéaste hors du commun. Le voilà qui récidive avec un nouveau film. Et la question se pose : que peut-on encore attendre de Jacques Audiard ?

Car je me souviens d' »Un Prophète », et aussi brillant que soit le film, aussi talentueux que fut Tahar Rahim, son interprète principal, j’avais noté ça et là, des tics de mise en scène, une vraie « patte » qui faisait le lien direct avec son film précédent « De Battre mon coeur s’est arrêté ». Et cela m’avait un tout petit peu déçu qu’un homme aussi brillant et novateur s’enferme dans certaines manières, certes brillantes mais qui devenaient finalement des facilités de style. Point de ça ici, j’en suis même venu à ne pas reconnaître Jacques Audiard tant sa mise en scène avait abandonné ses automatismes d’antan. Mais soyons clair, le film y gagne en lisibilité, en simplicité et en sensibilité. Et c’était nécessaire car le sujet du film lui est loin d’être simple.

Ali quitte la Belgique avec son fils de 5 ans pour venir vivre dans le sud de la France, chez sa soeur. Là-bas il rencontre Stéphanie, dresseuse d’orques au Marineland. Tout les oppose. Il est rustre, violent et disons-le, bas de plafond. Elle, elle vit sur une autre planète. C’est pourtant vers lui que Stéphanie va se tourner quand après un accident elle se réveillera atrocement mutilée. Ali se révélera alors d’une aide vraie, simple et inattendue.

Je me souviens avoir lu un synopsis complet du film il y a deux ou trois ans, avant qu’il soit tourné. Et je me souviens m’être dit : ce n’est pas possible, c’est trop, ça ne marchera pas, cette fois il va trop loin. Et le début du film ne m’a pas vraiment rassuré dans la mesure où l’apreté avec laquelle Jacques Audiard filme l’arrivée d’Ali en France relève quasiment d’un documentaire sur la misère. À ce moment, je m’attends au pire, car si ce que je sais arriver est traité avec autant de réalisme, cela va virer à l’insupportable. Et c’est tout l’inverse qui arrive.

Ce n’est pas un secret si vous avez vu la bande-annonce, Stéphanie se retrouve amputée des deux jambes. La mutilation n’est pas quelque chose qui se filme aisément. Et pourtant Jacques Audiard ne se pose pas de question : il filme. Oui Stéphanie a les jambes amputées, oui les moignons pleins de cicatrices ce n’est pas forcément joli. Pourtant, aux côtés d’Ali, Stéphanie redevient qui elle était, se relève et embellit. Au final les scènes les plus dures à supporter sont celles filmant Ali et son fils.

Mais ne nous y trompons pas, « De rouille et d’os » n’est pas un film où l’on s’apitoie, bien au contraire, c’est un film superbe qui relève bien souvent du conte de fée. Marion Cotillard y est magnifique et on pourra bien gloser sur son son succès comme on le fait si bien en France, elle n’en reste pas moins l’une de nos meilleures actrices. Mathias Schoenaerts rescapé de « Bullhead », fait une fois de plus preuve d’un jeu d’acteur tout en retenu et d’un charisme assez percutant (sans jeu de mot).

« De rouille et d’os » confirme le talent de Mathias Schoenaerts, confirme que Marion Cotillard joue dans une catégorie au dessus de tout le monde (sans craindre pour son image) et confirme enfin quel immense réalisateur est Jacques Audiard.

Un film lumineux. Un grand moment de cinéma.